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Dimanche 21 octobre 2012 7 21 /10 /Oct /2012 19:29

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Pour lutter contre les usurpations d’identité, certains experts, dont Christophe Naudin, souhaitent le renforcement de la biométrie, un “pack identitaire”. Le gouvernement paraît vouloir lui emboîter le pas. Vraie solution ou illusion ?

 

Illusion  en tous cas que cette interminable course à l’échalote où l’on renforce toujours plus les systèmes de sécurité, avec quel résultat ? La fraude aussi progresse. On nosu a vendu les cartes d’identité “infalsifiables”, les cartes bancaires à puce, les passeports biométriques, les signatures électroniques, les fichiers d’empreintes ADN. Les usurpations d’identité ont-elle reculé. Au contraire elles explosent. Il faut se rendre à l’évidence on les a rendu plus faciles. 

 

Du point de vue des sciences de l'information et de la communication, le problème posé est celui du référent. Les pouvoirs publics sont convaincus de l’efficacité de la biométrie parce qu’ils prennent pour référent de l’identité la personne elle-même. Alors en effet, en théorie, on peut à tout instant vérifier la correspondance entre une empreinte biométrique et la personne qu’on a en face de soi. A condition qu’elle soit là, bien sûr.

 

Or nous vivons de plus en plus dans un monde virtuel où le référent n’est pas la personne mais sa doublure administrative. Son dossier. Son reflet dans le système. La masse d’informations numériques qui le désigne. La plupart du temps, la correspondance ne se fera donc pas avec la personne mais avec un fichier informatique. Pour dire les choses autrement, si j’entre mon empreinte digitale dans le système, elle sera traduite en octets, c’est à dire en code numérique. Pour tromper le système, il suffit donc d’entrer le code numérique correspondant à mon empreinte digitale. Dans le monde numérique, toute information se ramène à une chaîne binaire. Rien n’est plus facile à imiter. 

 

Non seulement la biométrie n’arrêtera pas les usurpations dans le monde virtuel, mais elle les facilitera, parce qu’on continue de croire à la toute puissance de la technologie et que donc, on lui fera confiance. Sera déclaré conforme ce que la machine déclarera conforme. Ce n’est pas au niveau du numérique qu’il faut poser le problème mais au niveau de l’analogique. C’est lui qui par définition entretien une relation de correspondance avec le réel. 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Publications - Communauté : Le Club des Citoyens
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Dimanche 23 septembre 2012 7 23 /09 /Sep /2012 19:37

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Plus ça communique et moins ça informe


Les responsables politiques n’arrêtent pas de se plaindre : les journaux ne parlent que de ce qui  se passe mal. Les journalistes râlent de leur côté : sous la pression des RP on voudrait les transformer en “relais de communication”. Ce qui n’est pas leur  boulot.


Tout le monde a raison. Et c’est pourquoi tout va mal. Plus les décideurs s’en remettent aux communicants, plus ils prennent l’habitude de se regarder dans un beau miroir et moins ils supportent la critique. Et plus les journalistes se sentent instrumentalisés, et plus ils se réfugient là où ils peuvent préserver leur indépendance, les sujets qui échappent à l’emprise de la communication. 


C’est quoi informer, aujourd’hui? Ce n’est plus donner l’essentiel de ce qui s’est passé dans le monde, les évènements classés par ordre d’importance comme on apprend à le faire dans les écoles de journalisme. Cette information là, tout le monde l’a déjà, elle ne vaut rien, personne n’est prêt à payer pour l’obtenir. Informer, c’est par exmple courir après le buzz, essayer de devancer les désirs du public, même les plus sordides : le people, le trash. Ou bien traquer l’exclu, le scoop, la révélation qui met la tête à l’envers. Mais est-ce qu’il ressemble au monde, ce reflet qu’en donnent les médias? Sans doute de moins en moins. 


On pourrait  dire : ce n’est pas bien grave. Aujourd’hui tout le monde peut trouver tout ce qu’il veut sur internet. Mais si, c’est grave, justement. Parce qu’on ne trouve jamais que ce qu’on cherche et que le boulot des journaliste est justement l’aller chercher là où le grand public ne va pas. Parce que les journalistes ont appris à vérifier l’information, à la sécuriser avant de la diffuser. Normalement, ils ne prennent pas leurs fantasmes pour la réalité. 


Alors communication? Information? Il va falloir que la communication accepte de lâcher prise, de ne pas tout contrôler, de laisser l'information vivre sa vie, avec les critiques, les remarques, les interprétations personnelles de chacun. Il va falloir aussi que les journalistes se penchent dare-dare sur cette question : à quoi servent les journaux aujourd’hui? 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Mercredi 21 mars 2012 3 21 /03 /Mars /2012 17:03

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Les deux chiens de faïence de la communication, l'interne et l'externe ne cessent de se faire face et de se snober. L'une, plus noble, l'externe, s'adresse aux vrais médias, s'occupe de vrais enjeux stratégiques, dispose de vrais budgets. L'autre, plus roturière, l'interne, vit de peu de choses, s'occupe d'enjeux secondaires comme : la cohésion interne ou la mobilisation des énergies. Structurellement séparées dans les entreprises, l'une rattachée au marketing, au commercial, l'autre aux RH. Pourtant condamnées à s'entendre. Et n'y arrivant jamais vraiment. Notamment à cause des logiques de territoire, entre les RH et le marketing. Et si on s'y prenait autrement? Tout y incite. 

 

1 Les réseaux sociaux. Ils ont permis de décloisonner, de sortir de sa bulle, de créer des contacts, de naviguer librement d'une île à l'autre et d'y trouver son miel. Les réseaux sociaux sont aussi efficaces en interne qu'en externe. Pourquoi faudrait-il que les uns soient étanches aux autres? Les réseaux, c'est la souplesse qu'il faut pour créer les coopérations nécessaires, pour être réactif, créatif, pro-actif. 

 

2 Les outils interactifs. Avec eux le monde professionnel et le monde personnele se croisent. Et les entreprises prennent peur. S'il y avait du temps perdu? Du temps de travail consommé pour régler des affaire privées? Mais on pourrait tout aussi bien dire : et s'il y avait du temps gagné? Par le fait qu'un salarié devienne  capable de mobiliser non seulement se propres capacités, mais aussi celles de son réseau, pour trouver une idée, une solution, obtenir une information....Bien sûr, on sent bien le danger. De faire sortir des informations qui pourraient être stratégiques. Ou de parvenir à un temps de travail où le privé et le professionnel soient tellement imbriqués qu'on ne puisse plus mesurer la quantité de travail fourni en temps. Mais si on verrouille les réseaux internes, on se coupe d'une richesse d'ensemencement formidable. 

 

3 Les zones intermédiaires. Il faut vraiment se donner du mal pour découper artificiellement l'interne et l'externe. Bien sûr, le personnel salarié, c'est de l'interne, mais ensuite? Les stagiaires, les intérimaires? Les intervenants, les consultants? Les fournisseurs? Le réseau de distribution? Et les clients à fidéliser, c'est de l'interne ou de l'externe? Et la population d'une ville, de l'interne ou de l'externe? Les méthodes qu'on va déployer vis à vis de ces publics sont proches de celles de la communication interne. Mais elles ne s'adressent pas à du personnel, il n'y a pas de lien de subordination, pas de contrat de travail. L'interne et l'externe c'est un continuum de réseaux qui s'entremêlent.

 

 

Et si on reprenait tout du début ?

 

Communication interne ou externe, les techniques sont les mêmes, les outils aussi : web, médias, édition, affichage, évènementiel, RP.... Pourquoi ne pas créer une seule équipe  déployant son activité selons les populations auxquelles elle s'adresse et assurant les relations entre ses différents réseaux? Alors la communication strictement interne ne deviendrait qu'un cas particulier, une partie d'un ensemble. Les projets externes auraient plus de chances d'être portés et renforcés par l'interne. Les projets internes ne perdraient jamais de vue que la finalité de toute activité est extérieure : le client final...

 

Pierre Gandonnière

 

 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication d'entreprise - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 17:07

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Réseaux saturés, baisse d’efficacité, méthodes usées jusqu’à la corde et jusqu’à la grosse ficelle, la communication, celle qu’on connaissait,  a-t-elle encore un avenir? Comment échapper au bruit ambiant? La clé N°1 suggérait : refabriquer du silence. Bon d’accord. Et ensuite?

Listons d’abord ce qu’il ne faut pas faire. Les vieux réflexes. Ceux qui nous conduisent à reproduire toujours les mêmes erreurs.  A essayer sans cesse les mêmes solutions qui plantent.


NE PAS

 

NE PAS. Ecouter les gourous. Surtout ceux qui ont un montre Rolex depuis plus de cinquante  ans. Ils vont finir dans une boîte à coucou pour amuser les gosses. Mais plus ils répètent  la même chose depuis toujours et plus on comprend qu’ils n’ont pas compris qu'il faut changer. Ils sont restés coincés quelque part au XXème siècle. Aujourd’hui, il faut réapprendre à penser par soi-même. Et cesser de se gourer avec les gourous.

NE PAS. Utiliser des recettes toutes faites. Justement parce qu’elles sont toutes faites. Elles ne fabriqueront rien de nouveau.  Celles dont nous avons besoin sont à inventer.

NE PAS. Faire la même chose que les autres. Les suivistes ne produisent que du bruit, c’est à celui qui criera le plus fort. Celui qui ne cherche pas sa petite musique personnelle se perdra au milieu du brouhaha.

NE PAS. Faire confiance au marketing. Il est fait pour photographier le passé et dire : voilà l’avenir. Mais l’avenir n’est pas prévisible. Il se trace au milieu de la tempête avec une boussole et un sextant.  Minute par minute. Pour avoir une idée de ce que serait “un marketing de l’imprévisible”, demander à  Michel Hébert.

NE PAS. Croire aux  modèles. La plupart des projets se construisent à partir d’une représentation précise de ce que doit être le résultat final. Ensuite on déploie des efforts phénoménaux pour faire entrer la réalité dans le modèle et on découvre avec surprise qu’on n’y arrive pas. Un peu comme si, pour se rendre à Paris, on collait un poster de la capitale sur le pare-brise. Au lieu de regarder la route.


C’est une démarche expérimentale, pragmatique, empirique, itérative, qu’il va falloir enclencher. On ne peut pas prévoir le résultat. On ne connaît pas non plus la route à suivre. On la construit au fur et à mesure en prenant les bonnes décisions. « Là où il y a la volonté, il y a un chemin ». Tout repose sur le processus. Après le silence....

CLE N° 2 : L'ECOUTE

  1. ECOUTER. On déploie souvent des trésors d'énergie pour aller chercher de l'information alors qu'on l'avait à portée de main et qu'on ne la voyait pas. Aujourd'hui, si l'on veut bien, toute l'information utile est déjà disponible, sur les blogs, les réseaux sociaux, les forums, les commentaires. Et on en fait quoi ? Pour chaque interrogation, il y a déjà une réponse, ou il y peut y en avoir une en quelques minutes. Le public décide en temps réel de ce qu'il aime ou pas, des arguments qu'il trouve pertinents ou non. Encore faut-il savoir écouter. Avec les oreilles mais surtout : avec les yeux, avec le nez (pour flairer les pistes). Et si le cerveau veut s'en mêler, il n'est pas de trop. L'anti-communication va passer par une écoute permanente. Pas seulement études avant et post campagnes.

  2. ENTENDRE. A vrai dire on n'y est pas tellement habitué. Cette manie qu'on a de poser des questions, de décider tout seul de celles qui méritent d'être posées, comme dans les sondages. Bref de tout faire, alors qu'on prétend se mettre à l'écoute, pour n'entendre que ce qu'on a décidé d'entendre. Et pas : ce qui surprend, ce qui dérange, ce qui conteste, critique, contredit. Entendre, c'est entendre ce qu'on ne s'attendait pas à entendre.

  3. REPONDRE. Combien de fois un client qui a adressé une remarque reçoit-il une réponse du type : « nous avons lu avec le plus grand intérêt.... » et puis quoi ? Est-ce qu'on va rectifier l'erreur, modifier l'offre, intégrer la proposition ? Non. C'est de la pure communication. On ne change rien. Dans le monde de l'interactivité, si l'autre n'a pas la certitude d'être pris au sérieux, il ne jouera plus le jeu. Répondre, ce n'est pas adresser un message bidon en retour, c'est agir dans la réalité en tenant compte des remarques et le montrer. La réponse est d'abord dans le réel et ensuite dans la communication. Deux niveaux sont indispensables.



SILENCE+ ECOUTE. En attendant la Clé N°3.

L'anti-communication prend le contrepied de la communication traditionnelle. Elle cherche des voies ailleurs. Pour recommencer à communiquer il faut d'abord arrêter de « faire de la communication ».

 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 19:11

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L’écologie de l’information suppose de gérer intelligemment les ressources. Le moins qu’on puisse dire est qu’on en est loin. Entre ceux qui les moyens de se goinfrer de communication et ceux qui n’ont accès à rien, les différences se sont creusées. D’un côté les affamés de l’information et de l’autre les obèses gavés. Alors que le monde de la communication paraissait sans limites, on n’arrive plus aujourd'hui à y faire sa place.  Que s’est-il passé? Comment communiquer autrement ? Comment anti-communiquer?

 
Voilà des décennies que les entreprises et les professionnels ont suivi les gourous de la communication qui les incitaient à multiplier les messages. Communiquez !  Ils l’ont fait. Au début, quand ils n’étaient que quelques uns, cela se passait bien. Ceux qui communiquaient bénéficiaient d’un avantage énorme sur ceux qui ne le faisaient pas : ils se faisaient connaître rapidement, gagnaient des parts de marché, imposaient leur point de vue. Aujourd’hui un urbain français est bombardé de 500 à 2000 messages publicitaires par jour. A ce niveau là, presque plus aucun message n’est efficace, il ne reste que le bruit. Les espaces communicationnels sont saturés. S’y faire remarquer coûte de plus en plus cher (+50% sur 10 ans pour la TV) pour une audience de plus en plus faible (-50% sur 10 ans  pour la pub TV).


La communication, c’est un travail de professionnels, ça s’apprend. Voilà bien une autre partie du problème. A force d’utiliser les mêmes méthodes, les professionnels produisent les mêmes messages, tirent sur les mêmes grosses ficelles, les ficelles s’usent et le public aussi. De plus en plus difficile de susciter l’intérêt. De plus en plus difficile d’entraîner l’adhésion. Pour 76% des gens, les marques ne disent pas la vérité. Même les politiques n’arrivent pas à un score aussi bas. Ce n’est pas seulement le nombre de messages qui pose problème, c’est leur nature, ils sont peu crédibles et peu différenciés.


Paradoxalement, comme conséquence de cette saturation, ceux qui n’ont rien à dire, ceux qui contribuent à la monotonie,  mobilisent les réseaux de communication, parce qu’ils en ont les moyens, parce qu’ils sont en situation dominante. Et ceux qui présentent de la différence n’arrivent plus à se frayer un chemin dans le bruit. La communication ne joue  plus  son rôle de : faire connaître le nouveau, c’est à dire 'informer'. Elle est utilisée au contraire pour sauvegarder les positions  acquises.


Sauf que cela ne marche pas. L’injonction des gourous pousse les communicants à rechercher le grand public, les grands médias, la presse généraliste, à saturer toujours plus les canaux. Mais les utilisateurs ne se laissent pas faire. Ils ont développé au moins deux sortes de contre-attaques.


1 L’indifférence. Les messages ne mordent plus, n’accrochent plus. Plus rien n’étonne, plus rien ne retient l’attention. Les effets sont de plus en plus délétères et pas seulement pour la publicité commerciale. Mais aussi pour les campagnes de prévention contre le SIDA ou de lutte anti-tabagisme.


2 L’évitement. Il y a longtemps que le téléspectateur a appris à zapper les pubs.  Aujourd’hui, il met des anti-spams sur sa boîte mail, des autocollants sur sa boîte aux lettre pour éviter la distribution de dépliants. Et il ne va pas accepter longtemps les publicités intrusives sur le net, les pop-ups.


Et pourtant. Les professionnels ont bel et bien besoin de communiquer. Mais pas comme ça. Et les destinataires peuvent tout à fait être intéressés par ces messages. Mais pas n’importe lesquels. C’est une forme d’anti-communication qu’il faut inventer, une approche de la communication qui prenne le contre-pied de ce qui existe. Il y a plusieurs clés à mettre en oeuvre, mais la première, c’est :


CLE N° 1 : La stratégie du silence


La où la communication traditionnelle gaspille les ressources, sature les canaux et pollue les espaces, il faut commencer par recréer du silence.


1 Apprendre à se taire. Renoncer à cette envie de communiquer à tout propos, de passer dans le journal, à la TV, faire parler de soi sans se préoccuper de savoir si cela intéresse les gens. Organiser la rareté. Ne pas déranger le public pour rien.


2 Faire le tri. Eliminer de sa communication toutes les actions qui ne servent à rien dans l’espace où elles se situent. Tout ce qu’on fait parce que les autres le font. Parce qu’on vous sollicite pour le faire. Ou pour tout un tas de mauvaises raisons.


3 Organiser des espaces de silence. Un plan de communication, c’est fait d’une suite ininterrompue d’actions. Dommage! Dans une réunion, ce n’est pas celui qui parle le plus qui aura marqué les esprits. Mais celui qui n’interviendra que pour dire des choses essentielles. Et qui ne prendra la parole que quand le silence s’est fait.

Pierre Gandonnière

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Samedi 22 octobre 2011 6 22 /10 /Oct /2011 17:13
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Décidément la relation de Nicolas Sarkozy avec la presse représente un défi permanent pour un analyste des médias. La phase qu’il traverse aujourd’hui par exemple. Inédite, jamais vue. On peut parler d’un véritablel “burn out” médiatique. Flash Back



Nicolas Sarkozy inaugure une première phase de relation paradoxale aux médias en 2002. Après la traversée d’un désert où il s’était beaucoup précipité lui-même, sa cote d’avenir, d’après TNS Sofrès, passe pour la première fois au dessus de 50%, et on assite alors à un phénomène  surprenant, elle s’y maintient, au dessus de la barre, de manière ininterrompue, pendant cinq années de suite, malgré les coups d’éclats qui déclenchent des mouvements d’hostilité contre lui (“Karcher,  “racailles”....). D’autant plus incroyable qu’il adopte alors une stratégie médiatique ultra-offensive, celle dite “une carte postale par jour”, qui consiste à saturer l’espace médiatique en assurant sa présence permanente, tous les jours, ne laissant  aucune place aux concurrents potentiels. C’est contraire à toutes les règles. Personne ne peut rester accroché aux étoiles, au sommet de la popularité médiatique, pendant une durée aussi longue, sans s’y brûler les ailes. La faveur des médias suit des courbes sinusoïdales selon des amplitudes de deux ans environ. Il y a des hauts et des bas. Rester en haut  pendant  cinq années sans jamais baisser,  avec une exposition de 100% c’était impossible, il allait forcément redescendre, et bien non, il y est resté. Et il a cru qu’il y resterait.


En mai 2007, au moment où il va gagner l’élection présidentielle, sa côte de confiance TNS Sofrès (er non plus : cote d’avenir) est de 67%. Pour mémoire, celle de Jacques Chirac à sa première élection est de 64%, celle de François Mitterrand en 1981 de 74%. Et là il va se passer un autre phénomène déroutant, cette popularité va littéralement dévisser. Six mois après la victoire, elle passe dessous de 50%, elle ne remontera jamais. Un an après l’élection, elle descend en dessous de 40%, et c’est irrévocable. Il se maintient sous de plafond pendant un an environ, puis décembre 2008, il commence une nouvelle dégringolade qui le mène sous les 30% en juin 2010, sans qu’il ne parvienne jamais à remonter. Quoi qu’il fasse. Même en changeant complètement de stratégie communication : rendre sa parole rare, désaturer les médias, envoyer Fillon en première ligne. Même en changeant complètement le contenu de l’image : disparition du blinbling, escamotage de la vire privée, création de l’image du “Président Sarkozy”. Mëme en créant, dans le réel, des évènements d’une portée telle que normalement, ils auraient du être portés au crédit de leur auteur et restaurer de lui une image positive : présider le G20 voler au secours de la Grèce, tenter de juguler la crise, devenir le héros de la libération libyenne. Rien. Sa cote reste clouée au sol.  Le story telling ne prend pas. Comme si le personnage Sarkozy avait épuisé toutes les ressources possibles des médias, tout ce qu’il propose fait long feu, tout se qui passe par lui se consume sans brûler, sans produire la moindre flamme. Un personnage en “burn out” médiatique.



Et l’avenir? Normalement, il n’y en a pas. On ne voit pas du tout comment un personnage aussi empêtré dans un piège médiatique pourrait arriver à s’en extraire. Chirac en 2002, alors qu’il allait faire 19% au premier tour de la présidentielle, affichait encore une cote positive de 40%. Personne ne sait comment on sort d’un “burn out” médiatique. Mais justement. Le rapport du personnage aux médias est tellement paradoxal; rien ne dit qu’il n’inaugure pas ecnore une situation inédite et inexplicable où il parviendrait à remonter du fond de la mine, avec une edelweiss à la main. Personne ne sait comment on se sort d’une telle situation. Mais il n’y a pas forcément besoin de le savoir pour le faire.

 

Pierre Gandonnière

 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Politique
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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 19:39

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Je viens de terminer un bouquin qui fait un point complet sur le droit de la presse. Enorme surprise, il semble bien que rien ne protège la liberté d’expression. A force de bricolages effectués au coup par coup, sans aucune cohérence, on a fabriqué un monstre juridique et on n’a pas fini de le payer cher. 

 

Bien sûr, on n’arrête pas de se référer à l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen : “La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement sauf à répondre des abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi”. Auquel on va rajouter la Constitution de 1958 qui réaffirme ces principes, l’article 17 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui consacre la liberté d’expression, et l’article 10 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme qui protège : “la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière”.  

Voilà pour la théorie. On est bardé-serré.  Ces droits sont opposables, ils devraient permettre d’exprimer librement des pensées et des opinions sur le web. Voire : de diffuser des informations. 

Car depuis le droit, s’il  n’est pas revenu sur les principes, il en a inversé les pratiques. Selon le principe de la neutralité du web, de la non-responsabilité de l’hébergeur, seul l’auteur d’un contenu devrait pouvoir être poursuivi. Sauf que la loi a prévu que le fournisseur d’accès ou l’hébergeur puissent aussi  être inquiétés. Selon la directive européenne du 8 juin 2000 un hébergeur qui dont un des clients publierait des contenus litigieux “doit, dès qu'il prend effectivement connaissance ou conscience du caractère illicite des activités, agir promptement pour retirer les informations concernées ou rendre l'accès à celles-ci impossible”. Sinon, il pourrait être poursuivi à son tour. 

 

C’est pourquoi, sans attendre des décisions de justice, des hébergeurs prennent sur eux de supprimer des contenus, de neutraliser un site ou un blog, ou même de flinguer un profil, comme le fait régulièrement Facebook, au simple motif d’avoir reçu des “signalements d’internautes”. L’hébergeur ouvre la parapluie, il ne prend aucun risque. Le profil Anti-Sarko “Torapamavoix” se fait régulièrement dézinguer parce qu’il est devenu une cible des “pro-”. Des entreprises font la chasse aux commentaires critiques, en utilisant les services de conseils en e-réputation.  L’internet se purge peu à peu de tout ce qui n’est pas accepté par les communicants. Là il ne s’agit pas de propos qui tombent sous le coup de la loi, comme diffamatoires ou injurieux, mais simplement de propos qui déplaisent et qu’on parvient à faire éliminer. 

Les nouveaux censeurs ont en face d’eux des opérateurs qui ne sont pas des juristes et pas des professionnels de l’information, mais des webmasters faciles à intimider. Ou pire encore : de simples algorithmes, comme dans le cas de Facebook, aucune intervention humaine n’est nécessaire, le système marche tout seul, aucun recours n’est possible. Dans le cas de publications journalistiques, on peut encore faire valoir le devoir d’informer. Dans le cas d’une publication non-professionnelle,  la loi n’a pas prévu que la liberté d’expression puisse être défendue et que celui qui a retiré (ou fait retirer) abusivement un contenu puisse être sanctionné. Bref, en théorie, le droit consacre la liberté d’expression, en pratique il ne permet pas de  la protéger. Au contraire, il consacre la censure comme une sorte de principe de précaution.  


Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Le Club des Citoyens
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Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 19:32

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C'est bon, les consultants, gourous, prophètes et thuriférères ont fait le boulot, tout le monde a bien compris : il faut surveiller son e-réputation. Sur le web n'importe qui peut écrire n'importe quoi sur vous, et ça reste, il n'y a pas de prescription, tout ce qui est écrit l'est pour toujours. Ici les regrets sont vraiment éternels.

 

Les cabinets conseils ont donc fleuri et ils proposent de toiletter le web, d'éliminer tout ce qui dérange, d'organiser des veilles, des traques, de menacer, de faire arracher toutes les mauvaises herbes. Grâce à eux, plus rien ne dépasse. Donc tout va bien moyennant monnaie ? Et bien non, justement, il se pourrait bien qu'une politique trop active de e-réputation ne finisse par entraîner l'effet inverse.

 

Prenons cette entreprise que nous appellerons X. (Car si on donne son vrai nom, elle pourrait bien réussir à faire extirper cet article du web). Elle travaille dans le conseil aux PME, la réputation est très importante pour elle. Son business repose sur une relation de confiance entre les intervenants et les clients. Elle est très présente sur le web. Elle y tient un site qui vante ses mérites (classique) avec des témoignages soigneusement selectionnés pour être dithyrambiques. Aucun intérêt. Allons voir sur la toile ce qu'on dit d'elle, pour se faire une opinion.

 

1 On trouve beaucoup de sites, forums, blogs, qui parlent de l'entreprise X en des termes manifestement complaisants : descriptifs de l'activité, des résultats obtenus par les clients, d'évènements heureux comme une levée de fonds en Bourse. Autant de sujets qui ne sont que la reprise sans distance d'informations venant de l'entreprise X elle-même. Bref c'est de la com'. Crédibilité ?

 

2 Les forums devraient en dire plus. Qu'écrivent les internautes ?...Et bien pas grand chose. Ou plutot si. On repère immédiatement des messsages bidonnés : à l'évidence il s'agit de membres du staff qui se font passer pour des clients afin de chanter les louanges de l'entreprise. A quoi on le voit ? Par exemple : le pseudo impossible. On ne peut pas s'appeller Francis ou Jean sur le net, il y a trop de monde, le pseudo serait refusé par n'importe quel site d'identification. Sauf s'il est bidon et qu'il ne sert qu'une fois. Egalement : l'absence totale de fautes d'orthographes et de fautes de frappe. A part les professionnels de la com', personne ne fait ça. Et enfin l'insistance lourdingue pour que les internautesaillent visiter le site de l'entreprise. De la grosse ficelle.  Et les commentaires critiques ? Il n'y en a presque pas. Mais en lisant la succession des échanges on s'aperçoit qu'il y en a eu. Ils ont été retirés. Donc on sait que ce forum est sous surveillance et sous influence. Censuré, quoi. 

 

3 Enfin on devrait trouver des mentions dans la presse. Il a bien du se passer des choses dans cette entreprise. Tiens par exemple, il y aurait eu un procès perdu en début d'année, on clique...impossible, le document a disparu, le ménage a été fait. Et un problème avec des partenaires. La dernière version du logiciel qui était largement bugguée... Vrai? Faux? Une fois, deux fois, trois fois on trouve des mentions de documents et chaque fois le lien a été supprimé. On ne saura rien. 

 

Voilà donc une e-réputation parfaitement maîtrisée. Rien ne dépasse. Seuls ont le droit de vivre les contenus favorables à l'entreprise X. C'est le web version chinoise. Ce qui soulève au moins deux problèmes.

 

1 Beaumarchais : « sans la liberté de blâmer il n'est pas d'éloge flatteur ». Aucun contenu positif n'a de crédibilité si aucune critique n'est possible. Donc ici: aucun contenu n'a de crédibilité. 

 

2 L'image qui se dégage de l'entreprise X est : sincérité = 0, prise de risques = 0, capacité de dialogue = 0, capacité à reconnaître ses erreurs = 0. 

 

D'où la question : est-ce bien raisonnable de vouloir tout contrôler ? Est-ce que l'image qui se dégage d'une communication entièrement verrouillée n'est pas pire encore que celle d'une entreprise qui accepte la critique ?

 

Au temps de l'écologie de l'information, verrouiller les échanges, c'est tuer l'écosystème. C'est d'ailleurs l'impression que donne la communicaiton de l'entreprise X, celle d'un système mort. Soviétisé.  

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication d'entreprise - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Mercredi 22 juin 2011 3 22 /06 /Juin /2011 18:16

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Ecologie de l’information. Ecosystème médiatique, réseaux, niches, chaîne informationnelle, ce sont des concepts. Mais en quoi une approche écologique change-t-elle la pratique même de la communication? Il faudrait répondre au cas par cas, montrer à chaque fois comment ça se passe. L'explication globale prendrait un bouquin entier. Mais à travers l’exemple de la publicité, déjà on verra mieux. 

 

La communication publicitaire s’appuie sur un modèle classique (Shannon) :

Emetteur → Message →  Récepteur.

 Modèle qui fonctionne plutôt bien dans les conditions suivantes.

  1. Les deux rôles sont figés, d’un côté l’emetteur (actif) de l’autre le récepteur (passif). Si le récepteur devient actif, il zappe, il s’en va, il refuse, c’est mort.
  2. Le message est figé, tout entier dans un package, on le contrôle au départ et à l’arrivée, comme un colis. Si le destinataire le dépèce en route, le consomme, le modifie, on fait quoi? 
  3. Le canal de diffusion est un média de flux, il arrose des cibles à partir d’une source unique, un grand nombre de cibles, passives. C’est un modèle de push, on pousse le message dans les tuyaux. S’il n’y a pas de source unique mais un réseau, si les acteurs fonctionnent en push et en pull, mais aussi en delete, ça ne marche plus. 

 

La communication publicitaire fonctionne sur le principe du résultat. Elle se représente l’objectif idéal auquel elle voudrait parvenir : que le message soit reçu à 100%, et sans déformation. 

Voici maintenant les critiques principales: 

  1. Jamais un message n’est reçu à 100%. On a beau faire des pré-tests et des pos-tests, ça n’y change rien, et  tant mieux. Sinon, cela voudrait dire qu’on a affaire à des individus totalement lobotomisés. 
  2. Une communication publicitaire réussie produit une variation de comportement de..combien? 5%? 10% Vu les sommes engagées, on peut se demander si tout cela est bien raisonnable.
  3. L’effet n’est obtenu que si la cible ne peut pas répondre, comme dans les médias de flux. On ne répond pas à sa TV. Avec les médias interactifs, c’est fini. L'émetteur n’a plus le pouvoir absolu. Pour tout message qu’il propose, il y aura des commentaires, des contradictions, des forums, des contre-messages. 

 

Et l’écologie de l’information? 

  • Parce qu'elle fonctionne en écosystème, elle intègre les destinataires dans le processus de réflexion, de conception et de diffusion des messages. Elle ne se rève pas toute puissante. Elle partage. 

 

  • Elle s'intéresse au processus plutôt qu’au résultat. Elle se fiche complètement qu’un “message” soit reçu à 80% ou 100%. ce qui l’intéresse c’est la transformation opérée dans la réalité. Les messages ne sont qu’un moyen. La relation que les consommateurs peuvent avoir avec un produit ou une marque, la relation que la marque entretient avec ses clients compte plus que la mémorisation du dernier slogan.

 

  • Elle ne fonctionne pas sur le modèle du push : je lance une campagne et je matraque jusqu’à ce que le clou soit enfoncé. Elle met en route un processus et l’accompagne. C’est un processus de co-construction, d’échange. C’est une dynamique vivante. Donc capable de s’adapter en temp réel aux changements de l’environnement. 

 

S’agit-il encore de publicité? Ben non. Et pourtant il y a bien utilisation de techniques rédactionnellles, graphiques, photographiques, cinématographiques, numériques, tout ce que les communicants savent faire. C’est la manière d’utiliser ces techniques qui change.

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication - Communauté : Les blogs socialistes
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Vendredi 3 juin 2011 5 03 /06 /Juin /2011 17:54

 

 

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Le problème est vieux comme le monde. Chaque individu devrait être en compétition totale contre chaque autre pour l’accès à la sexualité, aux ressources alimentaires; aux lieux de vie les plus favorables. A terme, cette lutte se révélerait destructrice pour l’ensemble de l’espèce. Au lieu de cela, l’homme est devenu un animal social. Le groupe organisé est plus fort que la somme de ses parties pour se défendre, chasser, se développer, se déplacer. La rivalité entre les individus n’y est pas absente, les pus forts jouent un rôle dominant, mais  elle est régulée, par exemple par le décalogue. Il s’agit de trouve le bon équilibre entre l’émulation qui pousse chacun à se dépasser, et l’équité qui fait que chacun retire suffisamment de sa participation au groupe pour continuer de jouer le jeu.

 

Compétion, coopération, dans le monde de l’entreprise, il n’est pas sûr que cet équilibre soit encore satisfaisant. 

1. La concurrence féroce entre les entreprise conduit à des parties qui se jouent à l’échelle mondiale et qui produisent des dégâts locaux considérables : destruction d’activités, délocalisations, désertifications. A d’autres endroits : consommation effrénée, développement extravagant qui conduit à peser sur les ressources de la planète davantage que ce qu’elle peut fournir.

 

2 . A l’intérieur des entreprises : rivalité entre le capital et le travail au détriment de ce dernier. Mais surtout autonomisation du jeu du capital qui en finit presque par considérer le travail comme un adversaire plombant ses capacités de profit. Le capital se met à jouer alors en solo, la rentabilité financière devient son enjeu et non plus le développement de l’entreprise.

 

3. A l’intérieur des organisations, la compétition règne aussi dans les déroulements de carrière. La structure en pyramide fait que plus les places sont rares, plus il faut se battre pour y accéder, mais surtout : plus il faut éliminer de rivaux. D’où les guerres internes, les logiques de territoires, de renforcement d’influence. Combien d'énergie est ainsi gaspillée qui serait bien mieux utilisée à développer l’entreprise et à l’aider à se battre sur les marchés concurrentiels, bref à jouer collectif. Il suffit de regarder les jeux poiliticiens pour voir comment une organisation peut être absorbée par les jeux de pouvoir au point de perdre de vue sa finalité.  Si un dizième seulement de cette énergie était consacré à ce pour quoi elle sont faites : améliorer la vie des gens?  

 

Comment fonctionnent ces jeux de compétition-coopération? Avant de revenir sur l’entreprise et plus particulièrement sur la communication regardons trois types de jeux.

 

Jeu de non-coopération : le Loto. 

Aucune coopération entre les joueurs, chacun est isolé. Rivalité totale. Presque tous les joueurs seront perdants. S’ils veulent maximaliser leurs gains, les gagnants ont intérêt à être le moins nombreux possible et à ce que les perdants soient le plus nombreux possible pour gonfler la cagnotte. Et c’est un jeu à somme négative. Les gains sont inférieurs à ce qui a été encaissé. Au passage, l’Etat s’est servi  d’environ 30% de la mise, et finalement seuls 50,9 % sont distribués, le reste va à la Française Des Jeux. Le système ne produit pas de richesse, il en absorbe.

 

Jeu de coopération : Fort Boyard

Une équipe de joueurs doit subir des épreuves dans un fort au large de La Rochelle. Pour chacune d’entre elles il choisit son meilleur champion, l’encourage et l’aide. Le score final dépend du succès et de la stratégie du groupe. On gagne ensemble. Plus  ou moins. Il n’y a pas de perdant. C’est un jeu à somme positive. 

 

Jeu de compétition-coopération : le jeu de billes. 

A l'échelle des deux joueurs il y a un gagnant et un perdant mais pas à l’échelle de la cour de récréation. Les joueurs se choisissent, il faut donc qu’ils soient acceptés. Un joueur qui gagne à tous  les coups sera refusé par tous les autres et se retrouvera tout seul. Pour continuer de jouer il faut raisonnablement gagner et perdre. Il y a donc une régulation de l’ensemble une écologie de la cour de récréation qui gère les ressources de manière acceptable pour tous. C’est une jeu dont la somme ne peut pas être négative (quelques billes se perdent bien dans la caniveau mais pas plus).  Elle est nulle, à ressources constantes. Ou positive, si on rajoute de temps en temps des billes dans le système. 

 

 

Les jeux de compétition -coopération en communication. Deux exemples.

 

ONLYLYON, la marque de Lyon

Avant 2006 quand la ville cherchait à se vendre à l’international, elle arrivait toutes bannières dehors. Il y en avait une pour la commune, une pour l’agglo, une pour le département, pour la région, pour le commerce, pour l’artisanat, pour l’Université, etc. Et chacun défendait ses propres couleurs. En communication, un tel système ne peut produire qu’une seule chose : du bruit. En acceptané bien plus qu’une marque : une synergie. Tout d’un coup la communication de Lyon devenait visible (audible). Mais surtout, les acteurs étaient  mobilisés dans la même direction et cent fois plus efficaces. Souvent, ils continuent d’être concurrents dans la vie de tous les jours. Mais sous les couleurs d’ONLYLYON ils jouent collectif et cela change tout. La communication fonctionne parce qu’elle est en prise directe avec le réel. Sinon la bannière toute seule ne servirait à rien.

 

JUMP, l’agence métis

Le second exemple est emprunté à Michel Hébert. Au sein de l’agence de communication Jump il a mis en place une organisation qui se revendique “métis”. Les règle sy sont le décloisonnement et la transversalité. Les différents départements : Relations Presse, Publicité, Design, Communication Institutionnelle, etc, ne sont pas en concurrence les uns avec les autres, la gestion est globalisée, aucun n’a un intérêt à prendre le pas sur l’autre. C’est ensemble que les stratégies sont réfléchies dans l’intérêt de “la marque”. Une volonté : croiser les expertises. D’autres entreprises fonctionnent aussi sur des modèles décloisonnants qui mobilise les énergies sur l’activité utile plutôt que sur les enjeux internes:  Bio-Mérieux, les start- up. Une caractéristique  commune : elles sont plus créatives, plus performantes. 

 

 

Les jeux de compétition-coopération permettait de remobiliser les ressources de l’entreprise au service de son projet plutôt qu’à celui de la compétition.  Ils n’empêchent pas la compétition, ils la régulent, dirigent ses forces vers un but. 

 

Pierre Gandonnière

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