Communiquer en écosystème
13 Décembre 2025
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Comment une ministre de l'Agriculture met le feu aux campagnes ? Réponse : en appliquant scrupuleusement les consignes de ses communicants.
Le vendredi 12 décembre, Annie Genevard était interviewée au journal de 13h sur France 2. Un troupeau de 207 bovins venant d'être euthanasié a débuté dans la ferme des Bordes-sur-Arize en Ardèche, les éleveurs qui s’y opposaient ayant été délogés par la force.
Question de Julian Bugier : “un mot sur ces images violentes ? “
Réponse de la ministre, en application de la règle numéro 1 (montrer de la compassion) : « voir des éleveurs perdre leur cheptel c'est une souffrance ». C'est elle qui souffre, on dirait alors que c’est elle qui a déclenché l’opération. Après une longue digression, enfin un mot en rapport avec la question : “je déplore les images violentes”. Mais quelle violence parle-elle ? Celle des forces de police ou celle des agriculteurs ? Ou celle de l'euthanasie d'un cheptel ? et puis, elle se contente de « déplorer » ? Est-ce qu'elle ne fait pas partie du gouvernement qui a envoyé les forces de l'ordre ? Ah non, en fait elle ne déplore pas la violence mais “les images violentes”.
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Question de Julian Bugier, soulignant que les agriculteurs demandent la vaccination de tous les cheptels, « êtes-vous à même de dire : oui on va le faire ? »
On attend une réponse par oui ou par non , et pas un jeu de ni oui ni non. Réponse d’Annie Genevard : « déjà on se contente sur les foyers d'infection » ... « c'est une maladie qui fait souffrir les animaux »... Elle ne répond pas. C’est pourtant la principale revendication des éleveurs. Puis elle termine par un truisme digne d’une candidate Miss France : « la vaccination, c'est une protection”.
Julian Bugier abandonne ses questions et se met à suivre la ministre : « ça veut dire que vous vaccinez tous les cheptels à 50 km à la ronde ? »
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Réponse de la ministre : « Exactement. » Elle a réussi son coup, la discussion colle à ses éléments de langage. La politique qui est menée est la bonne. Elle s'appuie sur la Science : «c'est la stratégie qui a été mise au point par des scientifiques, par des vétérinaires ». Ce n'est pas une décision politique, c'est la science qui parle, il n’y a pas de contestation possible. Cette stratégie de communication a lamentablement échoué lors du Covid, elle a décrédibilisé le discours politique et a renforcé les délires complotistes, mais apparemment, personne n’a retenu la leçon.
Julian Bugier demande combien vont toucher les éleveurs en indemnisation. On n’en saura rien.
Réponse de la ministre : « la valeur marchande de l'animal » et puis il a désinfection des étables et cetera. Pas de chiffres. Ne pas répondre aux questions fait partie de la stratégie, ne pas se mouiller, ne s’engager sur rien.
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Relance de Julian Bugier : en tout “plusieurs centaines de milliers d'euros ?”
Réponse ahurissante de la ministre, comme si la question n’existait pas : « l'État est aux côtés des éleveurs”. Suit une série de formule à l'emporte-pièce, soigneusement concoctées dans les bureaux du ministère : « aucun éleveur ne sera abandonné », «l'ennemi c'est le virus » , « c'est une guerre sanitaire que nous menons » Pour aller chercher le vieil argument de la guerre, usé jusqu’à la corde par le président lui-même, il faut vraiment avoir des tiroirs vides. C’esr reparti pour la compassion “: je ressens douloureusement la détresse des éleveurs”. Et elle termine par : « je veux dire : pas de violence”. De la part de qui ? L’euthanasie d'un troupeau ce n'est pas une violence ? Envoyer des forces de l'ordre mater les agriculteurs avec des gaz lacrymogènes ce n'est pas une violence ?
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Rien ne va dans cette stratégie de communication. Aucune écoute des interlocuteurs, aucune prise en compte de leurs arguments, aucune concertation sur les mesures à prendre. Car eux contestent formellement que la solution préconisée par la ministre soit la seule possible et soit la meilleure possible. Défaussement sur la science pour couper court à tout débat. Grande démonstration de compassion en contradiction absolue avec les mesures qui sont prises. Communication descendante, verticale, là où il faudrait montrer de l’horizontalité : on ne peut pas être à côté et au-dessus. Attitude maternisante, condescendante, infantilisante : “c'est pour votre bien, vous ne pouvez pas savoir, vous n'êtes pas des scientifiques, je souffre autant que vous”.
Autant d'éléments pour rajouter de la colère sur de la détresse. Qu'on ne soit pas surpris si les campagnes s'enflamment !
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