Communiquer en écosystème
23 Septembre 2026
71 % des Français attendent de la présidentielle un vrai changement. 89 % jugent que les politiques parlent trop et n'agissent pas assez. Pendant ce temps, le débat public continue de tourner sur lui-même. Est-ce grave ? Je ne sais pas. Mais je me demande toujours pourquoi la crédibilité des politiques continue de s’effondrer. Et celle des médias aussi.
Ma thèse : l'écosystème politico-médiatique s'est refermé. Il n'intègre plus ce qui vient du public, et c'est ainsi qu'il s'en coupe.
Pour le montrer, j'ai croisé quatre éléments : l'enquête Cevipof de septembre 2026, d'autres enquêtes dont celle d’avril, les productions de discours des politiques, et ce que les médias en traduisent, sur leur propre agenda.
L'enquête a interrogé 13 060 inscrits sur les listes électorales, du 3 au 9 septembre 2026.
Et une contradiction : 84 % veulent baisser la dette, 73 % baisser les taxes sur les carburants, 59 % augmenter les retraites.
Les Français ne réclament pas seulement des thèmes. Ils réclament une façon de gouverner : des actes, de l'écoute, des arbitrages assumés.
La vague de septembre propose six grands thèmes. Mais la santé, la sécurité, l'éducation et le logement n'en font pas partie. Ce n'est pas un oubli : c'est une construction de questionnaire (choix fermé).
Les autres enquêtes de 2026 les font pourtant remonter :
La leçon est simple : la question fabrique la réponse. La santé passe de la première à la quatrième place selon la manière de demander. Sonder n'est pas écouter.
Ici, je n'ai pas de mesure. Je n'ai trouvé aucune étude publiée sur la place de ces thèmes dans le discours des responsables politiques pour 2027. D’autant que beaucoup hésitent encore à se découvrir, laissant planer le flou. Mais leurs partis politiques de référence ont déjà produit des idées.
Chaque camp a ses priorités : le social pour 85 % des proches de LFI, l'environnement pour 79 % des Écologistes, l'économie pour 72 % du bloc central, l'identité pour 59 % du RN et 83 % de Reconquête. Il serait logique (et à vérifier) que chaque famille parle d'abord à son électorat, sur ses thèmes.
A chaque camp ses contradictions : baisser les dépenses, baisser les taxes, mais augmenter les pensions et les salaires. Chaque camp choisit les propositions qu’il met en avant pour son électorat et laisse l'autre dans l'ombre ce qui viendrait le contredire. Les discours tirent vers la radicalité. Le compromis y est suspect : 40 % jugent qu'il reviendrait à un renoncement. Une parole monolithique par camp, là où l'opinion demande des arbitrages.
Il n’est pas encore possible d'établir un corpus cohérent pour faire des analyses chiffrées. Mais trois filtres semblent déjà structurer le discours des médias à propos de la campagne :
Ce sont encore des hypothèses, pas des résultats.
Mais il existe déjà des mesures générales. Le Digital News Report 2026 du Reuters Institute (près de 100 000 personnes, 48 pays) donne trois signaux :
En France, les 18-24 ans jugent les contenus des créateurs plus faciles à comprendre que ceux des médias classiques (+38 points).
Le public ne se laisse donc plus imposer l'agenda : il s'en va (c’est l’évitement de l'information).
A noter qu’une analyse croisée entre la presse dite nationale et la PQR montre une véritable fracture entre les deux. La presse “nationale”, s’intéresse surtout à la popol (politique politicienne), se coupant largement des préoccupations des gens. La presse régionale reste proche de son public : santé, logement, vie quotidienne. Même si son audience ne s’en trouve pas améliorée pour autant. D’où la question dont on connait déjà la réponse : comment est tenu l’agenda setting de la presse (le choix des sujets à traiter)? Reflète-il les attentes du public. Ou seulement celles de la rédaction ?
Regardons la circulation de l'information :
Politiques → petites phrases → Médias → commentaires et sondages → Politiques.
Le public est à l'extérieur de la boucle. Les questions des sondages sont fermées, l'agenda est fixé par l'actualité chaude, la couverture commente la communication. Rien de nouveau n'entre.
Un écosystème qui ne reçoit plus rien de l'extérieur ne se renouvelle plus. Il tourne en boucle, se parle à lui-même et se coupe de son public. Ce n'est pas un procès contre les journalistes ou contre les politiques : c'est un problème d'architecture de l'information.
Les quatre questions de l'écologie de l'information, appliquées à 2027 :
Trois pistes pour ouvrir la boucle :
Écouter avant de diffuser : c'est la condition pour que 2027 soit non seulement une élection, mais une conversation.
Et vous, dans votre rédaction, votre collectivité ou votre organisation : qu'est-ce qui entre encore de l'extérieur ?
Sources : Ipsos–Cevipof–Fondation Jean-Jaurès–Le Monde–Institut Montaigne, Enquête électorale française 2026 (vagues 2 et 3) ; Ifop ; Odoxa–Nexity ; Ipsos « What Worries the World » ; L'ObSoCo–Cevipof ; Reuters Institute, Digital News Report 2026. Pour comprendre la méthode : [lien vers le manifeste / blog L'Écologie de l'Information]
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