Communiquer en écosystème
29 Septembre 2026
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L’écosystème est fait d’entités distinctes
Un écosystème est composé d’une pluralité d'éléments différents. Même si c’est le pape qui signe, toutes les encycliques sont le produit du travail de plusieurs dicastères. Pour Magnifica Humanitas, on peut supposer le participations suivantes : Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF), Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral (chapitres consacrés aux questions socio-économiques, au droit du travail, au chômage, aux discriminations et à la finance), Dicastère pour la Culture et l'Éducation. Ainsi que de la Section pour les Affaires Générales de la Secrétairerie d'État.
Compte tenu des thématiques, on rajoutera l'Académie Pontificale pour la Vie et l'Académie Pontificale des Sciences. Ont aussi participé : des scientifiques, des éthiciens, des ingénieurs en informatique et des neuroscientifiques. Et enfin des théologiens et philosophes consultants, spécialisés en anthropologie chrétienne et en éthique des technologies.
Ensuite a été fait un travail de synthèse et d’harmonisation du texte. Le signataire était le commanditaire, c’est lui qui a lancé l’idée. Puis il a relu, corrigé et validé. Et c’est là qu’il a dit “je”. Ce “je” qui unifie le texte et le légitimise.
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On repère des flux intenses
Un écosystème suppose des ressources qui circulent entre les éléments. Vu la richesse des contributions, on imagine les flux d'idées, de connaissances, de réflexions qui ont été échangés à l’intérieur de chaque groupe (dicastère), avec des consultants extérieurs et entre les groupes, pour parvenir à un texte cohérent. Ce n’est pas quelque chose d’unique, c’est la manière habituelle de travailler du Vatican. Il mobilise toutes ses ressources internes.
Mais il a fallu aussi gérer les tensions, trouver les points d'équilibre, entre les progressistes et les conservateurs, entre des participants venant des 4 coins du monde, avec des mentalités et des cultures différentes, le Nord, le Sud, l'Est et l'Ouest. Ces tensions se ressentent dans le texte, quand il tente en permanence de faire tenir ensemble des contraires.
Mais ces flux sont surtout extérieurs. Peu de gens vont prendre la peine de lire en entier ce texte, dense, fouillé, complexe, solidement référencé. Ce qu'on en connaîtra surtout, ce sont les paroles que le pape va prononcer à partir de ce texte, lors de ses voyages, de ses rencontres, de ses échanges avec la presse. C’est la façon dont ces paroles seront reprises, transmises diffusées, commentées. Les véritables flux sont là, ceux qu’on recherche, ceux qui vont propager les idées. L'encyclique est le réservoir dans lequel on puise.
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L’équilibre en mouvement
Ce sont justement ces tensions qui mettent l'écosystème en mouvement. S’il restait statique, il pourrait se désintégrer sous les forces contraires. Mais bien alignées, les tensions lui permettent d’avancer.
Cette dynamique s’appuie sur le passé, abondamment, elle se tient ferme sur ses racines : les textes fondamentaux, la tradition, la trace laissée par les prédécesseurs et notamment Léon XIII, auquel le pape actuel a emprunté son nom, et dont il s’affirme le successeur. L’encyclique Magnifica Humanitas se veut une réponse actualisée à Rerum Novarum de 1891, qui avait fondé la doctrine sociale de l’Eglise.
Ce qui fédère l’écosystème, malgré les tensions, ce qui lui permet de garder sa cohésion à travers l’espace géopolitique et à travers le temps depuis 2000 ans c’est le cœur de l’écosystème, le projet qui reste le même, malgré les vicissitudes de l’Histoire.
Le pape est un écosystème dont nous ne voyons que la partie visible et son rôle est justement de la rendre visible. C’est la force de cet écosystème qui lui permet de durer et de résister. Non pas parce qu’il cherche à éliminer les contradictions internes, mais parce qu’il est capable de les mobiliser, de trouver un équilibre-en-mouvement qui maintient le système en place, et de se servir de l’énergie des tensions pour avancer.
Peut-être y’a-t-il des leçons à en tirer dans des domaines plus prosaïques….Beaucoup d’écosystèmes meurent de vouloir trop normaliser les échanges internes et externes, et donc de les appauvrir. De trop vouloir réduire les tensions au lieu de les mettre en mouvement. Un écosystème, ce n’est pas un organigramme.
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