Overblog Tous les blogs Top blogs Technologie & Science Tous les blogs Technologie & Science
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Communiquer en écosystème

Présidentielle 2027 : les Français demandent des actes, le “système” tourne en boucle et n’écoute pas

71 % des Français attendent de la présidentielle un vrai changement. 89 % jugent que les politiques parlent trop et n'agissent pas assez. Pendant ce temps, le débat public continue de tourner sur lui-même. Est-ce grave ? Je ne sais pas. Mais je me demande toujours pourquoi la crédibilité des politiques continue de s’effondrer. Et celle des médias aussi. 

Ma thèse : l'écosystème politico-médiatique s'est refermé. Il n'intègre plus ce qui vient du public, et c'est ainsi qu'il s'en coupe.

Pour le montrer, j'ai croisé quatre éléments : l'enquête Cevipof de septembre 2026, d'autres enquêtes dont celle d’avril, les productions de discours des politiques, et ce que les médias en traduisent, sur leur propre agenda.

1. Ce que dit l'enquête Cevipof : un pays inquiet qui réclame de la méthode

L'enquête a interrogé 13 060 inscrits sur les listes électorales, du 3 au 9 septembre 2026.

  • L’ambiance: 91 % citent au moins un sentiment négatif. L'inquiétude atteint 59 % (+11 points depuis 2024), l'espoir tombe à 17 % (25 % auparavant).
  • L'avenir : 74 % s'attendent à une détérioration de la situation du pays (45 % en 2021).
  • L'attente : 71 % veulent « un vrai changement social et politique » (51 % en 2021). Seuls 16 % veulent d'abord apaiser (29 % en 2021).
  • La méthode : 89 % trouvent que les politiques parlent trop et agissent peu, 83 % veulent que les élus suivent la volonté du peuple, 77 % jugent le peuple mal représenté à l'Assemblée.
  • Les thèmes : économie et finances (54 %), social (53 %), environnement (30 %), identité (29 %).

Et une contradiction : 84 % veulent baisser la dette, 73 % baisser les taxes sur les carburants, 59 % augmenter les retraites.

Les Français ne réclament pas seulement des thèmes. Ils réclament une façon de gouverner : des actes, de l'écoute, des arbitrages assumés.

2. Ce que cette enquête occulte. 

La vague de septembre propose six grands thèmes. Mais la santé, la sécurité, l'éducation et le logement n'en font pas partie. Ce n'est pas un oubli : c'est une construction de questionnaire (choix fermé).

Les autres enquêtes de 2026 les font pourtant remonter :

  • Santé : 76 % la jugent déterminante pour leur vote en avril (Ipsos–Cevipof), devant le pouvoir d'achat (66 %). Chez Ifop en juin, elle n'est que la 4e préoccupation pour le pays (28 %), mais le 2e sujet de vote (37 %).
  • Sécurité : déterminante pour 53 % en moyenne, et pour 72 % des proches du RN et 69 % de ceux de LR. Le baromètre Ipsos « What Worries the World » d'août place la criminalité et la violence en tête des inquiétudes.
  • Éducation : 16e position en question ouverte (L'ObSoCo–Cevipof), mais déterminante pour 56 % dans une liste (Ipsos).
  • Logement : 70 % en font un enjeu majeur (Odoxa–Nexity), 74 % jugent difficile de se loger.

La leçon est simple : la question fabrique la réponse. La santé passe de la première à la quatrième place selon la manière de demander. Sonder n'est pas écouter.

3. Le discours que les politiques voudraient pousser (push). 

Ici, je n'ai pas de mesure. Je n'ai trouvé aucune étude publiée sur la place de ces thèmes dans le discours des responsables politiques pour 2027. D’autant que beaucoup hésitent encore à se découvrir, laissant planer le flou. Mais leurs partis politiques de référence ont déjà produit des idées. 

Chaque camp a ses priorités : le social pour 85 % des proches de LFI, l'environnement pour 79 % des Écologistes, l'économie pour 72 % du bloc central, l'identité pour 59 % du RN et 83 % de Reconquête. Il serait logique (et à vérifier) que chaque famille parle d'abord à son électorat, sur ses thèmes.

A chaque camp ses contradictions : baisser les dépenses, baisser les taxes, mais augmenter les pensions et les salaires. Chaque camp choisit les propositions qu’il met en avant pour son électorat et laisse l'autre dans l'ombre ce qui viendrait le contredire. Les discours tirent vers la radicalité. Le compromis y est suspect : 40 % jugent qu'il reviendrait à un renoncement. Une parole monolithique par camp, là où l'opinion demande des arbitrages.

 



 

Contenu de l’article4. Ce que les médias arrivent à imposer

Il n’est pas encore possible d'établir un corpus cohérent pour faire des analyses chiffrées. Mais trois filtres semblent déjà structurer le discours des médias à propos de la  campagne :

  • la compétition  : qui gagne, qui est isolé ?  (plutôt que l'évaluation des propositions) ;
  • l'événement chaud : petite phrase, polémique  (plutôt que le récit de fond) ;
  • le média-miroir : les politiques contournent les journalistes par les réseaux sociaux et la vidéo, (du coup les médias commentent la stratégie de communication plutôt que les propositions politiques)

Ce sont encore des hypothèses, pas des résultats.

Mais il existe déjà des mesures générales. Le Digital News Report 2026 du Reuters Institute (près de 100 000 personnes, 48 pays) donne trois signaux :

  • la confiance dans les médias tombe à 37 %, son plus bas niveau depuis 2015 ;
  • l'évitement actif de l'information atteint un record de 42 %, contre 29 % en 2017 ;
  • les réseaux sociaux et les vidéos de type “podcast” dépassent les sites des médias comme première source d'information en ligne (54 % contre 51 %).

En France, les 18-24 ans jugent les contenus des créateurs plus faciles à comprendre que ceux des médias classiques (+38 points).

Le public ne se laisse donc plus imposer l'agenda : il s'en va (c’est l’évitement de l'information).

A noter qu’une analyse croisée entre la presse dite nationale et la PQR montre une véritable fracture entre les deux. La presse “nationale”, s’intéresse surtout à la popol (politique politicienne), se coupant largement des préoccupations des gens. La presse régionale reste proche de son public : santé, logement, vie quotidienne. Même si son audience ne s’en trouve pas améliorée pour autant. D’où la question dont on connait déjà la réponse : comment est tenu l’agenda setting de la presse (le choix des sujets à traiter)? Reflète-il les attentes du public. Ou seulement celles de la rédaction ? 

Contenu de l’articleEn conclusion : une boucle fermée

Regardons la circulation de l'information :

Politiques → petites phrases → Médias → commentaires et sondages → Politiques.

Le public est à l'extérieur de la boucle. Les questions des sondages sont fermées, l'agenda est fixé par l'actualité chaude, la couverture commente la communication. Rien de nouveau n'entre.

Un écosystème qui ne reçoit plus rien de l'extérieur ne se renouvelle plus. Il tourne en boucle, se parle à lui-même et se coupe de son public. Ce n'est pas un procès contre les journalistes ou contre les politiques : c'est un problème d'architecture de l'information.

Les quatre questions de l'écologie de l'information, appliquées à 2027 :

  1. Écoute : qui écoute vraiment les citoyens, au-delà des sondages ?
  2. Écosystème : qui est dans la boucle, qui est resté dehors ?
  3. Architecture : par quels chemins ce que disent les Français atteint-il l'agenda ?
  4. Confiance : que produit ce système sur la crédibilité de ceux qui parlent ? (37 % de confiance, 42 % d'évitement)

Trois pistes pour ouvrir la boucle :

  • Mesurer l'agenda avant de le fixer : comparer régulièrement la place des thèmes dans la couverture et dans les préoccupations.
  • Confronter les promesses aux arbitrages : traiter ensemble la contradiction dette, taxes et retraites, au lieu de la traiter séparément.
  • Écouter de façon ouverte : compléter les sondages fermés par des questions libres, des consultations, des remontées locales.

Écouter avant de diffuser : c'est la condition pour que 2027 soit non seulement une élection, mais une conversation.

Et vous, dans votre rédaction, votre collectivité ou votre organisation : qu'est-ce qui entre encore de l'extérieur ?

Sources : Ipsos–Cevipof–Fondation Jean-Jaurès–Le Monde–Institut Montaigne, Enquête électorale française 2026 (vagues 2 et 3) ; Ifop ; Odoxa–Nexity ; Ipsos « What Worries the World » ; L'ObSoCo–Cevipof ; Reuters Institute, Digital News Report 2026. Pour comprendre la méthode : [lien vers le manifeste / blog L'Écologie de l'Information]

#EcologieDeLInformation #Presidentielle2027 #CommunicationPolitique #Medias #Journalisme

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
Pierre Gandonnière


Voir le profil de Pierre Gandonnière sur le portail Overblog

Commenter cet article