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Communication

Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 17:07

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Réseaux saturés, baisse d’efficacité, méthodes usées jusqu’à la corde et jusqu’à la grosse ficelle, la communication, celle qu’on connaissait,  a-t-elle encore un avenir? Comment échapper au bruit ambiant? La clé N°1 suggérait : refabriquer du silence. Bon d’accord. Et ensuite?

Listons d’abord ce qu’il ne faut pas faire. Les vieux réflexes. Ceux qui nous conduisent à reproduire toujours les mêmes erreurs.  A essayer sans cesse les mêmes solutions qui plantent.


NE PAS

 

NE PAS. Ecouter les gourous. Surtout ceux qui ont un montre Rolex depuis plus de cinquante  ans. Ils vont finir dans une boîte à coucou pour amuser les gosses. Mais plus ils répètent  la même chose depuis toujours et plus on comprend qu’ils n’ont pas compris qu'il faut changer. Ils sont restés coincés quelque part au XXème siècle. Aujourd’hui, il faut réapprendre à penser par soi-même. Et cesser de se gourer avec les gourous.

NE PAS. Utiliser des recettes toutes faites. Justement parce qu’elles sont toutes faites. Elles ne fabriqueront rien de nouveau.  Celles dont nous avons besoin sont à inventer.

NE PAS. Faire la même chose que les autres. Les suivistes ne produisent que du bruit, c’est à celui qui criera le plus fort. Celui qui ne cherche pas sa petite musique personnelle se perdra au milieu du brouhaha.

NE PAS. Faire confiance au marketing. Il est fait pour photographier le passé et dire : voilà l’avenir. Mais l’avenir n’est pas prévisible. Il se trace au milieu de la tempête avec une boussole et un sextant.  Minute par minute. Pour avoir une idée de ce que serait “un marketing de l’imprévisible”, demander à  Michel Hébert.

NE PAS. Croire aux  modèles. La plupart des projets se construisent à partir d’une représentation précise de ce que doit être le résultat final. Ensuite on déploie des efforts phénoménaux pour faire entrer la réalité dans le modèle et on découvre avec surprise qu’on n’y arrive pas. Un peu comme si, pour se rendre à Paris, on collait un poster de la capitale sur le pare-brise. Au lieu de regarder la route.


C’est une démarche expérimentale, pragmatique, empirique, itérative, qu’il va falloir enclencher. On ne peut pas prévoir le résultat. On ne connaît pas non plus la route à suivre. On la construit au fur et à mesure en prenant les bonnes décisions. « Là où il y a la volonté, il y a un chemin ». Tout repose sur le processus. Après le silence....

CLE N° 2 : L'ECOUTE

  1. ECOUTER. On déploie souvent des trésors d'énergie pour aller chercher de l'information alors qu'on l'avait à portée de main et qu'on ne la voyait pas. Aujourd'hui, si l'on veut bien, toute l'information utile est déjà disponible, sur les blogs, les réseaux sociaux, les forums, les commentaires. Et on en fait quoi ? Pour chaque interrogation, il y a déjà une réponse, ou il y peut y en avoir une en quelques minutes. Le public décide en temps réel de ce qu'il aime ou pas, des arguments qu'il trouve pertinents ou non. Encore faut-il savoir écouter. Avec les oreilles mais surtout : avec les yeux, avec le nez (pour flairer les pistes). Et si le cerveau veut s'en mêler, il n'est pas de trop. L'anti-communication va passer par une écoute permanente. Pas seulement études avant et post campagnes.

  2. ENTENDRE. A vrai dire on n'y est pas tellement habitué. Cette manie qu'on a de poser des questions, de décider tout seul de celles qui méritent d'être posées, comme dans les sondages. Bref de tout faire, alors qu'on prétend se mettre à l'écoute, pour n'entendre que ce qu'on a décidé d'entendre. Et pas : ce qui surprend, ce qui dérange, ce qui conteste, critique, contredit. Entendre, c'est entendre ce qu'on ne s'attendait pas à entendre.

  3. REPONDRE. Combien de fois un client qui a adressé une remarque reçoit-il une réponse du type : « nous avons lu avec le plus grand intérêt.... » et puis quoi ? Est-ce qu'on va rectifier l'erreur, modifier l'offre, intégrer la proposition ? Non. C'est de la pure communication. On ne change rien. Dans le monde de l'interactivité, si l'autre n'a pas la certitude d'être pris au sérieux, il ne jouera plus le jeu. Répondre, ce n'est pas adresser un message bidon en retour, c'est agir dans la réalité en tenant compte des remarques et le montrer. La réponse est d'abord dans le réel et ensuite dans la communication. Deux niveaux sont indispensables.



SILENCE+ ECOUTE. En attendant la Clé N°3.

L'anti-communication prend le contrepied de la communication traditionnelle. Elle cherche des voies ailleurs. Pour recommencer à communiquer il faut d'abord arrêter de « faire de la communication ».

 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 19:11

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L’écologie de l’information suppose de gérer intelligemment les ressources. Le moins qu’on puisse dire est qu’on en est loin. Entre ceux qui les moyens de se goinfrer de communication et ceux qui n’ont accès à rien, les différences se sont creusées. D’un côté les affamés de l’information et de l’autre les obèses gavés. Alors que le monde de la communication paraissait sans limites, on n’arrive plus aujourd'hui à y faire sa place.  Que s’est-il passé? Comment communiquer autrement ? Comment anti-communiquer?

 
Voilà des décennies que les entreprises et les professionnels ont suivi les gourous de la communication qui les incitaient à multiplier les messages. Communiquez !  Ils l’ont fait. Au début, quand ils n’étaient que quelques uns, cela se passait bien. Ceux qui communiquaient bénéficiaient d’un avantage énorme sur ceux qui ne le faisaient pas : ils se faisaient connaître rapidement, gagnaient des parts de marché, imposaient leur point de vue. Aujourd’hui un urbain français est bombardé de 500 à 2000 messages publicitaires par jour. A ce niveau là, presque plus aucun message n’est efficace, il ne reste que le bruit. Les espaces communicationnels sont saturés. S’y faire remarquer coûte de plus en plus cher (+50% sur 10 ans pour la TV) pour une audience de plus en plus faible (-50% sur 10 ans  pour la pub TV).


La communication, c’est un travail de professionnels, ça s’apprend. Voilà bien une autre partie du problème. A force d’utiliser les mêmes méthodes, les professionnels produisent les mêmes messages, tirent sur les mêmes grosses ficelles, les ficelles s’usent et le public aussi. De plus en plus difficile de susciter l’intérêt. De plus en plus difficile d’entraîner l’adhésion. Pour 76% des gens, les marques ne disent pas la vérité. Même les politiques n’arrivent pas à un score aussi bas. Ce n’est pas seulement le nombre de messages qui pose problème, c’est leur nature, ils sont peu crédibles et peu différenciés.


Paradoxalement, comme conséquence de cette saturation, ceux qui n’ont rien à dire, ceux qui contribuent à la monotonie,  mobilisent les réseaux de communication, parce qu’ils en ont les moyens, parce qu’ils sont en situation dominante. Et ceux qui présentent de la différence n’arrivent plus à se frayer un chemin dans le bruit. La communication ne joue  plus  son rôle de : faire connaître le nouveau, c’est à dire 'informer'. Elle est utilisée au contraire pour sauvegarder les positions  acquises.


Sauf que cela ne marche pas. L’injonction des gourous pousse les communicants à rechercher le grand public, les grands médias, la presse généraliste, à saturer toujours plus les canaux. Mais les utilisateurs ne se laissent pas faire. Ils ont développé au moins deux sortes de contre-attaques.


1 L’indifférence. Les messages ne mordent plus, n’accrochent plus. Plus rien n’étonne, plus rien ne retient l’attention. Les effets sont de plus en plus délétères et pas seulement pour la publicité commerciale. Mais aussi pour les campagnes de prévention contre le SIDA ou de lutte anti-tabagisme.


2 L’évitement. Il y a longtemps que le téléspectateur a appris à zapper les pubs.  Aujourd’hui, il met des anti-spams sur sa boîte mail, des autocollants sur sa boîte aux lettre pour éviter la distribution de dépliants. Et il ne va pas accepter longtemps les publicités intrusives sur le net, les pop-ups.


Et pourtant. Les professionnels ont bel et bien besoin de communiquer. Mais pas comme ça. Et les destinataires peuvent tout à fait être intéressés par ces messages. Mais pas n’importe lesquels. C’est une forme d’anti-communication qu’il faut inventer, une approche de la communication qui prenne le contre-pied de ce qui existe. Il y a plusieurs clés à mettre en oeuvre, mais la première, c’est :


CLE N° 1 : La stratégie du silence


La où la communication traditionnelle gaspille les ressources, sature les canaux et pollue les espaces, il faut commencer par recréer du silence.


1 Apprendre à se taire. Renoncer à cette envie de communiquer à tout propos, de passer dans le journal, à la TV, faire parler de soi sans se préoccuper de savoir si cela intéresse les gens. Organiser la rareté. Ne pas déranger le public pour rien.


2 Faire le tri. Eliminer de sa communication toutes les actions qui ne servent à rien dans l’espace où elles se situent. Tout ce qu’on fait parce que les autres le font. Parce qu’on vous sollicite pour le faire. Ou pour tout un tas de mauvaises raisons.


3 Organiser des espaces de silence. Un plan de communication, c’est fait d’une suite ininterrompue d’actions. Dommage! Dans une réunion, ce n’est pas celui qui parle le plus qui aura marqué les esprits. Mais celui qui n’interviendra que pour dire des choses essentielles. Et qui ne prendra la parole que quand le silence s’est fait.

Pierre Gandonnière

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Mercredi 22 juin 2011 3 22 /06 /Juin /2011 18:16

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Ecologie de l’information. Ecosystème médiatique, réseaux, niches, chaîne informationnelle, ce sont des concepts. Mais en quoi une approche écologique change-t-elle la pratique même de la communication? Il faudrait répondre au cas par cas, montrer à chaque fois comment ça se passe. L'explication globale prendrait un bouquin entier. Mais à travers l’exemple de la publicité, déjà on verra mieux. 

 

La communication publicitaire s’appuie sur un modèle classique (Shannon) :

Emetteur → Message →  Récepteur.

 Modèle qui fonctionne plutôt bien dans les conditions suivantes.

  1. Les deux rôles sont figés, d’un côté l’emetteur (actif) de l’autre le récepteur (passif). Si le récepteur devient actif, il zappe, il s’en va, il refuse, c’est mort.
  2. Le message est figé, tout entier dans un package, on le contrôle au départ et à l’arrivée, comme un colis. Si le destinataire le dépèce en route, le consomme, le modifie, on fait quoi? 
  3. Le canal de diffusion est un média de flux, il arrose des cibles à partir d’une source unique, un grand nombre de cibles, passives. C’est un modèle de push, on pousse le message dans les tuyaux. S’il n’y a pas de source unique mais un réseau, si les acteurs fonctionnent en push et en pull, mais aussi en delete, ça ne marche plus. 

 

La communication publicitaire fonctionne sur le principe du résultat. Elle se représente l’objectif idéal auquel elle voudrait parvenir : que le message soit reçu à 100%, et sans déformation. 

Voici maintenant les critiques principales: 

  1. Jamais un message n’est reçu à 100%. On a beau faire des pré-tests et des pos-tests, ça n’y change rien, et  tant mieux. Sinon, cela voudrait dire qu’on a affaire à des individus totalement lobotomisés. 
  2. Une communication publicitaire réussie produit une variation de comportement de..combien? 5%? 10% Vu les sommes engagées, on peut se demander si tout cela est bien raisonnable.
  3. L’effet n’est obtenu que si la cible ne peut pas répondre, comme dans les médias de flux. On ne répond pas à sa TV. Avec les médias interactifs, c’est fini. L'émetteur n’a plus le pouvoir absolu. Pour tout message qu’il propose, il y aura des commentaires, des contradictions, des forums, des contre-messages. 

 

Et l’écologie de l’information? 

  • Parce qu'elle fonctionne en écosystème, elle intègre les destinataires dans le processus de réflexion, de conception et de diffusion des messages. Elle ne se rève pas toute puissante. Elle partage. 

 

  • Elle s'intéresse au processus plutôt qu’au résultat. Elle se fiche complètement qu’un “message” soit reçu à 80% ou 100%. ce qui l’intéresse c’est la transformation opérée dans la réalité. Les messages ne sont qu’un moyen. La relation que les consommateurs peuvent avoir avec un produit ou une marque, la relation que la marque entretient avec ses clients compte plus que la mémorisation du dernier slogan.

 

  • Elle ne fonctionne pas sur le modèle du push : je lance une campagne et je matraque jusqu’à ce que le clou soit enfoncé. Elle met en route un processus et l’accompagne. C’est un processus de co-construction, d’échange. C’est une dynamique vivante. Donc capable de s’adapter en temp réel aux changements de l’environnement. 

 

S’agit-il encore de publicité? Ben non. Et pourtant il y a bien utilisation de techniques rédactionnellles, graphiques, photographiques, cinématographiques, numériques, tout ce que les communicants savent faire. C’est la manière d’utiliser ces techniques qui change.

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication - Communauté : Les blogs socialistes
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Mardi 31 mai 2011 2 31 /05 /Mai /2011 09:17

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Dans son dernier ouvrage Michel Hébert plaide pour un marketing intuitif, opportuniste, capable de réagir dans un temps très court à tous les changements du monde. Il soulève au moins 3 idées contestables.

 

1 Non ce n’est pas le temps court qu’il s’agit de reconstituer mais le temps long. 

Le marketing était conçu pour bâtir des stratégies à long terme, c’est vrai. Par gros temps, il est aussi difficile à manoeuvre qu’un paquebot dans une baignoire, c’est vrai. Mais pour autant l’économie mondiale file aujourd’hui comme un train fou sans conducteur. Profits à court terme. Réactions à court terme. Est-ce que la solution réside dans l’illusion de vouloir courir plus vite que le vent?  Bien sûr on a besoin de se libérer du carcan du marketing traditionnel. Besoin d’avoir des outils d’adaptation en temps réel. Mais ce qui manque le plus aux entreprises aujourd’hui, c’est de pouvoir penser à nouveau le temps long. Pas pour s’y enfermer. Pour pouvoir s’y projeter. Les grands entrepreneurs ont ceci en commun : ils ne le savaient pas mais ils sont allés quelque part. Il y avait une aiguille aimantée qui les attirait. Nous n'avons plus de temps sur lequel nous projeter pour inventer notre avenir. Nous avons perdu l’an 2000 qui nous servait d’horizon jusqu’à la fin du 20ème siècle. 

 

2. Non l’internet n’est pas un eldorado. 

Bien sûr, Michel Hebert ne le dit pas. Mais comme d’autres il regarde du côté des réseaux sociaux, de l’utilisation des TIC, des nouvelles façons de communiquer. Et il ne veut voir que le bon. Pourtant à y regarder de près, ce n’est pas l’avenir qu’on y invente, mais le pire passé qu’on réveille. L’internet est une jungle de la communication. La  publicité intrusive y règne en maître, le marketing agressif aussi. Le pillage de la vie privée les accompagne. Combien de temps va-til falloir pour que tous ces beaux professionnels arrivent à se faire détester tellement qu’on érigera de nouvelles barrières, de nouvelles réglementations pour cadenasser ce qui furent des espaces de liberté? Facebook devient la plus grande dictature du monde virtuel. Loin le temps où on pouvait y faire à peu près n’importe quoi. Aujourd’hui un profil peut être condamné à mort et exécuté, sans qu’il y ait eu procès, qu’on ait pu se défendre ni même qu’on connaisse les charges retenues contre soi. Flingué par un algorithme aveugle. Où allons nous réinventer de nouvelles pratiques de la communication pour ces citoyens-consommateurs avides de “relations sincères”? 

 

3  Y’a-til moyen de faire autre chose que la guerre? 

Passer de la guerre à la guerilla, pas sûr que ce soit un progrès. Ce serait le temps des snipers, de mines antipersonnelles, des embuscades, des coupe-jarrets. L’espérance de vie de chacun dans un tel monde se raccourcit salement. C’est une chose de constater qu’un mouvement va dans cette direction, une autre de l’accepter comme inéluctable. La guerre de tous contre tous représente un formidable gaspillage d'énergie, de productions de plus en plus éphémères, d’entreprises ouvertes puis fermées, délocalisées puis relocalisées. Un terrible gâchis humain aussi. Et si on bâtissait des stratégies sur autre chose que la guerre? Le principe de compétition-coopération, par exemple (voir épisode 3). 

 

4. Y'a-til encore des modèles de réussite?

 Universal? Mais le monde de l’édition musicale paye justement  le prix de son indadaptation, c’est le contre-exemple parfait. Au lieu de rester branché sur ce qui bouge dans le monde de la musique il s’est soumis aux règne du marketing. Ce qui coûte de plus en plus cher le plus cher ce n’est pas la fabrication du disque mais les efforts qu’on fait pour vendre au public des produits dont il n’a pas envie. Voilà pourquoi il a voulu la loi Hadopi. Pas pour protéger  les droits d’auteurs, cela  ne représente que 7% du prix d’un CD. Pour protéger les droits des majors à contrôler le marché. Et Microsoft, n’est-ce pas un modèle monopolistique? Et PSA? Voilà une entreprise qui a bénéficié de subsides publics pour faire face à la crise. Mais dans la même temps elle reste ancrée dans une stratégie du XXè siècle. Elle mise encore sur le 4X4 pour assurer son développement, et  elle n’est toujours pas prête pour les hybrides et les électriques. Les chinois et les japonais le sont. Il n’y a pas de modèle pour demain ni pour aujourd’hui. Tous les modèles parlent d’hier. 

 

5.Silence !

Paradoxalement, la principale conclusion qu’on puisse tirer du livre de Michel Hébert ce n’est pas qu’il faut communiquer davantage mais qu’il faut ré-apprendre à écouter. Les agences de “communication” devraient devenir des agences d’écoute. La communication triomphante des années 80 autour du mot d’ordre “Communiquez !” est en train de se retourner comme une crêpe. Dans le bruit ambiant on ‘arrive plus à entendre ce que le public veut dire. La force des communicants de demain sera peut-être dans leur capacité à savoir se taire. 

 

 

Pierre Gandonnière


Lire aussi “Michel Hébert et le marketing de l’imprévisible -Episode 1”

 

A suivre Episode 3

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 15:18

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L'anti-communication est une science exacte. Elle ne soufffre pas l'à peu près. C'est par un application rigoureuse de ses principes et de ses méthodes qu'on parvient à un résultat satisfaisant. Essayons de les découvrir ensemble.

 

Leçon N°1 : Ne pas écouter

Et pour cela on peut repérer cinq tactiques:


1 Fermer les écoutilles. Dans n'importe quelle formation en communication interpersonnelle, on explique comment laisser une place à la parole de l'autre en utilisant des questions ouvertes plutôt que des questions fermées. Et bien justement, dans l'anti-communication on ferme tout. On pose des questions comme un formulaire de Sécurité Sociale. Il faut entrer dans les petites cases et cocher au bon endroit : oui ou non. Toutes les démarches administratives fonctionnent sur ce modèle, toutes les politiques publiques aussi. Malheur à celui qui n'entre pas dans le moule à gaufre.

 

2 Renverser le jeu. Dans une démarche classique de communication on part de la demande du client (large) qu'on précise peu à peu par des questions pour arriver à ce qu'on peut faire pour lui. Dans l'anti-communication on procède à l'inverse, on part des réponses pour arriver aux questions. Une publicité l'explique parfaitement : « nous avons les réponses, posez-nous les questions ». Le jeu consiste alors à deviner les questions qui correspondent aux réponses que le système garde en stock. D'ailleurs, quand on essaie de poser une vraie question, le système plante (voir plus loin : Jouons avec l'anti-communication). Les standards automatiques, les FAQ, fonctionnent selon ce modèle là. Mais plus grave on oblige des répondants humains à fonctionner aussi de cette manière. (Exemple : les plateformes téléphoniques)

 

3 Refaire le portrait de son interlocuteur, lui montrer clairement ce qu'on attend de lui, comment il doit se comporter pour que tout se passe bien. « Mais c'est normal! ». Pas tant que ça. On pourrait s'attendre à ce que ce soit le fournisseur qui s'adapte au client et pas l'inverse. Dans les publicités, le client est : 1 satisfait (« Heureux? »  « -Très heureux ! »), 2 docile, il accepte toujours ce qu'on lui propose (« vous voulez qu'on prenne un rendez-vous, » « pourquoi pas ») et 3 un peu idiot (« j'ai un cabinet d'assurance avec une vingtaine de collaborateurs, je voudrais en enbaucher un de plus, je ne sais pas sur quelle base le payer... » Tiens, comment a-t-il fait pour les 20 premiers? ). En contemplant le visage du client idéal, qui, lui, est satisfait, le mécontent doit se dire que c'est sûrement de sa faute, le problème doit venir de lui, il n'a pas dû faire ce qu'il fallait. D'ailleurs, c'est à peu près ce qu'on lui répond quand il râle.

 

4 Disqualifier les contradicteurs. Celui qui n'est pas du même avis que vous ne peut pas avoir raison. Soit c'est un râleur professionnel (la « grogne » sociale), soit c'est quelqu'un qui est contre tout (il est pour « l'immobilisme »), soit il n'a rien à proposer, ou rien à dire parce que lui-même ne vaut pas mieux. Ou bien c'est un « provocateur », donc il ne faut surtout pas l'écouter. Des fois qu'il provoquerait une prise de conscience. Dans tous les cas il s'agit de faire diversion et de ne surtout pas répondre que le fond, par de vrais arguments. Ainsi il n'y a pas dé débat possible, seulement des confrontations.

 

 

5 Flinguer toute parole dissonnante. L'Eglise de Scientologie avait pour habitude d'attaquer ses détracteurs en justice dans tous les pays où elle est présente, en même temps. C'est dissuasif. Aucun éditeur n'a les moyens de se payer 40 procès, dans 40 pays avec 40 avocats, même en les gagnant. Aujourd'hui, en plus des classiques pressions sur les rédactions, on n'hésite pas à traîner les journaux devant les tribunaux, mettre les journalistes en garde-à vue, mener des perquisitions dans les médias, même si ça ne donne rien, par pure intimidation. Enfin, dernière étape de la stratégie, on s'en prend directement aux sources. Les petits malheurs de David Sénat, le collaborateur de Michèle Alliot-Marie, servent de leçon aux petits malins qui seraient tentés de faire des confidences à la presse : on n'hésitera pas à lancer les services secrets contre vous. Ainsi; on s'achemine tranquillement vers un droit d'informer unilatéral, entre les seules mains des gouvernants, comme dans une entreprise.

 

 

Jouons avec l'anti-communication

Sur le site de GDF-Suez, on trouve la dernirèe évolution de l'anti-communication : Zoé, un avatar censé répondre à toutes vos questions en langage naturel.

QUESTION (bien sûr, par pure perversité, on ne va poser que des questions ouvertes) :

"Comment connaître sa consommation de gaz?" 

Zoé s'inquiète un peu mais pas trop. Elle répond :

-« Que voulez-vous dire exactement? »

Et propose 5 réponses-types qui vont de « comment transmettre l'index de mon compteur? » à « pourquoi mes consommations sont-elles surévaluées? »

Comme on ne veut pas se laisser enfermer dans les algorithmes on répond :

« Non, comment évaluer ce qu'on consomme? »

Zoé commence à avoir du mou dans le manche. Elle répond par des phrases qui n'ont plus aucun sens comme : -« qu'est-ce que le service ma future consommation? »

Comme on est une teigne on insiste :

« Non. Comment savoir si je vais consommer beaucoup ou pas beaucoup. Et si le prix du gaz augmente, de combien ma facture va augmenter ? »

C'est le coup de grâce. Le moteur fume, Zoé, jette l'éponge :

-« Désolée, mais votre phrase est trop longue »

Et elle se jette sur une boîte de e-prozac.

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication - Communauté : Le Club des Citoyens
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Vendredi 1 octobre 2010 5 01 /10 /Oct /2010 20:10

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Trois fois que je me fais censurer un article sur Le Post. Dans la vraie vie (je suis journaliste depuis 2003) cela ne m’est jamais arrivé. Mon profil Facebook vient d’être déconnecté d’autorité, sans que je sache pourquoi et sans que je puisse exercer le moindre recours. Comme des milliers d’autres. L’internet espace de liberté ? Le mouvement en marche va exactement dans la sens inverse, celui de l’instauration progressive, sournoise, rampante, de véritables dictatures qui dépossèdent peu à peu les citoyens de leurs droits fondamentaux, sans qu’ils s’en émeuvent, sans qu’ils réagissent, tout occupés qu’ils sont à s’amuser avec leurs nouveaux jouets.

Qu’est-ce qu’une dictature? C’est le régime des diktat. Des décisions prises arbitrairement, sans que celui à qui elles s’appliquent ne puisse rien y faire, sans qu’il puisse s’y soustraire, sans qu’il puisse se défendre, sans qu’il puisse les faire changer. C’est un pouvoir aveugle.

Sur le web, pour bénéficier d’un service, tu dois accepter les CGU (conditions générales d’utilisations) qui sont imposées par le fournisseur. Elles n’ont fait l’objet d’aucun débat, d’aucune décision démocratique, elles ne sont pas faites dans ton intérêt mais dans celui du fournisseur. Tu ne peux rien négocier. Ni faire changer. Tu cliques.

 

Les systèmes sont gérés par des robots. Ce sont eux qui détectent, à partir de mots-clefs, ou “d’espions” qui surveillent votre activité et la comparent à des profils-types, que vous avez un “comportement déviant” et sanctionnent automatiquement, sans qu’il y ait instruction, accusation, défense, jugement. Sans qu’on sache de quoi on a bien pu se rendre coupable. Les robots vont de plus en plus loin dans le détail de la surveillance. Quand on fait une demande d’amis sur Facebook , on peut déclencher un masque “êtes-vous sûr de connaître cette personne?”. Il n’y a même pas de bouton pour répondre : oui. Le robot te conteste le droit d’entrer en contact avec des gens que tu connais peu ou pas, ce qu’on fait pourtant couramment dans la vraie vie, sans quoi on aurait les mêmes amis depuis l’école maternelle. Il t’empêche d’écrire dans des groupes où tout le monde s’est pourtant inscrit librement. Chaque message en nombre est soupçonné d’être une proposition commerciale. Et ça, ce n’est pas bien. Seul la maison-mère a le droit de faire du business. Et s’il est gratuit, c’est encore plus louche. D’une façon générale, plus tu es actif, plus tu es suspect.

 

Les humains qui gèrent le système sont eux-mêmes robotisés. Les gardiens, les veilleurs qui travaillent sur les sites ou plateformes, sont tellement soumis aux pressions de toutes sortes, qu’ils censurent à tout va plutôt que de risquer un problème juridique. C’est ainsi qu’un attaché de presse d’artiste a réussi à faire retirer un article du Post en menaçant de porter plainte. Celui qu’il avait au bout du fil n’avait jamais entendu parler de la liberté de la presse, de la Loi de 1881, de l’article XI de la déclaration des droits de l’homme ou du 1er amendement de la Constitution américaine. Il est vrai aussi que la menace juridique ne vient que d’un côté. Jamais un internaute n’a attaqué en justice en faisant valoir que la censure était une violation de ses droits. Ici, c’est le droit privé qui s’impose, celui des CGU. Les abus se multiplient. Il suffit que plusieurs personnes te dénoncent comme “abusif” et ton profil saute, automatiquement, sans procès. Il est donc facile à des groupes organisés de faire disparaître les profils ou les posts qui les dérangent. Et ils le font.


L’internet te voit. Et bien sûr, bonne pomme, tu te déshabilles devant sa glace ! Alors on t’invite à bien remplir ta fiche, c’est convivial, c’est sympathique. Naturellement, tu peux protéger ta vie privée en faisant en sorte que ces informations ne soient pas publiques. Peu importe, ce qui compte c’est que le système les ait, et tu viens de les lui donner. Et chaque fois que tul ances une nouvelle action, sur Google, sur Facebook tu déclenches de nouvelles informations sur toi, confidentielles, bien sûr. Il y a là tout ce qu’un fichier Edvige n’aurait jamais osé demander, même dans ses rêves les plus fous. Même tes préférences politiques et même si tu n’as pas répondu à la question, il suffit de regarder ton réseau relationnel pour savoir si tu es socialiste ou gay.


“Ce n’est pas une dictature, la preuve, vous pouvez partir quand vous voulez”. Réponse rencontrée sur des forums. C’est sûr, la porte est ouverte, mais elle donne sur rien, sur le vide. Est-ce qu’on peut quitter Google? Y a-t-il une alternative ? Et quand la bibliothèque mondiale sera en ligne la dépendance aura encore grimpé d’un cran. Et Facebook? A-t-il un équivalent? Je ne parle pas des réseaux pro comme Viadéo ou LikedIn, mais d’un réseau convivial de 500 millions d’habitants où sont tous ses amis? C’est bien justement parce qu’on ne peut pas leur échapper sauf à s’exclure du jeu qu’ils peuvent renforcer leur pouvoir librement et ronger tout doucement la liberté des autres à leur profit. D'ailleurs la question n'est pas de pouvoir partir quand on veut, mais d'être expulsé quand on ne veut pas. Demandez au roms....

Pierre Gandonnière

 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication - Communauté : Le Club des Citoyens
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Dimanche 12 septembre 2010 7 12 /09 /Sep /2010 17:40
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La fin du XXème siècle a célébré la religion de la communication : Communiquez! Ou mourrez sans pardon. Il s’est terminé par l’explosion des NTIC, la révolution annoncée de la communication généralisée, grâce à la technique. Or, c’est exactement l’inverse qui semble se produire. Là où les thuriféraires nous promettaient de pouvoir relier n’importe quel homme à l’importe quel autre, et de faire de chaque individu une paramécie baignant dans un bouillon de culture informationnelle, on voit au contraire se développer de véritables stratégies d’empêchement de la communication, des mécanismes de défense, de protection contre l’envahissement de cette communication généralisée. En voici 7


1 Rien n’existe hors de l’internet


Nombre de sites ne proposent à la rubrique “contact” qu’un masque permettant de laisser un message, en espérant qu’un webmaster daignera le traiter. Pas de numéro de téléphone, pas d’adresse postale, comme s’il n’y avait aucune existence réelle, pas d’IRL. Ils se sont mis physiquement à l’abri, ils sont “intouchables”.


2 Usez les bancs de la FAQ


Vous avez une question à poser? Voyez plutôt la rubrique FAQ (Frequently Asked Questions), toutes les réponses aux questions que les autres ont posées et auxquelles nous avons bien voulu répondre. L’utilisateur est seul face à lui-même en train d’essayer de faire correspondre son problème avec les solutions qu’on lui propose. Il n’y a personne en face.


3 "Tapez : 1"


Les nouveaux standards téléphoniques trient les appels selon des algorithmes auxquels il est impossible d’échapper. Il devient impossible de poser sa question. Il faut décider si on veut avoir affaire à un technicien, un commercial, si le problème vient de la ligne ou de la plateforme, alors qu’on n’en sait rien. La communication, humaine ne peut pas  se digitaliser. Cela obligerait le client à devenir lui-même un algorithme. Les nouveaux standards téléphoniques ne sont pas faits pour répondre aux clients mais pour éviter d’avoir à répondre.


4 "Laissez un message sur ma boîte vocale"


Dans les premiers temps des téléphones mobiles, les utilisateurs se félicitaient de pourvoir être joints n’importe où n’importe quand. Mais cette situation est devenue rapidement insupportable, notamment devant la mutiplication des abus. Aujourd’hui, ce qui devait n’être qu’un répondeur prenant le message en cas d’absence est devenu un véritable filtre. On n’arrive plus à joindre personne  en direct. Il faut en général plusieurs essais et plusieurs messages.


5 Les masques


Il semble qu’il ne soit plus possible de communiquer sous son vrai nom. Partout, on demande d’entrer un Login, un pseudo, un mot de passe secret, comme si la communication était devenue un jeu clandestin et que maintenant, c’était ça la norme. Mais les masques permettent tous les abus que les visages découverts n’autoriseraient pas.  On a institionnalisé une communication ou ce n’est jamais le vrai moi qui parle au vrai toi.


6 La mort de la politesse


Ce pourrait être une veille manie de grand-mère, mais c’est beaucoup plus grave. Nous communiquons court et direct. Les formules, les rituels et même le vocabulaire de politesse ont presque totalement disparu de nos échanges. Or ils ne jouaient pas qu’un rôle d’agrément. Ils servaient à désamorcer la violence entre les rapports humains, à la codifier. Sa disparition va de pair avec une montée de l’agressivité verbale et physique, la généralisation d’argots de plus en plus crus, de mots et de tournures de plus en plus blessants, glissant facilement vers des affrontements de personnes. Nous avons perdu les régulateurs comportementaux.


7 Les robots censeurs


Voilà maintenant que pour réguler les échanges humains, sur des plateformes comme Face Book, nous nous en remettons à des machines, à des algorithmes qui décident de supprimer un profil parce qu’un calcul aura détecté des activités qu’il juge anormales, ou des phrases parce des expressions auront été détectées comme portant des marqueurs interdits. Par exemple, un article contre le racisme se verra interdit parce qu’il dénonce des propos racistes. Sans que l'auteur puisse réagir. Sans qu’il puisse se défendre. Puisque ce sont des machines qui prennent la décision. Aucune instance humains, en démocratie, ne serait autorisée à ce type de censure.

Conclusion?
Si un tel monde emergeait, le monde de l’anti-communication, on pourrait attendre de lui qu’il produise au moins les deux effets suivants.


1 De la schizophrénie technologique. Des individus qui à force d’être en relation avec des machines qui les obligents à entrer dans leur propre mode de fonctionnement, se trouvent coupés, du monde réel, déshumanisés, des nerds, des no-life.


2 Une montée sourde mais inexorable de la violence sociale, de la part de tous ceux qui n’arrivent plus à se faire entendre. Des agressions physiques de plus en plus fréquentes, par exemple dans les services publics.


Or, il semble que ce soit précisément ce à quoi on assiste aujourd’hui.

 

Pierre Gandonnière

 


Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication - Communauté : Le Club des Citoyens
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