Communiquer en écosystème
2 Septembre 2026
Face à ce constat, la méthode de l'« Écologie de l'Information » transpose les modèles scientifiques de l'écologie au paysage médiatique, permettant de le penser comme un écosystème vivant plutôt que comme une simple juxtaposition de titres concurrents. Testée sur un échantillon de médias lyonnais, elle est extrapolable à l'ensemble des médias nationaux et spécialisés.
1. Cartographier les niches
De nombreux marchés d'information souffrent d'une sur-concurrence : les médias traitent les mêmes sujets (faits divers, polémiques, annonces institutionnelles) avec des angles quasi identiques, ce qui cannibalise les audiences et déprécie la valeur informationnelle produite.
Pour situer chaque média dans l'écosystème, la méthode définit sa niche journalistique selon cinq dimensions : le projet éditorial (informer, décrypter, révéler, outiller), l'aire géographique d'influence, la temporalité de publication, le portefeuille thématique, et la fonction informationnelle dominante (info-service, contre-pouvoir, prospective, divertissement).
Deux axes structurent la cartographie : Informer vs Transformer/Influencer, et Généraliste vs Spécialiste. Ce positionnement révèle les zones de saturation à éviter et les espaces libres à investir. L'enjeu pour les dirigeants n'est plus de tout couvrir, mais de sécuriser une niche écologique pérenne.
2. Le triptyque Push / Pull / Run
La méthode déconstruit ensuite la fabrication de l'information autour de trois logiques :
L'analyse révèle un décalage structurel : une surproduction en Push (politique politicienne, faits divers à forte charge émotionnelle mais faible valeur décisionnelle, reprises de communiqués) et un déficit en Pull, les besoins concrets des citoyens (logement, santé, pouvoir d'achat, transition écologique) restant sous-servis par les grilles traditionnelles. Trop de contenus à forte valeur ajoutée meurent également prématurément faute d'exploitation en Run.
3. Dynamique d'écosystème et chaîne de valeur
Au-delà des titres pris isolément, la méthode étudie la circulation des contenus dans l'écosystème et distingue plusieurs catégories d'acteurs :
Ignorer cette cartographie conduit les groupes de presse à mal orienter leurs investissements. La méthode fournit au contraire des outils d'arbitrage précis : où automatiser le flux, où investir dans l'expertise rare, comment construire des synergies plutôt que subir la circulation de l'information.
Conclusion : l'ingénierie éditoriale comme levier
L'Écologie de l'Information est à la fois une méthode d'analyse et un outil d'ingénierie éditoriale. Elle ne se contente pas d'importer les concepts écologiques (écosystème, niche, chaîne) : elle les retravaille spécifiquement pour le monde de l'information, ouvrant ainsi de nouveaux espaces pour de nouveaux projets éditoriaux. Elle permet aux professionnels de mesurer l'adéquation entre l'offre et la demande réelle, de qualifier la valeur de leur production, et d'identifier les niches d'avenir. Face à l'érosion des modèles économiques traditionnels, l'innovation viendra moins des outils technologiques que d'une reconception profonde des architectures éditoriales.
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