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L'Ecologie de l'Information

L'Ecologie de l'Information

L'information est ce qui transforme le monde


Ma Thèse : "La construction médiatique de Vaulx-en-Velin-pour une écologie de l'information"


Télécharger "La Construction médiatique de Vaulx-en-Velin -pour une écologie de l'Information" (Word)


Université Jean-Moulin

Lyon 3





THESE DE DOCTORAT

en

Sciences de l’Information et de la Communication








LA CONSTRUCTION MEDIATIQUE

DE VAULX-EN-VELINM:


pour une écologie de l’information






Présentée par

Pierre GANDONNIERE

Sous la direction de M. le Professeur Jean-Paul METZGER





TOME 1





Jury : Jean Caune, Professeur, Université Stendal Grenoble 3, rapporteur,

Bernard Lamizet, Professeur Institut d’Etudes Politiques de Lyon, rapporteur,

Jean-Pierre Esquenazi, Professeur, Université Jean-Moulin Lyon 3,

Guy Lochard, Maître de Conférences, (H.D.R.), Université Paris 3,

Jean-Paul Metzger, Professeur, Université Jean-Moulin Lyon 3.


TABLE DES MATIERES


Introduction p. 7

PREMIERE PARTIE :

La Construction Médiatique de Vaulx-en-Velin p. 10

Chapitre 1 Anamnèse de Vaulx-en-Velin objet médiatique p. 11

Chapitre 2 Comment on devient un objet médiatique.

La construction de Vaulx-en-Velin dans les médias d’octobre 90 à avril 94 p. 32

1. Actes de naissance p. 32

1.1 Premiers cris p. 32

1.2 Premiers pas : p. 33

1.2.1 Dans le monde de la réalité p. 33

1.2.2. Dans le monde médiatique p. 34

2. Croissance et stabilisation p. 38

2.1 S’intégrer dans le temps du(des) monde(s) p. 38

2.2 S’intégrer dans l’espace des mondes p. 41

2.2.1 Dans la réalité de l’objet médiatique p. 41

2.2.2 Le monde décrit par les médias p. 42

2.2.3 Le monde où vivent les médias p. 43

2.3 S’intégrer un contenu stable p. 45

2.3.1 Institutionnalisation du discours p. 45

2.3.2 Elimination des dissonances p. 47

2.3.3 Adoption d’un mode de fonctionnement privilégié p. 50

2.3.4 Glissement vers une position d’objet/sujet médiatique p. 55

2.3.5 Constitution d’un noyau dur p. 60

Chapitre 3 L’Affaire Kelkal.

Construction d’un deuxième objet médiatique en creux du premier p. 62

1. Actes de naissance au forceps p. 62

2. Une stabilisation menée tambour battant p. 64

3. Comment Vaulx en VelinMcontribue à construire Khaled KelkalM

à son corps défendant p. 72

4. Khaled KelkalM, un épisode de plus dans la construction de Vaulx-en-VelinMp. 74

Conclusion. Bilan de l’objet médiatique Vaulx-en-Velin après l’affaire Kelkal

Description d’un objet médiatique in situ p. 86

1. Le médianôme p. 86

1.1 Quatre états possibles pour Vaulx-en-VelinMp. 86

1.1.1 Etat émergent : une bulle médiatique p. 87

1.1.2 Etat caractérisant : se singulariser p. 88

1.1.3 Etat structurant : au c?ur de l’organisation du champ p. 88

1.1.4 Etat référentiel : entrée dans le monde symbolique p. 89

1.1.5 Un non-état : l’immersion p. 90

1.1.6 L’objet dans tous ses états : Vaulx-en-VelinMp. 90

1.1.7 L’objet du tiers-état : Khaled KelkalMp. 91

1.2 L’intérieur de l’objet : tout en résonance p. 92

1.3.Le moteur de l’objet : six ressorts dramatiques p. 94

1.3.1 Les trois ressorts du temps linéaire (Crisis) :

le paradoxe, la paroxysme, la fin(début) p. 95

1.3.2 Les trois ressorts du temps cyclique (Chronos) :

le retournement, la propagation, le recyclage p. 96

1.3.3 Un ressort dramatique dominant caractérise l’objet p. 98

1.4 Trois pôles sur lesquels s’articulent les le scénarios :

le triangle dramatique Persécuteur / Victime / Sauveur p. 99

1.5 De l’objet médiatique au sujet indirect : le médianôme p. 101

Conclusion : le médianôme entité médiatique p. 104

2. L’environnement du médianôme p. 105

2.1 Un écosystème : la télévision. Credo des 3 OMNIs p. 105

2.2 L’habitat du médianôme : l’actualité télévisée p. 107

2.2.1 Le médianôme pris dans des échelles de temps cycliques p. 107

2.2.2 L’actualité abolit le temps p. 108

2.2.3 le médianôme écrasé par l’effet de surface p. 108

2.2.4 Le médianôme inscrit dans son habitat.

La transcription intra-média des 5 W p. 109

2.3 La niche du médianôme, une forme de transitionnalité sociale p. 111

Chapitre 5 Vivre avec un médianôme.

La construction médiatique vue de Vaulx-en-Velin p. 116

1. Relations avec le médianôme p. 117

1.1. Le médianôme est attaqué p. 117

1.1.1 Il est rejeté p. 117

1.1.2 Il est montré du doigt p. 118

1.2 Le médianôme est récupéré p. 119

1.2.1 Il sert de drapeau noir p. 119

1.2.2 Il joue le rôle de la fatalité p. 120

1.3 Le médianôme est exploité p. 120

2. Relations avec les médias p. 122

2.1 Des médias stigmatisés p. 122

2.2 Une stigmatisation surdéterminée p. 122

2.2.1 Ce qui est en cause, ce n’est pas la presse,

mais l’idée qu’on s’en fait p. 123

2.2.2 Les articles ne sont pas d’égal poids

selon la place qu’ils occupent p. 124

2.2.3 Seuls les faits divers sont universels p. 124

2.2.4 Seuls les faits divers sont authentiques p. 125

3. La résistance contre le médianôme p. 126

3.1 Occulter les sources p. 126

3.2 Produire ses propres images, ses propres informations p. 127

3.3 Dissuader ce qui n’est pas under control p. 128

3.4 Communiquer ou non, l’ambiguïté des choix p. 129

4. Pour faire le portrait d’une ville p. 131

4.1 Une ville “ mère d’asile ” p. 131

4.2 Une mosaïque humaine p. 132

4.3 Une ville volontaire, humaniste p. 133

4.4 Etre de Vaulx-en-Velin p. 135

4.5 Sortir et s’en sortir p. 136

4.6 Vaulx-en-Velin l’éternelle genèse p. 137

4.7 Quatre temps et pas de mesure p. 137

4.7.1 Le temps de la nostalgie p. 138

4.7.2 Le temps de l’errance p. 138

4.7.3 Le temps des agendas p. 138

4.7.4 Le temps virtuel p. 138

  1. DEUXIEME PARTIE

  2. La Construction du projet d’action p. 140

Chapitre 1 Des origines du premier projet de film aux dernières

propositions d’intervention, comment et pourquoi le projet évolue. p. 141

1. Départ du projet p. 142

1.1. Premiers contacts p. 142

1.2 Et si on faisait un film p. 143

1.3 Une thèse p. 143

1.4 Postulats de départ p. 144

1.5 Premières évolutions p. 146

1.6 Premières difficultés p. 149

2 Démarche modifiée : Projet N3 p. 151

2.1 On crée une association p. 152

2.2 On teste une nouvelle méthode p. 153

2.2.1 Recueil d’histoires brutes, ça marche p. 153

2.2.2 Passage du “ brut ” au scénario, ça marche p. 153

2.2.3 Tournage d’un bout d’essai, ça marche p. 154

3. Critique de la méthode p. 155

3.1 Validation d’une partie de la démarche p. 155

3.2 Du récit brut jusqu’au film, trois transformations p. 155

3.3 Difficultés liées au tournage p. 157

3.4 Difficultés liées à la préparation du tournage p. 158

3.5 Difficultés liées à la confrontation d’objectifs p. 158

3.6 Remise en cause de la fictionnalisation p. 158

3.7 Les risque du partenariat T.V. p. 159

4 Projet final p. 160

4.1 Relations de la ville avec les médias p. 161

4.2 Relations entre la ville et son image (médianôme) p. 162

4.3 Relations avec le magma médiatique qui produit de tels objets p. 164

4.3.1 Les participants p. 166

4.3.2 La méthode p. 166

4.3.3 Le dogme p. 166

4.3.4 L’émission p. 167

4.3.4 Moyens à mobiliser p. 168

Conclusion p. 169

  • Chapitre 2 Le projet et ses partenaires p. 172

1. Des relations marquées par la dépendance p. 172

2. L’exigence professionnelle p. 173

3. Les effets de la précarité p. 175

3.1 Le temps et l’espace déstructurés p. 175

3.2 Un tissu social en permanente recomposition p. 177

3.3 Une personnalité As If p. 177

4. Jeu de séduction/esquive avec la Mairie p. 180

5. Recherche de financement p. 183

6. Analyse des blocages p. 186

6.1 Du fonctionnement des groupes décisionnaires p. 186

6.2 De l’attitude du demandeur p. 187

6.3 Position ambiguë vis à vis de la communication p. 188

Conclusion p. 189

  1. TROISIEME PARTIE

  2. Méthodologie p. 191

  3. Chapitre 1 Méthodologie Générale p. 192

  4. 1 Origines de la recherche p. 192

1.1 Une volonté d’action p. 193

1.2 Une volonté de compréhension p. 193

1.3 Un postulat de départ p. 193

1.4 Et pas de problématique ? p. 194

2. Implications multiples du chercheur p. 195

2.1 Comme militant p. 195

2.2 Comme “ stigmatisé ” expérimenté p. 196

2.3 Comme “ client ” des médias p. 197

3. Bases méthodologiques p. 198

3.1 Une approche clinique p. 198

3.2 Une approche constructiviste p. 199

3.3 Une recherche-action p. 199

Conclusion : une méthodologie en perpétuel réaménagement p. 199

  • Chapitre 2 Travail sur les images d’actualité p. 201

1. Première série d’images p. 201

1.1 Analyse du contenu des séquences p. 201

1.2 Datation des séquences p. 204

1.3 Construction de tableaux p. 204

1.3.1 Tableau général p. 205

1.3.2 Anonymat p. 208

1.3.3 Hiérarchisation p. 208

1.3.4 Légitimation p. 209

1.3.5 Quelques tableaux p.209

1.4 Classement Passé / Futur p. 210

2 Deuxième série d’images p. 211

3. Discussion méthodologique sur l’analyse d’images p. 213

  • Chapitre 3 Méthodologie d’action p. 217

1. Expression de la demande d’intervention p. 217

1.1 Du côté des habitants p. 217

1.2 Du côté de la Mairie p. 218

2. Evolution de la proposition d’intervention p. 219

3. Analyse des propositions d’intervention p. 220

3.1 Une intervention sur l’image de soi de la ville p. 220

3.2 Une intervention sur les relations locales avec les médias p. 221

3.3 Une émission “ Carrefour de la vidéo ” p. 221

3.3.1 En finir avec l’objectivité p. 222

3.3.2 Construire du temps p. 222

3.3.3 Construire de l’espace p. 223

3.3.4 Ouvrir une voie vers le professionnalisme p. 223

4. Recueil d’informations par entretiens p. 224

4.1 Typologie d’entretiens p. 224

4.2 Méthodologie d’entretiens p. 225

4.2.1 Des effets pervers de l’enregistrement p. 225

4.2.2 Du caractère volatil de la richesse p. 226

4.2.3 Du procès d’intention p. 227

4.2.4 De l’entretien d’accompagnement à la dimension

hologrammique : les techniques d’entretien p. 228

5. De la position franginale p. 232

6. De la progression sur le terrain, erratique et itinérante p. 235

7. Intervenir ? Ou laisser faire pour observer ?

De l’ambiguïté de la recherche-action p. 235

8. De l’impossible négociation p. 237

  • QUATRIEME PARTIE

Pour une écologie de l’information. Construction de repères théoriques p. 238

  1. Chapitre 1 Informer, produire de l’information p. 239

1. Le médianôme est un objet journalistique p. 239

1.1 L’objet doit être objectif p. 240

1.2 La subjectivité de l’objet p. 241

1.3 L’angle, comme marque du sujet p. 242

1.4 Le sujet et l’objet p. 243

2. L’information est construite p. 245

2.1 Modèle simplifié de l’empreinte. Quatre mouvements :

émergence, construction, consolidation, intégration p. 246

2.2 Modélisation de la construction d’un objet complexe.

Quatre régimes de causalité. p. 248

2.2.1 Les causalités efficientes p. 248

2.2.2 Les causalités matérielles p. 250

2.2.3 Les causalités de finalité p. 252

2.2.4 Les causalités de forme p. 254

3. L’objet journalistique est co-construit p. 259

3.1 Les co-construits p. 259

3.2 Les co-constructeurs internes p. 260

3.2.1 Les effets de hiérarchie p. 260

3.2.2 Les effets de circularité p. 262

3.3 Les co-constructeurs externes p. 265

3.3.1 Les logiques politico-économiques p. 265

3.3.2 L’inclusion des effets externes dans le média,

la récursivité p. 266

3.3.3 L’inclusion des effets médiatiques

dans les évènements extérieurs, la récursivité p. 268

3.3.4 L’inclusion de discours p. 270

  1. Chapitre 2 S’informer, consommer l’information télévisuelle p. 272

1. Comment le téléspectateur “ produit ” sa télévision p. 272

1.1. Les études d’audience p. 273

1.2 La réception comme une transaction intentionnelle p. 273

1.3 La réception comme une lecture p. 275

1.4 La réception comme processus de sélection p. 276

1.5 La réception comme engrammage de la mémoire p. 277

1.6 La réception comme expérience affective p. 278

1.7 La réception comme une construction active p. 279

2. Comment la télévision “ produit ” son téléspectateur p. 281

2.1 La presse municipale le fait bien p. 282

2.2 La télévision reproduit le téléspectateur p. 284

2.3 La télévision induit le téléspectateur p. 284

2.4 La télévision produit son téléspectateur p. 285

  1. Chapitre 3 Penser l’écosystème médiatique p. 292

1. S’inspirer de la démarche écologique, de ses modèles p. 292

1.1 Médiatypes, communauté, colonie, population ? p. 292

1.2 La niche médiatique p. 295

1.3 L’habitat p. 297

1.4 Le médiatope p. 298

1.5 Le principe d’association p. 302

1.6 Le médiasystème p. 303

1.7 La chaîne informationnelles (recyclage permanent) p. 304

2. Des bases pouvant servir à construire un modèle de médiasystème p. 307

2.1 Du dispositif télévisuel au dispositif médiatique, le médiatope p. 307

2.2 La nécessité l’élaborer la complexité p. 310

2.3 De la nature du médiasystème p. 311

3. Proposition de modélisation d’un médiasystème p. 316

3.1 Les sous-systèmes de transmission p. 316

3.2 Le fonctionnement général du système, son économie p. 318

4. Modélisation du médianôme

  1. CONCLUSION p. 326

1. La construction du médianôme p. 326

2. Le médianôme in situ p. 328

3. La méthodologie p. 330

4. Les aspects théoriques p. 332

Sortir de la notion d’image p. 332

Redéfinir la notion d’information p. 333

Penser l’information dans et par le système dans lequel elle est prise p. 335

  1. Textes complémentaires p. 337

  2. Réalité, réalité médiatique p. 338

La vengeance des anonymes p. 342

L’étrange miroir : comment la télévision induit son téléspectateur p. 351

Peut-on réhabiliter l’image de Vaulx-en-Velin sans passer par la démocratie ? p. 363

  1. BIBLIOGRAPHIE p. 375












  • Introduction




Tout le monde connaît Vaulx-en-Velin. Il ne m’est jamais arrivé, en prononçant ce nom de m’entendre répondre : qu’est-ce que c’est, où est-ce ? Tout le monde sait, ou tout le monde croit savoir. Savoir quoi ? Quelle est cette connaissance issue de la médiatisation massive par les télévisions au moment des évènements d’octobre 90 ? En tous cas les habitants que je côtoyais depuis cette période, ceux que j’ai rencontrés depuis dénoncent, tous, cette construction médiatique comme à la fois fallacieuse (“ Vaulx-en-Velin ce n’est pas cela ”) et stigmatisante (on souffre de discriminations liées à ce seul nom). Le premier mouvement qui m’a poussé à vouloir entreprendre un travail sur cette ville était justement un désir de venir en aide, de chercher des moyens de corriger cette image, de défendre ce que je considérais comme une injustice.



C’est un acte militant, ce qui n’est pas neutre. Cela signifie un engagement sur un projet destiné à faire changer les choses. Mais cela suppose aussi un regard très particulier, une manière de percevoir la réalité centrée sur l’expérience militante au moins autant que sur la capacité d’analyse, et orientée par la volonté d’agir plutôt que par le seul désir de comprendre. Un exemple de cette différence de regard peut être donné à travers un texte de Pierre Bourdieu1sur la stigmatisation, p. 554 :

“ La logique du stigmate rappelle que l’identité sociale est l’enjeu d’une lutte dans laquelle l’individu ou le groupe stigmatisé et, plus généralement tout sujet social en tant qu'il est un objet potentiel de catégorisation, ne peut riposter à la perception partiale qui l’enferme dans une de ses propriétés qu’en mettant en avant, pour se définir, la meilleure de ses propriétés ou encore pour donner au système de classement dominant le contenu le mieux fait pour mettre en valeur ce qu’il est .”


Le militant reste interloqué devant ces propos parce qu’il n’a jamais vu quelqu’un réagir ainsi à une stigmatisation. Tout d’abord la personne stigmatisée serait souvent bien en peine de mettre en avant “ la meilleure de ses propriétés ” pour lutter contre celle qui la stigmatise. Le principe même du catégorème, c’est de désigner une personne par une seule de ses caractéristiques : “ tu n’est qu’un(e)… (sale arabe, sale juif, sale gonzesse, sale pédé…). Il n’y en a pas de deuxième. Ensuite parce que combattre une propriété négative par une propriété positive ne l’effacerait pas. Cela donnerait une rhétorique du genre : “ je suis peut-être un(e) sale(…), MAIS…. ” ? Mais quoi ? “ Je suis bien gentil(le) quand même ? ”. Militer ce n’est jamais être gentil, c’est plutôt revendiquer le stigmate lui-même et s’en servir comme un arme en le retournant contre ses adversaires C’est se révolter, c’est prendre la parole qu’on ne vous donne pas.



Bien évidemment cette façon de raisonner induit chez moi à la fois des comportements dans l’action et des manières d’observer qui ne sont pas neutres et avec lesquelles on peut ne pas être d’accord. Je suis le premier, d’ailleurs, à vouloir m’en affranchir en recherchant la confrontation avec des points de vue différents du mien. Il reste que cette capacité de révolte accompagne en permanence ma démarche et l’influence, mais que sans elle il n’y aurait pas de démarche du tout. En fin de parcours tout de même il apparaît justement qu’il y a bien eu une démarche, c’est à dire que l’idée première selon laquelle il existerait une stigmatisation de la ville qui serait de la responsabilité des médias a volé en éclats. L’implication des différents acteurs dans cette construction se révèle beaucoup plus ambiguë que ce qu’on aurait pu penser.


Entre-temps, le projet d’actiona dû se résoudre à se transformer en projet de compréhension, en attendant des jours meilleurs. Les différentes propositions d’intervention qui ont été élaborées n’ont pas pu être mises en ?uvre avant la fin de la rédaction de cette thèse. J’ai donc pu pousser plus loin les analyses, ne serait-ce que pour tenter de discerner ce qu’étaient les difficultés que je rencontrais. On a alors dépassé la conception de l’imaged’une ville qu’il s’agirait d’améliorer pour proposer un modèle explicatif structuré autour de la notion de médianôme et destiné à rendre compte d’une réalité plus vaste, plus complexe. On est sorti du cadre purement médiatique pour s’intéresser à l’environnement des productions médiatiques, aux échanges dans le domaine de l’information, aux phénomènes de cyclage et de recyclage. Bref, là où je croyais n’avoir qu’à faire quelques emprunts dans le domaines de l’écologie, simplement pour décrire tel ou telle observation qui n’entrait pas dans les modèles habituels, je me suis aperçu que c’était l’ensemble de la démarche depuis le début qui relevait de l’écologie. Elle visait à penser l’objet médiatique dans la logique de son environnement et les phénomènes comme étant liés les uns aux autres. Elle envisageait les structures comme pouvant être des cycles et des chaînes. Elle tendait vers une écologie de l’information. Il ne me restait plus qu’à en tirer les conclusions et à essayer de théoriser dans ce sens.


Au cours de cette recherche, j’ai croisé quelques points particuliers de théorie qu’il m’a paru nécessaire d’approfondir. Ils sont regroupés dans le chapitreTextes Complémentaires-Annexe 1en fin de ce volume. Il peut être avantageux de commencer la lecture par eux, car ils éclairent un certain nombre de notions qu’on rencontre tout au cours du texte principal, comme par exemple : qu’est-ce qu’on entend par “ réalité ” ?


  1. PREMIERE PARTIE

  2. La construction médiatique de Vaulx-en-Velin






  1. Chapitre 1

  2. Anamnèse de Vaulx-en-Velin objet médiatique





Il a paru nécessaire de commencer par une anamnèse. Relater les principaux évènements qui ont marqu2 Vaulx-en-Velin, non pas la ville appartenant à la réalité, mais celle appartenant à l’univers médiatique. C’est donc une histoire reconstituée à partir des images de télévision.


Deux séries ont été examinées. La première, composée de huit cassettes vidéo, retrace l’actualité d’octobre 90 à avril 95, toutes chaînes confondues. Elle provient du service Communication de la Mairie de Vaulx-en-Velin.

La deuxième, sur une seule cassette regroupe de manière moins systématique les reportages liés à l’affaire Kelkal, en septembre-octobre 95. Elle a été établie par l’Espace Ville de l’ENTPE (Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat)


Ce premier balayage des évènements doit permettre de poser le postulat de base : on s’en tient, dans un premier temps, aux faits médiatiques pour voir ce qu’ils construisent. Il doit aussi servir, avant d’entamer l’analyse, à fournir quelques repères évènementiels, une chronologie de référence. Enfin, dans cette sorte de résumé, quelques singularités vont déjà apparaître, qu’on trouvera plus détaillées ensuite.

A noter que certaines datations sont à prendre avec prudence. Les cassettes sont constituées de compilations dans lesquelles sont consignés uniquement les reportages qui concernent Vaulx-en-Velin. Le reste du J.T. n’y apparaît pas, et notamment pas le générique de début qui donne la date du jour. Beaucoup de dates ont donc du être déterminées par déduction, ou par approximation.




  • EVENEMENTS D’OCTOBRE 90

  • Samedi 6 octobre 1990

Deux jeunes circulent avenue Maurice Thorez, à Vaulx-en-Velin, sans doute sans casque. Une voiture de police banalisée leur coupe la route. La moto ne parvient pas à l’éviter et c’est le choc. Le pilote, Laurent Assebille, s’en tire indemne. Son passager, Thomas Claudio, un jeune polio, tombe. Sa tête heurte le trottoir. Il meurt sur le coup. Dans l’après midi, la colère gronde parmi les jeunes. Pour eux, c’est la onzième victime d’altercations avec la police ou avec des vigiles en dix ans. Dans la soirée de samedi à dimanche, vers 21 heures 30, les premiers incidents éclatent : casses, incendies de voitures. Les affrontements avec la police débutent vers minuit et durent jusqu’à deux heures du matin.


Une semaine avant les événements, on inaugurait à Vaulx-en-Velin, au Mas du Taureau, un mur d'escalade. Les officiels venus sur place, dont Claude Evin, Ministres des Affaires Sociales, visitaient la ville en bus touristique. On leur montrait les réalisations de réhabilitation. Vaulx-en-Velin était alors l’exemple de la banlieue qui avait su s’en sortir, à la différence de Vénissieux-Les-Minguettes, qui s’était fait connaître dans les années 80 par des rodéos et des incendies de voitures, et d’où était partie la marche des beurs en 83.


Dans la journée de dimanche, les incidents reprennent. Deux cents policiers sont présents dans les quartiers. Les affrontements se caractérisent par des jets de pierres et de cocktails molotov d’un côté, des charges et des lancers de grenades lacrymogènes de l’autre. Les témoins parlent déjà de provocations par des gens extérieurs à la ville, venus en découdre avec la police en profitant de la situation pour se livrer à des pillages. Dans la nuit, les incidents s’aggravent. L’Intermarché est pillé, plusieurs boutiques dévastées ou incendiées. Les commerçants se sentent maintenant visés. Quatre journalistes (ainsi que sept pompiers) ont été blessés pendant la nuit. Ils se protègent désormais pour pouvoir continuer à tourner des images, derrière les forces de l’ordre. Le maire, les commerçants, dénoncent la lenteur avec laquelle les policiers sont intervenus. Les premiers appels au calme sont lancés par des leaders de quartier et par des officiels.


Dans la nuit de lundi, les incidents se poursuivent, mais, semble-t-il, moins violemment.



  • Mardi

Le maire Maurice Charrier est reçu par la préfet du Rhône Paul Bernard. Le procureur intervient également sur l’aspect judiciaire. On commence à parler de réhabilitation et de moyens nécessaires. Hubert Bonnemaison, Claude Evin, Michel Noir, se déplacent à Vaulx. L’après-midi est considérée comme plutôt calme, mais le témoignage du pilote de la moto passe au J.T. du soir. Laurent Assebille y déclare que la voiture de police a provoqué délibérément l’accident. Dans la nuit, de nouveaux incidents violents éclatent : une école maternelle saccagée, un incendie dans le centre commercial du Grand Vire, un débit de tabac ravagé, de nouvelles scènes de pillage. Sept cents policiers déployés à l’intérieur de la ville n’ont pu l’empêcher. Les incidents se répandent également dans les communes environnantes : Meyzieu, Décines. Une première estimation des dégâts est esquissée, elle s’élève déjà à 25 millions de francs.


  • Mardi soir

France 3 Rhône-Alpes organise un débat télévisé entre des représentants des jeunes du quartier, (leaders positifs, médiateurs), le maire, un îlotier, Azouz Bégag. Le même soir, Ciel Mon Mardi a fait venir sur son plateau des jeunes présentés comme “ de Vaulx-en-Velin ”, pris un peu au hasard dans la journée. L’un, notamment manifestement ivre, tiendra des propos assez décousus et outranciers. Les jeunes réagiront très négativement2à cette image renvoyée d’eux.


Sur A2 et TLM, des journalistes vont enquêter à Vénissieux pour voir s’il ne se passe rien. Le journaliste de T.L.M. a fini par se faire “ expulser ”. Dans la nuit, un supermarché des Minguettes est attaqué.



  • Mercredi

Le matin a lieu la reconstitution de l’accident. Laurent Assebille revient sur ses déclarations. Il déclare maintenant que la man?uvre de la voiture de police n’était pas volontaire et que sa version concorde à présent avec celle de la police. (On apprendra plus tard que la veille, il a été interpellé pour un vol à l’étalage puis relâché. Cette information ne sera divulguée qu’après la reconstitution). Les policiers, quant à eux, reconnaissent avoir coupé la route à la moto, ce qu’ils avaient nié dans un premier temps. Dans la même journée, une manifestation de 300 jeunes appelle au calme. Un comité de soutien est créé pour venir en aide à la famille de Thomas Claudio. Pour la première fois, une chaîne (La 5*) présente le point de vue des policiers, dans un reportage sur le commissariat de Vaulx-en-Velin.


Dans la nuit, le calme se maintient à Vaulx-en-Velin, notamment parce que, à l’appel d’Abdelkrim Belmokkadem3, des jeunes patrouillent dans les quartiers pour maintenir la tranquillité et inviter les jeunes à rentrer chez eux .


Mais des incidents éclatent tout de même à Meyzieu, Saint-Priest, Vénissieux.


L’idée selon laquelle les troubles seraient fomentés par des trafiquants de drogue se répand. Elle semble provenir d’une dépêche de Associated Press, reprise et renforcée par des propos du maire. Seule, la 5* cherchera à vérifier cette information et d’ailleurs la démentira. Mais dès le lendemain, elle se calera sur la même ligne que ses cons?urs.



Dans l’après-midi, à l’Assemblée Nationale, les questions écrites au gouvernement donnent l’occasion d’interpeller le premier ministre Michel Rocard, lequel affirme le caractère involontaire de l’accident. Personne ne contredira plus cette version. FR 3 parle de polémique à propos de politique de la ville. Dans la matinée, au Conseil des Ministres, François Mitterrand a évoqué Vaulx-en-Velin en dénonçant les cités dortoirs. Le procureur de la république intervient, lui aussi, pour affirmer le caractère accidentel de la mort de Thomas Claudio.


L’idée selon laquelle les incident sont le fait de casseurs désireux de se livrer au pillage se renforce de plus en plus.


  • Jeudi matin

On apprend que Laurent Assebille a été interpellé par les gendarmes dans la matinée pour un vol à l’étalage commis deux jours auparavant, c’est à dire la veille de la reconstitution, à moins que l’interpellation ait eu lieu mardi et que ce soit seulement l’information qui ait été retardée jusqu’à ce jour. D’une chaîne à l’autre, les interprétations divergent.


La répression contre les casseurs se met en place. On dénombre 30 interpellations. Le dispositif de contrôle sur la ville s’allège mais se maintient.


La thèse de commandos liés au milieu qui chercheraient à déstabiliser la police est maintenant dominante. Les T.V. font état d’un sondage dans lequel 83 % des français se déclarent contents de leur police. Chiffres repris par TF1 et la 5*.


T.L.M. diffuse, elle aussi, un reportage sur le commissariat de Vaulx-en-Velin, sur le thème: “ ceux qui ont la haine de la police sont peut-être ceux qu’on dérange ”, suivi d’un autre intitulé : “  Profession casseur ”.


  • Vendredi

La version des évènements semble se stabiliser : samedi, il s’agissait de manifestations spontanées, mais les jours suivants, ce sont des groupes organisés qui ont profité de la colère des jeunes, des éléments extérieurs, sans doute proches des milieux de la drogue. Le bilan des dégâts se chiffre à 40 millions de francs. Il y a eu 35 interpellations.


On parle de calme revenu, à peu près.


Dans l’après-midi ont lieu des obsèques de Thomas Claudio. Deux cents jeunes de toutes origines et de toutes confessions l’accompagnent. Le prêtre lit un passage de l’Evangile et un passage du Coran (Thomas Claudio, “ espagnol ”, était chrétien). Maurice Charrier, Maire de Vaulx-en-Velin, s’abstient de venir pour ne pas risquer d’être accusé de récupération. Il lance des initiatives de dialogue avec la population. On parle aussi d’améliorer le dialogue entre les jeunes et la police.


  • Samedi

T.L.M. propose une rétrospective de l’actualité de la semaine du lundi au vendredi.


  • Samedi toujours

FR3 reprend dans son émission “ Rencontres ” l’ensemble des reportages diffusés par cette chaîne, mais présente aussi beaucoup d’images nouvelles. L’émission démarre par l’inauguration médiatisée du mur d’escalade. Le point de vue “ des  jeunes ” est largement représenté, notamment dans la revendication de justice et de dialogue.


  • Dimanche

Sur TF1, 7/7 revient sur les évènements de Vaulx-en-Velin qu’Edouard Balladur, un des leaders de l’opposition, commente par des généralités.


Puis Vaulx-en-Velin sort de la télévision nationale.



  • Lundi

T.L.M. et FR3 parlent lundi d’un week-end calme.

Après les évènements, les pompiers de Lyon portent plainte : pour la première fois depuis mai 68, ils ont été pris pour cible par des émeutiers. On parle de reconstruction, de créer un lycée, de 80 MF de dégâts. Maurice Charrier demande au préfet de région Paul Bernard une augmentation des effectifs d’îlotiers. Il propose une initiative pour favoriser le dialogue entre les jeunes et la police. Il parle de reconstruire, de relancer au plus vite l’activité commerciale. Un syndicat de policiers fait connaître son amertume : il refuse que la police soit rendue responsable des émeutes.


Une polémique est lancée par Robert Marmoz, de Lyon-Libération : des policiers auraient été aperçus cagoulés et armés de battes de base-ball. Elle fera long feu.


Quelques incidents comme le saccage de classes de maternelle donneront lieu à des sujets dans les T.V. locales.



26 novembre 1990

Vaulx-en-Velin réapparaît dans les médias nationaux le 26 novembre 90, par l’intermédiaire de son maire qui est reçu par le premier ministre Michel Rocard. Dans l’actualité, on parle de loi anti-ghetto pour le début de l’année 1991 et d’un colloque qui doit se tenir à Bron le 4 décembre et qui sera ouvert par François Mitterrand.


Les T.V. locales font état de l’embauche par Maurice Charrier de vigiles privés pour garder les bâtiments publics, dans l’attente de l’augmentation des effectifs d’îlotiers.


A l’ouverture du colloque de Bron, les 3èmes Assises Banlieues 89 depuis 1993. Bron est présentée comme : la ville voisine de Vaulx-en-Velin. François Mitterrand annonce la création d’un Ministère de la Ville, chargé d’une mission de coordination, d’un système de compensations entre communes riches et communes pauvres, et d’une concertation d’efforts sur 400 quartiers. Michel Noir, en tant que maire de Lyon, Charles Million en tant que président de Rhône-Alpes, interviennent dans les médias.

Michel Rocard clôt le colloque en précisant les propositions de François Mitterrand, puisque les effets d’annonce ont déjà été déflorés par ce denier.


Nationaux ou locaux, on voit surtout apparaître des experts : Roland Castro, architecte urbaniste, chargé par François Mitterrand du projet Banlieue 89, une responsable des centres Léo Lagrange, un architecte, la secrétaire générale de Banlieue 89, des politiques, des personnalités comme Harlem Désir qui doivent plus leur légitimité aux médias qu’au terrain4, mais aussi le Père Delorme et l’archevêque Mgr Decourtray.


Vaulx-en-Velin n’apparaît alors, nationalement, que comme un élément d’une problématique plus vaste, celle de la politique de la ville, fortement labellisée “ Banlieue 89 ”.


Puis Vaulx-en-Velin sort à nouveau du champ national. Localement, on montre un reportage sur une initiation à la moto organisée par le commissariat de Vaulx-en-Velin à l’intention des jeunes. La volonté d’affichage médiatique de l’opération paraît évidente, il semble y avoir plus de caméras que de jeunes concernés.



  • Fin d’année 90

T.L.M. revient sur les images d’octobre, dans sa rétrospective de 90. FR 3 Rhône-Alpes, parmi les v?ux pour la nouvelle année reprend des images du Mas du Taureau pour signifier le mal des banlieues.



  • Début 1991

Une rixe débutée à Décines se poursuit par quelque incidents au centre culturel Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin. Maurice Charrier dénonce le fait que les médias en profitent pour que sa ville soit une nouvelle fois “ montrée du doigt ”. Sur T.L.M., simple brève.



  1. Février

Maurice Charrier écrit au préfet de région Paul Bernard, pour demander la création de 30 postes de policiers. Il indique qu’il pourrait aller jusqu’à fournir une liste de personnes à surveiller ou à arrêter dans sa commune.


  1. Mars

Une opération policière d’envergure à Vaulx-en-Velin. Trois cent cinquante gendarmes et policiers fouillent les parkings. Dix personnes sont arrêtées. Dans le lancement du reportage qui suit, le journaliste annonce : “ Vaulx-en-Velin fait des émules, une agression à la voiture bélier contre le commissariat de Saint-Etienne ” ;


De nouveaux incidents, rodéos, incendie d’une dizaine de voitures, le fait d’une bande d’une vingtaine de jeunes, au Mas du taureau, pendant le week-end de Pâques. On parle de tension entre communautés noire et arabe.

Couverture locale et régionale seulement.


Mars toujours.

T.L.M. diffuse un reportage “  Six mois après ”. On repart des images de voitures qui brûlent, de jour. On explique que 6 commerçants seulement sur 17 ont pu rouvrir. Traitement local seulement.



  1. Juin 91

T.F.1 diffuse un reportage “  9 mois après, donc en juin 91, sans doute. On parle de reconstruction, de dialogue nécessaire. On voit le maire Maurice Charrier, Jérôme Fa…nel (animateur M.J.C.), un jeune du nom de : Ahmed, Azouz Begag.


Juin toujours

T.F.1, encore, avec une réunion d’associations de banlieues, en région parisienne, dans le but de créer une fédération. Michel Delebarre, Ministre de la Ville, intervient sur le thème “ Donner espoir ”. Jérôme Fa…nel est interrogé. On est toujours dans une phase marquée par la problématique de la réparation.



Un an après (les évènements)

Dépôt d’une gerbe-souvenir. Quelques images locales qui reprennent celles d’octobre 90, parlent des plaies à peine refermées et de l’attente du procès.



Décembre 91

L’instruction est achevée. Laurent Assebille et le sous-brigadier Guy Auriol sont poursuivis par le même chef d’inculpation “ homicide involontaire et défaut de maîtrise de véhicule ”. Images de reconstruction de la ville, suivies d’images de destruction, en rappel, et conclusion : “ passions apaisées après les tensions ”. traitement local seulement. (T.L.M. + FR 3 Rh-A).



  • Octobre 1992

Bourgoin-Jallieu. Les gendarmes tendent une souricière à des jeunes qui circulent dans une B.M.W. volée. Les jeunes forcent le barrage. Sommation. Tirs. Le chauffeur de la voiture est tué. Un passager mineur est blessé. Tous deux habitent Vaulx-en-Velin. Trois jours d’incidents s’ensuivent avec agression contre le commissariat de Vaulx. Des voitures sont incendiées. On parle de plusieurs dizaines de jeunes, par petits groupes informels. Les T.V. font référence à “ un certain anniversaire ”, au souvenir des émeutes de 90. Elles disent pourtant que c’est sans commune mesure, que des précautions ont été prises pour empêcher les casseurs de s’organiser à Vaulx-en-Velin et à Vénissieux. Maurice Charrier dénonce les agissements de “ dealers non-consommateurs organisés en réseaux mafieux ” Il demande de respecter le travail des vaudais de reconstruction de leur ville. Des images montrent les habitants désolidarisés de la violence, excédés. Traitement national.



Printemps 93

France 2 diffuse un reportage sur les difficultés sociales à Vaulx-en-Velin, qui persistent malgré les ZUP, ZEP, DSQ. Le reportage précédent se situait à Dreux. Il parlait d’échec scolaire, de chômage, de tensions avec les policiers, d’une ville toute basée sur la rénovation de l’habitat, de la délinquance d’une minorité qui empoisonne tout.


Printemps 93 toujours, mais plus tard

Changement de majorité parlementaire. Le nouveau Premier Ministre Edouard Balladur lance un débat parlementaire sur les banlieues. On parle de “  méthode Balladur appliquée aux banlieues ”.

TF1 diffuse un portrait croisé de Sartrouville, administrée par un Maire divers-droite, et de Vaulx-en-Velin.


F3. Christine Ockrent interviewe en duplex Pierre Cardo (Maire de Chanteloup-les vignes) et André Gérin (Maire de Vénissieux) nouveaux députés : “ tous deux hommes de terrain ” sur le thème : “ qu’attendez-vous du nouveau gouvernement ? ”


F3 Rh-A décline le plan Balladur/Veil pour les banlieues : un chèque de 14 milliards, 11 sites en G.P.U. (Grand Projet Urbain), parmi lesquels Vénissieux et Vaulx-en-Velin.


F3 nationale revient aux Biscottes à Roubaix où elle avait montré une mobilisation de la population contre la drogue, pour dire que le trafic s’est simplement fait plus discret et que “ ça bouge pas, ça va recommencer ”.



Mercredi 3 avril 1994

A nouveau des incidents à Bron et à Vaulx-en-Velin qui se terminent par l’incendie du gymnase de Vaulx. Deux jeunes gens ont été tués à Bron dans un accident de la route, sur les 4 occupants d’une BMW volée qui avait tenté de forcer un barrage de police. Après quelques échauffourées dans les deux villes, le gymnase de Vaulx est incendié à coups de cocktails molotov. Le gardien du gymnase parle de cris de raged’une soixantaine de jeunes. Maurice Charrier parle d’acte criminel et demande que les coupables soient châtiés.Les T.V. citent les actes de violence à Bron et à Vaulx-en-Velin, mais ne montrent que des images de l’incendie du gymnase de Vaulx. Toutes les chaînes nationales couvrent. F3 accroche sur “ Vaulx-en-Velin , souvenez-vous il y a quatre ans ” et décroche sur “ la vie et les traditions continuent ”, avec des images du Mas du Taureau et du centre commercial incendiés à l’époque.


  • Samedi

Nouveaux incidents à Bron, Vaulx-en-Velin mais aussi Rillieux. Dans la nuit, après la levée du dispositif policier, le gymnase de Bron est à son tour incendié. Les journaux télévisés nationaux ouvrent alors sur Bron. Jean-Jack Queyranne, Maire de Bron, parle de bandes qui essaient de semer la perturbation. Djida Tazdaït, députée européenne, fait remarquer que les gymnases ne sont pas des lieux de pouvoir, elle dit qu’il faut chercher du côté des extrémistes de droite et des extrémistes religieux. Jean-Pierre Calvel, nouveau député de la circonscription qui vient de ravir le siège à Jean-Jack Queyranne, dénonce le laxisme des maires de gauche.


La nuit suivante, encore quelques incidents. Dans une interview à F 2, Maurice Charrier désigne comme responsables ceux qui ont intérêt à “ déstructurer le tissu social pour entretenir des trafics ou répandre des idéologies d’exclusion ”. Il avance que chaque fois que la ville cherche à s’en sortir, il y a “ des forces  qui viennent contrecarrer ses efforts ”.


TF1 relate les réactions des proches d’une des victimes qui contestent qu’on l’ait présentée comme un délinquant.



  • Lundi

Alors que les travaux de reconstruction commencent à Vaulx, le président du Conseil Général Michel Mercier, nomme le maire de Rillieux, Marcel André, Monsieur Banlieue. Des appels sont lancés par les maires de Bron et de Vaulx-en-Velin à se mobiliser contre “ les terroristes ”.

Des incidents continuent.


F2, à son tour, rappelle les évènements de Vaulx-en-Velin de 90, mais pour mettre l’accent sur le travail de réparation effectué depuis, notamment à travers les associations.



  1. Mardi 19avril 94

Un nouvel incident vient d’avoir lieu. Un “ jeune adolescent ” poursuivi par une voiture de police est allé s’écraser contre un bus à Vaulx-en-Velin. France 3 rappelle que quelques jours avant, la mort de deux jeunes avait causé de violents incidents. Les T.V. qualifient les faits “ d’incidents, de rodéos tragiques ”, “ d’accident tragique ” et de “ gâchis humain ” ce dernier terme étant repris du préfet de police Marcel Leclerc. Bron et Vaulx-en-Velin sont dites “ sous haute surveillance ”.

On est à la quatrième nuit d’incidents dans les banlieues lyonnaises. Cinq cents habitants de Bron manifestent contre la violence. Mais l’ambiance semble avoir été tendue entre les partisans de Jean-Jack Queyranne de ceux de Jean-Pierre Calvel qui en seraient “ presque venus aux mains ”.

Un appel est lancé pour un rassemblement du même type à Vaulx-en-Velin le lendemain. F2 choisit de montrer le collectif d’associations Agora qui interpelle sur les causes des destructions et s’indigne qu’on manifeste pour le gymnase et pas pour les morts.

  • Mercredi 20 avril 1994

T.L.M. Quatre cents enfants sont réunis à Vaulx-en-Velin devant le Palais des Sports dans une ambiance plus calme qu’à Bron. Mise en scène de témoignages d’enfants. F 3 Rh-A parle d’un millier d’enfants. Cinq cents personnes dans l’après-midi se sont réunis devant la Préfecture de Région. Le préfet Paul Bernard reçoit le maire Maurice Charrier et s’engage à ce que le gymnase soit reconstruit “ en un temps record ” On montre à nouveau des images des dégâts.


F2 diffuse les images des rassemblements et enchaîne sur le thème “ violences organisées délibérément par des hommes pour transformer ces cités en ghettos et s’y livrer au trafic de drogue ”qui lui permet de lancer ensuite un sujet sur l’économie parallèle.


  • Jeudi 24 avril 94

F3 Rh-A ouvre sur une vague d’actes de vandalisme sur les bus à Bron et à Vaulx-en-Velin et Décines. Le reportage montre une opération des T.C.L. pour sensibiliser les jeunes dans les écoles.

Le procureur de la République fait connaître les résultats de l’enquête sur le deuxième accident à la BMW : les deux jeunes sont morts accidentellement.


TF1 annonce la consultation des jeunes lancée par Edouard Balladur, et interroge cinq garçons et une fille à Lyon.


Localement, on continue de parler des suites de l’enquête, des interpellations, des commerces qui ferment à La Darnaise (Vénissieux), de l’insertion, du chômage, des initiatives qui sont prises en faveur de l’emploi.


Dans une séance de questions au gouvernement (donc un mercredi) à l’Assemblée Nationale, le 20 avril, Jean-Pierre Calvel interpelle le Ministre de l’Intérieur Charles Pasqua sur les actes criminels que constituent l’incendie des deux gymnases. Il parle de l’impunité dont bénéficie cette délinquance. Charles Pasqua répond que les évènements n’avaient rien de spontané, qu’ils étaient organisés par des meneurs qui souhaitaient s’en prendre aux institutions pour provoquer une réaction violente de la population et de la jeunesse de ces communes. Il annonce le maintien d’un dispositif policier et la volonté que “ dans le respect de nos lois, les tribunaux fassent preuve de la plus grande rigueur ”.

  • AFFAIRE KELKAL


  • Samedi 9 septembre 1995

On va reparler de Vaulx-en-Velin. Une vague d’attentats se développe en France depuis l’été.



  1. Principales dates
  2. Le 11 juillet 95, l’imam Sahraoui est assassiné rue Myrrha (quand c’est à Paris, les journalistes ne précisent généralement pas le nom de la ville).

  3. Le 16 juillet, fusillade à Bron et Ternay, dans la région lyonnaise, entre des policiers et les occupants d’une voiture qui forcent un barrage.

  4. Le 25 juillet, une bombe explose à la station Saint Michel du RER parisien, faisant 7 morts et 92 blessés.

  5. Le 25 août, une bombe est découverte sur la ligne TGV Paris-Lyon à Caillou-sur Fontaine. Par chance, elle n’a pas explosé.

  6. Le 4 septembre, une bombe est découverte dans une sanisette, rue de la Convention (donc à Paris)

  7. (date ?) Une bombe explose rue Jean-Claude Vivant, à Villeurbanne, devant une école juive, quelques minutes avant la sortie des élèves. Il n’y a pas de victimes.

  8. Ce samedi 9 septembre, la France fait connaissance avec le Plan Vigipirate. Une véritable “ psychose ” de l’attentat s’est installée dans le pays, surtout à Paris. Pour la première fois, ce jour là, les T.V. diffusent le portrait anthropométrique d’un suspect, qui leur été communiqué par le Ministère de l’Intérieur (dirigé par Jean-Louis Debré). Il s’agit d’un “  jeune algérien de 24 ans habitant Vaulx-en-Velin ”. Ses empreintes ont été retrouvées sur l’adhésif de la bonbonne de gaz qui contenant la bombe de l’attentat manqué de Caillou-sur-Fontaine. Il est soupçonné d’avoir participé à la fusillade de Ternay. Le ministère annonce que le suspect “ n’est pas inconnu des services de police ” et qu’un avis de recherche a été lancé contre lui.

  9. Le même jour, un “ coup de filet ” est organisé en présence des médias dans les “ milieux islamistes ” des villes de la région lyonnaise parmi lesquelles Vaulx-en-Velin. Trente personnes sont interpellées, une vingtaine d’appartements sont fouillés. Les policiers présentent cette opération comme étant simplement une mesure de prévention contre d’autres attentats et n’aurait pas de lien direct avec l’enquête.

  10. Ces nouvelles sont, d’emblée, traitées par les chaînes nationales, comme le sont, depuis le début, toutes les informations qui concernent les attentats. Khaled Kelkal est alors nommé par France 2 : “ le suspect N 1 ”. Les premiers reportages qui le présentent établissent le lien avec Vaulx-en-Velin et reprennent les images caractéristiques de la Place du Mas du Taureau. Ils reviennent ensuite sur le passé délinquant de Khaled Kelkal. Dans une interview, son avocat de l’époque le présente comme un bon élève en rupture avec la société, depuis sa condamnation qu’il jugeait trop lourde, pour des faits de délinquance remontant à 1991 (date des photos anthropométriques fournies par le Ministère de l’Intérieur).

  11. Les tentatives des journalistes pour faire confirmer un lien avec l’islamisme tournent court. Khaled Kelkal ne semble pas intéressé par la religion. Seule la caractéristique “ délinquant ” se confirme, encore que Khaled Kelkal ne soit pas décrit comme un caïd .

  1. Dimanche 10 septembre

  • “  Toutes les polices de France sont à la recherche de Khaled Kelkal ”, “  Khaled Kelkal, l’homme le plus recherché de France ”. L’armée vient renforcer le dispositif policier en Rhône-Alpes. Peu à peu le portrait d’un Khaled Kelkal pourtant bon élève, intégré, mais petit délinquant en rupture avec la société pour des raisons assez vagues, se dessine. Parallèlement sont présentées des hypothèses de liens avec l’assassinat de l’imam Sahraoui, l’attentant du RER ou celui de l’école juive de Villeurbanne. On construit l’image d’un Khaled Kelkal terroriste. Des rumeurs rapportées parlent de fréquentations de “ certaines figures du milieu lyonnais autour de la mosquée ” et de “ religieux venus d’Algérie ” qui se seraient “ intéressés peu à peu aux jeunes des quartiers à problèmes ”. Les deux portraits s’étoffent peu à peu.

  • A 7/7, le président de la République Jacques Chirac a parlé de guerre contre le terrorisme

  • Mercredi 27  septembre

  • Lors d’un banal contrôle près de Vaugneray, Rhône, les “ occupants d’une Renault 9  rouge ” ouvrent le feu sur les gendarmes. Un des passagers est grièvement blessé : Karim Koussa, deux sont interpellés : “ les deux Abdel ”. Le quatrième est en fuite. Dans la voiture, on retrouve des armes et des écrits de propagande islamiste. Deux cent cinquante gendarmes quadrillent la région.

  1. Vendredi 29

  • Les forces de l’ordre ont encore été étoffées (environ 700 hommes). Un homme avait été repéré près de Vaugneray, mais il a réussi à prendre la fuite. Khaled Kelkal est alors appelé “  le terroriste le plus recherché de France ” par France 3 Rhône-Alpes.

  • Aux alentours de 20 heures, suite à un signalement fait par une habitante, un suspect est repéré près d’un arrêt d’autobus, au lieu-dit La Maison Blanche. Les gendarmes de l’EPIGN (Escadron de Parachutistes et d’Intervention de la Gendarmerie Nationale) l’interpellent, lancent les sommations d’usage, en l’occurrence : “  Halte au feu ”. Khaled Kelkal tire à nouveau. Les gendarmes ripostent. Khaled Kelkal, à terre, fait encore un geste et saisit son arme qu’il pointe en direction d’un gendarme. Celui-ci fait feu une dernière fois. Sur les images d’M6, on verra cette scène, puis celle où le gendarme s’approche du cadavre et le retourne du pied. Les autres cadreurs, n’étant pas prêts à tourner, ne pourront que recueillir des images de Khaled Kelkal mort, après la fusillade. Pour France 3 national, il est alors “ l’ennemi public N 1 ”.

  • Dès samedi matin, Jean-Louis Debré donne une conférence de presse à la Préfecture du Rhône, en compagnie de Charles Millon, Ministre de la Défense. Il déclare : “  En ce qui concerne l’attentat commis le 25 juillet (…) j’ai maintenant le sentiment, pour ne pas dire plus encore une fois, que c’est la même équipe ”. Il attribue à cette équipe 7 attentats ou tentatives d’attentats.

  • Un reportage de F 3 Rh-A indique que Vaulx-en-Velin a été “ relativement calme ”. Il montre quelques dégâts : voitures incendiées, cabine téléphonique saccagée, mais qualifie de “ scène ordinaire de la vie à Vaulx-en-Velin ” Il montre aussi des gens qui refusent de parler, à La Grappinière, quartier de Khaled Kelkal.

  • F3 Rh-A interroge Kamel Mansour, aumônier des prisons. Il aurait été accusé d’avoir converti Khaled Kelkal à l’islam. Kamel Mansour dément l’avoir jamais rencontré.

  • Dimanche 1eroctobre

  • TF1 parle de nuit agitée dans la banlieue lyonnaise, de 36 véhicules incendiés, de 19 interpellations. “ Cette voiture qui brûle à l’entrée d’une résidence, nous sommes à Vaulx-en-Velin ”. Un reportage raconte que les gens refusent de parler au journaliste . Il relate même comment le reporter s’est fait chasser du quartier de La Grappinière par des jeunes. Conclusion : “ Ceux-là auraient quelque chose à dire, mais ne parlent pas ”.

  • Les reportages donnent surtout la parole aux victimes, propriétaires des voitures incendiées ou habitants. On y voit aussi, paradoxalement, des gens qui demandent aux T.V. d’arrêter de “ faire de la publicité ” à ce genre d’incidents, messages que les T.V. relaient complaisamment.

  • Dans la nuit de samedi à dimanche, les incidents démarrent à Vaulx-en-Velin où environ deux cents jeunes affrontent les forces de l’ordre par petits groupes, puis s’étendent aux communes voisines. Le lien avec la mort de Khaled Kelkal est mis en doute par certains qui pensent qu’il pourrait s’agir d’un prétexte.

  • Canal +, dans “ La Grande Famille ”, revient sur les évènements en attaquant par un reportage qui annonce : “ A Vaulx-en-Velin, un cadavre, ça se respecte… ”, puis elle relate une double polémique :

  • 1. sur le rôle exact de Khaled Kelkal, qui aurait été pour le moins exagéré par le Ministre de l’Intérieur,

  • 2. sur l’opportunité de diffuser les images de la mort de Khaled Kelkal.

  • Lundi 2 octobre

  • Les T.V. reprennent les images des incidents, mais mettent davantage l’accent sur les suites de l’enquête. Les deux complices arrêtés sont transférés à Paris, tandis que Karim Koussa est toujours hospitalisé au C.H.U. de Lyon-Sud. Les journalistes s’en tiennent maintenant aux certitudes concernant le rôle exact de Kelkal. Pour France 3, Kelkal est redevenu “ le suspect N1 de l’attentat manqué ”.

  • De nouveaux incidents ont éclaté dans la nuit de dimanche à lundi.

  • T.L.M. fait le lien avec les évènements de 90 pour en montrer la différence. Elle donne la parole au représentant de l’Union des Familles Musulmanes de France, qui tente de corriger l’image négative qui a été donnée de l’islam.

  • TF1 interroge Kamel Mansour. Celui-ci banalise ces évènements en les assimilant aux incidents antérieurs. Le journaliste reviend alors sur ce qui s’était passé en 1990, pour conclure sur “ l ‘aspiration à la tranquillité de l’immense majorité des communautés musulmanes de France ”(sic).

  • France 2 met l’accent sur les suites de l’enquête, les ramifications, les recherches à Chasse-sur-Rhône ou dans le Vaucluse. La nuit est annoncée comme particulièrement agitée à Vaulx-en-Velin, en dépit d’une journée calme. Daniel Bilalian reçoit le Père Christian Delorme, en duplex de Lyon.

  • Mardi 3 octobre

  • Des incidents ont encore éclaté la nuit précédente. Ils ont touché les villes environnantes, “ mais pas Vaulx-en-Velin ” qui est pourtant citée par F3, Canal +, F2, TF1 (au moins), comme un événement en creux, justement pour dire qu’il ne s’y passe rien, alors que le nom des villes où il s’est passé quelque chose ne sont cités, eux, que par une seule chaîne.

  • La polémique sur l’opportunité de montrer les images se poursuit. Celle sur le rôle de Kelkal ne semble pas durer. Par contre, les conditions de sa mort sont mises en question.

  • Mercredi 4 octobre

  • Alain Juppé, à la tribune de l’Assemblée Nationale prend la défense des forces de l’ordre et affirme qu’il y a bien eu légitime défense.

  • La juge Laurence Le Vert se rend au C.H.U Lyon-Sud pour signifier à Karim Koussa sa mise en examen. Elle est montrée sous bonne escorte de gardes du corps, poursuivie par des cadreurs et des photographes.

  • TF1, tout en affirmant que “ Vaulx-en-Velin se passerait bien de ce coup de projecteur médiatique ” revient à la charge par un reportage où il est question du silence des habitants d’une “ cité où tout le monde se connaît ”, où la mauvaise image de cette ville dont on dit que pourtant elle refait surface, pèse sur la vie quotidienne.

  • Le Magazine de l’Info de LCI revient sur les évènements de l’affaire Kelkal, rediffuse des images mêlées à de nouveaux reportages. Il présente le cycle des évènements comme démarrant à la mort de l’imam Sahraoui, à un moment où personne ne se doutait de la vague d’attentats qui allait suivre, et en terminant par la mort de Kelkal, présentée comme “ un nouveau début d’enquête ,” dans lequel trouvent leur place les polémiques sur l’interprétation audacieuse de Jean-Louis Debré et sur le diffusion des images d’M6.

  1. Vendredi 6 octobre 1995

  • Khaled Kelkal est enterré dans le cimetière de Rillieux, et non pas rapatrié en Algérie, comme sa famille l’avait initialement souhaité. L’enterrement est filmé de loin par les T.V.,au téléobjectif. Une interview resurgit, celle que Keklal avait donnée à un sociologue allemand en 1992,et que le journal Le Monde publie. Kelkal y affirmait avoir découvert l’islam en prison grâce à un codétenu. Sont présents à la cérémonie : le Grand Mufti de la Mosquée de Lyon, Kamel Mansour, et le Père Delorme.

  • Dans les journaux du soir, on apprendra l’explosion d’une bombe dans une station de métro appelée Maison-Blanche, comme le lieu-dit où Kelkal a été tué, un vendredi également.

  • Ce vendredi 6 octobre, avec l’enterrement se ferme un cycle d’évènements qui avait commencé en 1990 et propulsé Vaulx-en-Velin sous le feu des projecteurs médiatiques. C’était aussi un 6 octobre, mais un samedi. Un cycle d’exactement cinq ans, donc.

  • Deux autres séquences sont présentes dans les extraits. Elles parlent d’interpellations à Vaulx-en-Velin, à Paris, à Lille, sans qu’il soit possible de les dater. Sporadiquement, d’autres informations seront données, d’autres évènements évoqués dans lesquels Vaulx-en-Velin pourra se trouver impliquée, mais sans commune mesure. La sélection de séquences s’arrête là, sur des images de France 3 Rhône-Alpes et T.L.M.

  • Chapitre2

  • Comment on devient un objet médiatique

  • La construction de Vaulx-en-Velin dans les médias d’octobre 90 à avril 94

  • 1. Actes de naissance

  • 1.1 Premiers cris

  • Le phénomène Vaulx-en-Velin surgit sur les écrans le dimanche 7 octobre 19905, c

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