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Médias

Dimanche 23 septembre 2012 7 23 /09 /Sep /2012 19:37

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Plus ça communique et moins ça informe


Les responsables politiques n’arrêtent pas de se plaindre : les journaux ne parlent que de ce qui  se passe mal. Les journalistes râlent de leur côté : sous la pression des RP on voudrait les transformer en “relais de communication”. Ce qui n’est pas leur  boulot.


Tout le monde a raison. Et c’est pourquoi tout va mal. Plus les décideurs s’en remettent aux communicants, plus ils prennent l’habitude de se regarder dans un beau miroir et moins ils supportent la critique. Et plus les journalistes se sentent instrumentalisés, et plus ils se réfugient là où ils peuvent préserver leur indépendance, les sujets qui échappent à l’emprise de la communication. 


C’est quoi informer, aujourd’hui? Ce n’est plus donner l’essentiel de ce qui s’est passé dans le monde, les évènements classés par ordre d’importance comme on apprend à le faire dans les écoles de journalisme. Cette information là, tout le monde l’a déjà, elle ne vaut rien, personne n’est prêt à payer pour l’obtenir. Informer, c’est par exmple courir après le buzz, essayer de devancer les désirs du public, même les plus sordides : le people, le trash. Ou bien traquer l’exclu, le scoop, la révélation qui met la tête à l’envers. Mais est-ce qu’il ressemble au monde, ce reflet qu’en donnent les médias? Sans doute de moins en moins. 


On pourrait  dire : ce n’est pas bien grave. Aujourd’hui tout le monde peut trouver tout ce qu’il veut sur internet. Mais si, c’est grave, justement. Parce qu’on ne trouve jamais que ce qu’on cherche et que le boulot des journaliste est justement l’aller chercher là où le grand public ne va pas. Parce que les journalistes ont appris à vérifier l’information, à la sécuriser avant de la diffuser. Normalement, ils ne prennent pas leurs fantasmes pour la réalité. 


Alors communication? Information? Il va falloir que la communication accepte de lâcher prise, de ne pas tout contrôler, de laisser l'information vivre sa vie, avec les critiques, les remarques, les interprétations personnelles de chacun. Il va falloir aussi que les journalistes se penchent dare-dare sur cette question : à quoi servent les journaux aujourd’hui? 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 19:39

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Je viens de terminer un bouquin qui fait un point complet sur le droit de la presse. Enorme surprise, il semble bien que rien ne protège la liberté d’expression. A force de bricolages effectués au coup par coup, sans aucune cohérence, on a fabriqué un monstre juridique et on n’a pas fini de le payer cher. 

 

Bien sûr, on n’arrête pas de se référer à l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen : “La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement sauf à répondre des abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi”. Auquel on va rajouter la Constitution de 1958 qui réaffirme ces principes, l’article 17 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui consacre la liberté d’expression, et l’article 10 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme qui protège : “la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière”.  

Voilà pour la théorie. On est bardé-serré.  Ces droits sont opposables, ils devraient permettre d’exprimer librement des pensées et des opinions sur le web. Voire : de diffuser des informations. 

Car depuis le droit, s’il  n’est pas revenu sur les principes, il en a inversé les pratiques. Selon le principe de la neutralité du web, de la non-responsabilité de l’hébergeur, seul l’auteur d’un contenu devrait pouvoir être poursuivi. Sauf que la loi a prévu que le fournisseur d’accès ou l’hébergeur puissent aussi  être inquiétés. Selon la directive européenne du 8 juin 2000 un hébergeur qui dont un des clients publierait des contenus litigieux “doit, dès qu'il prend effectivement connaissance ou conscience du caractère illicite des activités, agir promptement pour retirer les informations concernées ou rendre l'accès à celles-ci impossible”. Sinon, il pourrait être poursuivi à son tour. 

 

C’est pourquoi, sans attendre des décisions de justice, des hébergeurs prennent sur eux de supprimer des contenus, de neutraliser un site ou un blog, ou même de flinguer un profil, comme le fait régulièrement Facebook, au simple motif d’avoir reçu des “signalements d’internautes”. L’hébergeur ouvre la parapluie, il ne prend aucun risque. Le profil Anti-Sarko “Torapamavoix” se fait régulièrement dézinguer parce qu’il est devenu une cible des “pro-”. Des entreprises font la chasse aux commentaires critiques, en utilisant les services de conseils en e-réputation.  L’internet se purge peu à peu de tout ce qui n’est pas accepté par les communicants. Là il ne s’agit pas de propos qui tombent sous le coup de la loi, comme diffamatoires ou injurieux, mais simplement de propos qui déplaisent et qu’on parvient à faire éliminer. 

Les nouveaux censeurs ont en face d’eux des opérateurs qui ne sont pas des juristes et pas des professionnels de l’information, mais des webmasters faciles à intimider. Ou pire encore : de simples algorithmes, comme dans le cas de Facebook, aucune intervention humaine n’est nécessaire, le système marche tout seul, aucun recours n’est possible. Dans le cas de publications journalistiques, on peut encore faire valoir le devoir d’informer. Dans le cas d’une publication non-professionnelle,  la loi n’a pas prévu que la liberté d’expression puisse être défendue et que celui qui a retiré (ou fait retirer) abusivement un contenu puisse être sanctionné. Bref, en théorie, le droit consacre la liberté d’expression, en pratique il ne permet pas de  la protéger. Au contraire, il consacre la censure comme une sorte de principe de précaution.  


Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Le Club des Citoyens
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Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 18:46

 

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Qu’arrive-t-il donc à une information qui entre dans la machine médiatique?  

 

Voilà qu’on reparle des époux Lavier. Leur nom avait  été cité une première fois lors du procès d’Outreau en 2004. Tous coupables ! Dix-sept personnes étaient traînées devant les tribunaux pour viol sur mineurs. Des monstres comme on disait à l’époque. Un chapiteau de cirque avait même été installé devant le Palais de Justice d’Outreau pour que le public puisse assister à la représentation. Un an plus tard en appel, treize d’entre eux sont acquités à la demande du procureur lui-même. Tous innocents. Et puis là, il y aurait comme une addition mal soldée, les époux Lavier ne seraient pas blancs-bleus. On se dit que peut-être tous n’étaient pas aussi innocents que ça, qu’on est peut-être allé trop vite dans les deux cas. Il ne s’agit pas ici de refaire le travail de la justice mais de regarder celui de la presse, sa façon de dérouler le story telling. Scénario N°1 : la machine médiatique lave plus noir que l’encre. Elle surenchérit sur l’affaire Dutroux. Scénario N°2 : la machine lave plus blanc, tout le monde sort immaculé du tambour. Scénario N°3 : tiens, elle découvre qu’il y avait peut-être de la couleur et des nuances dans tout ça. D’ailleurs on compte quatre condamnés. 

 

Autre séquence. Sur la photo Pierre Perret sort ravi du tribunal. Avec ce sourire qu’on lui a toujours connu. Il vient de faire condamner le Nouvel Observateur pour diffamation par la XVIIè Chambre Correctionnelle de Paris. En cause un article de Sophie Delassein qui l’accuse d’imposture sur ses relations avec Paul Léautaud et d’avoir pillé l’oeuvre de Brassens et Garcia Lorca. “Un réquisitoire d’une singulière  violence “, mais sans fondement stipule le tribunal. Voilà tout de même un homme qui vient d’être traité de menteur et de plagiaire pour la première fois de sa carrière en plus de cinquante ans. Scénario journalistique : Pierre Perret est un des artistes les plus populaires, tout le monde l’aime, il est au dessus de tout soupçon. Voyons si on peut le retourner dans son contraire : "et si c'était un monstre, un imposteur”? Voilà qui ferait un scoop. Et tant pis si ça n'est pas vrai. Et tant pis si on salit l'honneur d'un homme.  

 

Il faut qu’un article ait du caractère, pour que l’encre prenne. il ne peut pas faire dans la nuance, le clair-obscur, l’estompé, le gris clair. Il doit trancher dans le vif, porter le fer même là où il n’y a pas de plaie. Il faut que  ça claque, il faut que ça buzze. Tant pis pour la réalité, elle va prendre quelques coups au passage, mais elle n’avait qu’à pas se trouver sur le chemin. Le journalisme est passé d’une recherche des faits à une recherche d’effet. Une information qu’on ne remarque pas n’existe pas. Alors on défend une thèse, on s’y accroche, on la nourrit, on la monte en épingle. On ne supporte pas qu'on puisse la mettre en doute, sinon c’est tout l’édifice qui s’effondre. 

 

Dans la machine médiatique, comme dans un lave linge, toute information qui entre prend la couleur du lige qui déteint le plus. 

 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Le Club des Citoyens
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Dimanche 28 novembre 2010 7 28 /11 /Nov /2010 15:37

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La presse populaire de masse est née au milieu du XIXè. Elle s’est appuyée sur la révolution industrielle pour s’affranchir du pouvoir politique qui l’avait maintenue sous tutelle pendant des siècles. A l’époque, elle a trouvé son autonomie grâce à un modèle économique  fondé sur les prix bas (rendus possibles par la réduction des coûts de fabrication) et l’ouverture à la publicité. La presse gagne de l’argent. Elle est prospère. Elle participe du libéralisme qui est alors un mouvement d’émancipation général.

Aujourd’hui le pouvoir dominant n’est plus politique mais économique. Les médias se trouvent pris au piège. D’une part, ils dépendent de recettes publicitaires qui se font rares. De l’autre, ils appartiennent à de grands groupes industriels venus d’autres secteurs économiques. En déclin, les entreprises de presse sont maintenues en survie artificielle par des aides de l’Etat et par le renflouement incessant de leurs actionnaires. Les journalistes eux-mêmes vivent dans des situations professionnelles de plus en plus précaires. Pigistes ou correspondants, ils sont payés à la tâche, à la commande, obligés de satisfaire le ‘client’, sous peine de ne pas être reconduits. Même quand ils le souhaitent, ils n’arrivent plus à exercer leur métier normalement, pris par le temps, la course au scoop, au buzz, l’invasiondu people.

 

Il n’y a pas de presse indépendante sans indépendance économique. Les médias les plus prospères, ceux qui ont la plus forte audience, sont aussi ceux dont le contenu est le plus insignifiant. De l’autre côté, les médias à forte valeur ajoutée, restent confidentiels voire élitistes. La presse “populaire” est de plus en plus vide d’information.

 

Le désintérêt de la chose publique qui en résulte menace directement la démocratie. Si le politique n’a pas à dicter au journalisme la manière d’exercer, il doit en revanche créer les conditions pour que cet exercice soit possible. ( A moins qu’il ne croit qu’il suffit de laisser faire le marché).

 

Propositions

Pour éviter les collusions d’intérêt encombrantes entre des entreprises de presse et des médias dont elles seraient actionnaires : créer des fondations de presse pour financer les médias. Les entreprises pourraient y verser des fonds sans devenir directement actionnaires.

 

Parce qu’un média d’information n’est pas une entreprise comme un autre, encourager la création de SCIC (Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif) de presse. Au Conseil d’administration siègent les financeurs, les salariés et les utilisateurs. Statutairement l’indépendance du média est garantie, tant qu’il poursuit un but “d’intérêt collectif”.

 

Pour en finir avec le formatage des journalistes qui sortent des mêmes écoles et des mêmes milieux sociaux, développer des filières d’apprentissage permettant à des jeunes de tous milieux d’accéder aux professions du journalisme et d’y défendre une vision du monde plus diverse. 

 

Pierre Gandonnière

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Le Club des Citoyens
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Dimanche 21 novembre 2010 7 21 /11 /Nov /2010 17:02

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Lyon, place Bellecour 21 octobre 2010. En plein coeur des manifestations contre la réforme des retraites, les forces de l’ordre ferment la plus grande place de la ville prenant au piège 620 personnes manifestants ou simples passants, pendant près de cinq heures, sans aucune justification légale, au mépris des droits les plus élémentaires. Les droits de l’homme par exemple. Empêchés de sortir, d’aller aux toilettes, d’avoir de quoi boire,  d’aller et venir. Et puis : gazés au lacrymo, mitraillés au canon à eau, molestés. Prisonniers de policiers et gendarmes en tenue de combat, de véhicules blindés dont un du GIPN (anti-terroriste), un hélico et des canons à eau. Et pour finir : relâchés un par un, “triés par couleur”, selon des  témoignages concordants, les blancs rentrant chez eux, les rebeux et les blacks montant dans les bus de la police.  Et tout le monde photographié, fiché. La plus grande garde à vue à ciel ouvert jamais organisée dans ce pays. Et rien, ca ne fait pas la une des journaux, pas l’ouverture du 20 heures, aucun ténor politique ne s’empare de l’affaire. Pourquoi?

 

Ca ne se passe pas à Paris. La même chose place de la République ou place de la Nation, c’est hurlements assurés dans toute la médiasphère, et même à l’international. Mais voilà, les médias se centralisent de plus en plus, comme le pouvoir. Ils se concentrent sur eux-mêmes, ils finissent pas se convaincre que seul est intéressant ce qui arrive en bas de chez eux. La politique, la culture, les découvertes  techniques ou scientifiques, la vie moderne, les évolutions de la société, c’est à Paris. L’Histoire s’écrit à Paris. En province : les informations locales. Des échauffourées, des émeutes à la rigueur, mais pas plus. C’est l’application directe de la Loi de proximité bien connue en journalisme. Ce qui arrive près de chez moi  a plus d’importance que ce lui arrive ailleurs.

Y’a plus personne. Les “grands journalistes” sont partis.  Bien sûr les chaînes nationales avaient envoyé des équipes spéciales pour couvrir les évènements de Lyon, la visite du ministre Hortefeux le mercredi. Mais justement les journalistes sont rentrés aussitôt. Il n’ont pas assuré de suivi. Pas cherché à recueillir les témoignages de ceux qui ont été libérés seulement à partir de 18h30 19h00 et qu’on ne pouvait pas retrouver avant le lendemain.  Les dizaines et dizaines de témoignages qui donnent l’ampleur de l’évènement. 

Un clou chasse l’autre. C’est le principe même de l’actu, il faut sans cesse du nouveau, on n’a pas le temps de creuser. Ainsi vendredi 22, il se passe des tas de choses passionnantes. Onze personnes défenestrées dans les Yvelines, qui disent avoir vu le diable. Jeudi Noir expulsé de la place des Vosges. Et une guerre de réquisitions dans la raffinerie de Grandpuits en région parisienne, le préfet réquisitionne, les syndicats font annnuler, le préfet re-réquisitionne. Avec ça, on risque de manquer de pétrole pour le week-end de la Toussaint. Voilà qui est intéressant, il est temps de revenir à la maison. 

 

Mais pour tout dire, l’affaire ne fait pas beaucoup de bruit sur le coup, parce que personne n’y a intérêt. Sûrement pas le préfet du Rhône, depuis la visite du ministre sa stratégie de “maintien de l’ordre” a viré à 180°. Pas non plus le maire de Lyon. Il est bien trop fier de montrer comment il prend la sécurité très au sérieux, à tel point qu’il a donné aux forces de police la possibilité d’exploiter en direct toutes les images de vidéosurveillance, sans que le comité d’éthique chargé de vérifier si les droits des personnes sont respectés, n’ait son mot à dire. Pas non plus l’opposition municipale, de droite, puisqu’elle représente la majorité nationale, de droite. 

 

Sans les  victimes qui ont créé le Collectif du 21 octobre, le Syndicat des Avocats de France et le Syndicat de la Magistrature qui les soutiennent, elles qui ont organisé  ce samedi 20 novembre “La Prise de la Bellecour”, obligeant les médias à revenir sur ces évènements, la page serait définitivement tournée. “Les médias”, non, seulement quelques médias locaux. Car ça ne se passe pas à Paris, ce n’est pas un évènement de portée nationale. Les atteintes aux droits de l’homme suivent la loi de proximité. 

 

Pour qu’un évènement n’ait pas lieu, il faut donc :

 1 Qu’il se passe dans un endroit qui n’est pas labellisé : théâtre d’évènements nationaux.  Bref, en province. 

2 Qu’il n’y ait pas de vrais journalistes pour le couvrir. De ceux qu’on envoie du desk, parce qu’au moins ils sont la crédibilité nécessaire. 

3 Qu’il n’y ait sur place aucune personnalité “nationale”, c’est à dire des clients habituels des médias, pour attirer l’attention dessus. (Sûr que si Mélenchon était venu....)

4 Que les autorités locales, les voix officielles,  n’aient aucun intérêt à faire mousser le bain.

      Une garde à vue illégale de 620 personnes est donc un non-évènement.

 

Pierre Gandonnière

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Lundi 8 novembre 2010 1 08 /11 /Nov /2010 15:32

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C’est reparti, ils ne se passe pas un jour sans que des accusations fusent contre les journalistes. Non pas : ils se sont trompés, ou : ils exagèrent. Mais : ils mentent. Donc ils savent très bien quelle est la vérité mais ils disent le contraire. Il ne s’agit pas de prétendre que la presse n’est pas criticable. Sur ce blog, on passe son temps à le faire. Mais il s’agit pour une fois de critiquer la critique. La presse ment-elle? Pourquoi tant de gens le pensent-ils? 

 

Les militants. Pour ceux de droite, les journalistes sont tous de gauche, c’est comme ça. Pour ceux de gauche, c’est l’inverse, ils sont vendus à la droite. Ils appartiennent à de grands groupes capitalistes et sont incapables de résister à la pression. Ils écrivent donc ce qu’on attend d’eux. Ils sont les valets d’une  presse bourgeoise. L’ennuyeux avec les militants, c’est qu’ils sont tous convaincus qu’ils ont raison et que  les autres  ont tort. Et réciproquement. Le militant est sûr d’une chose : il détient la vérité, elle est dans sa tête. Du coup il n’a pas besoin de la chercher dans  les faits. Tout journaliste qui ne reprend pas le bréviaire militant sans y changer une seule ligne est un traître. Si en plus il se permet une distance critique son compte est bon. 

 

On nous cache tout, on ne nous dit rien. Non seulement les journalistes racontent n’importe quoi, mais ils gardent le silence sur les sujets importants, les vrais sujets, ceux qui intéressent les gens, les sujets qui fâchent, ceux qui dérangent, les seuls vraiment dignes de figurer dans un journal. Ah bon.  Mais c’est quoi alors, ces “vrais sujets”? Pas facile de répondre parce que personne n’est d’accord là-dessus. Il n’y a pas plus de consensus dans l’opinion publique sur cette question qu’il n’y en a dans le monde du journalisme, si l’on en croit les différences de sommaire qu’on peut trouver entre L’Humanité, Le Figaro, ou la Charente libre. On va donc pouvoir continuer de croire que si un sujet n’est pas traité par tel journal, c’est qu’il a été volontairement occulté, parce qu’il déplaisait, et qu’il y a eu des pressions. De même qu’on va se convaincre que, plus on est critiqué, plus on cherche à nous faire taire, plus ça prouve qu’on a raison.  Plus on dit des conneries et plus on a raison, donc. 

 

Les journalistes se construisent des vérités médiatiques et ne veulent plus en démordre. Ce n’est pas faux. Les vérités médiatiques se refilent un peu comme la chtouille, on ne sait jamais qui a commencé, mais une fois que c'est dans le circuit, on n'arrête pas de se la repasser.  Et ça c’est un erreur. On devrait toujours vérifier une info, même quand elle vient d’un confrère. Car une fois que la pomme pourrie est tombée dans le chaudron, difficile de la rattraper. Difficile d’admettre qu’on s’est trompé. Mais ceci étant dit, l’essentiel du travail de journaliste consiste bien, encore et toujours, à publier des informations vérifiées et correspondant aux faits. Beaucoup plus vraies et beaucoup plus vérifiées que les rumeurs, les idées carrées des militants ou les vantardises promotionnelles des héros autoproclamés. 

 

 

Alors bien sûr, la tentation est grande de ruer dans les brancards, d’attaquer la presse dès qu’un article déplaît, de faire comme s’il ne reposait sur rien, comme si le journaliste avait tout pris dans son imagination, comme s’il n’y avait aucun travail de recherche et de validation derrière. Comme si le boulot de la presse, malgré toutes ses imperfections, ne consistaiti pas quand même à rechercher la vérité. Mais le voilà, le problème. La vérité n’intéresse personne. ce que les gens veulent, c’est avoir raison.

Pierre Gandonnière

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Jeudi 14 octobre 2010 4 14 /10 /Oct /2010 18:18
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Lire aussi "Une presse libre est-elle possible? " sur Novo Idéo
Arlette Chabot débarquée par le nouveau président de FranceTélévisions lui-même nommé par le président de la République ? Quoi qui ait motivé la décision de Rémi Pflimlin, elle est douteuse parce que prise par "l’homme du président". Deux amuseurs publics Stéphane Guillon et Didier Porte virés de France Inter par la nouvelle direction nommée par le même président. Quoi qui ait motivé, la décision etc... Selon Dominique Berretta du Point,le président va jusqu’à transmettre le liste noire des animateurs qu’il ne veut plus voir : Laurent Ruquier, Patrick Sébastien, Eric Zemmour,Guilllaume Durand. Et ceux qu’il veut voir : Les frères Bogdanov, Patrick Sabatier, Didier Barbelivien. La situation n’est pas nouvelle. La désignation en 2005 de Patrick de Carolis par le CSA avait déjà fait grincer des dents. N’est-il pas le biographe officiel de Madame Bernadette ? Pas nouvelle mais pire. Selon Nicolas Sarkozy l’indépendance d’avant était une “hypocrisie”. On a remplacé l’hypocrisie par le cynisme.
Aujourd’hui le lien entre les directions des médias publics et le pouvoir est direct. Le CSA ne joue même plus le rôle d’entremetteuse. Il est d’ailleurs devenu une structure obsolète autant qu’aberrante puisqu’il est à la fois l’arbitre des médias, et le responsables d’un camp : celui des TV publiques concurrentes des TV privées.

Or, le pouvoir du président de France Télévisions n’a jamais été aussi fort. La grande réforme lancée par Carolis en juillet 2007 organise la fusion progressive de toutes les chaînes dans une seule entité à l’horizon 2012. Le pdg du groupe sera alors seul maître à bord. Les directions de chaînes seront réduits à l’état de chefs de bureau.

La suppression même partielle de la publicité entraîne une dépendance financière très forte avec le Parlement. Sans une rallonge budgétaire de l’Etat, la télévision publique serait en faillite (458 millions cette année). Or le sous financement de la télévision publique française est patent. Par comparaison le budget de France Télévisions est de 2,7 Mds euros quand celui de la BBC est de 6,2 Mds euros. La redevance française (seule ressource propre garantie) est de 116 euros contre 118 au Royaume Uni. L’avenir de la TV publique s’annonce inquiétant. Les menaces budgétaires, la mainmise du politique, les grandes restructurations en cours avec renégociation des statuts ne peuvent qu’entraîner une forte inquiétude chez les personnels qui ne sont pas en situation de pouvoir défendre leur indépendance. Or le service public de l’information doit être garanti, d’autant plus dans une période où la presse est malade. Outre les questions de ressources, d’organisation interne, de définition des missions, il est urgent de réformer la gouvernance de France Télévisions pour que le groupe devienne enfin maître de son destin et fonctionne comme un service public des médias.
Propositions
1. Doter France Télévision d’un conseil de surveillance composé de 12 membres : 4personnes qualifiées désignées par le politique, l’Assemblée Nationale et le Sénat (dont obligatoirement 2 membres de l’opposition), 4 professionnels désignés par les personnels des chaînes (et qui quittent leur emploi aussitôt), 4 téléspectateurs désignés par tirage au sort. Le conseil de surveillance est doté d’un budget et de moyens humains lui permettant de lancer toute étude ou audit sur le fonctionnement des chaînes.C’est lui qui nommerait le pdg du groupe et les membres du directoire.
2. Doter France Télévision d’un directoire composé du pdg + les dg de chacune des cinq chaînes responsables devant le conseil de surveillance.

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Le Club des Citoyens
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Vendredi 24 septembre 2010 5 24 /09 /Sep /2010 16:10

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Un marronnier est un arbre à feuilles qui se nourrit d'encre. En journalisme, c'est un sujet qui refleurit régulièrement à la même époque de l'année. Pour autant, il ne produit pas beaucoup de fleurs. Les mouvements sociaux appartiennent-ils à cette catégorie?

Mis à part le fait qu'ils n'apparaissent pas à des moments réguliers du calendrier, ils passent quand même par des figures obligées.

Le comptage

Nombre de cortèges à travers la France, nombre de manifestants. Selon la police, selon les organisateurs. Il existe une sorte de gentleman agrement entre les uns et les autres, entre ceux qui surévaluent les chiffres (d'environ 50%) et ceux qui les sou-évaluent (d'environ 50%). Les journalistes savent qu'en faisant la moyenne des deux, en général ils tombent juste. Pas d'information là dedans, juste de la routine. Mais qui permet tout de même d'être sûr, quand on rencontre des variations qui vont du simple au triple (le 23 septembre : entre 900 000 et 3 millions) que l'un des deux au moins, a honteusement triché.

Les images

Toujours les mêmes, des banderolles, des slogans anti-gouvernementaux, des ritournelles plus ou moins lestes, des manifestants lambdas et des peoples syndicaux ou politiques. On pourrait les ressortir d'une banque d'images, ce sont toujours les mêmes avec les mêmes discours.

Les enjeux

Toujours les mêmes là aussi, il s'agit du retrait de la réforme en cours. On pourrait préparer à l'avance une pancarte « Non à la réforme » et la ressortir plusieurs fois par an pendant des années, elle « ne prendrait pas une ride ».

La mémoire de l'arbre

En perspective de chaque mouvement social il y a les victoires obtenus par la passé, qui galvanisent les troupent (« on va gagner !! »: le retrait du CPE (contrat de première embauche, 2006), le contrat d'insertion profeszsionnelle (SMIB Jeunes, 1994, la réforme Juppé sur les retraites (1995). On peut même dire que chaque génération lycéenne, c'est à dire chaque dix ans, voit un nouveau combat mené dans les rues, avec succès ou échec, comme un rite de passage à l'âge adulte.

 

Les réactions

Entre « on a gagné » et « on n'a pas perdu ». Que ce soit du côté du gouvenement ou des mouvements sociaux, l'action, en général ne débouche sur rien, ou alors pas immédiatement, ou sinon pas sous forme d'une capitaluation, on cherche une pirouette, un moyen de retomber sur ses pieds sans perdre la face (une pirouette, quoi). Les mouvements sociaux sont un moment d'agitation ritualisé, n'ayant, au moment de leur production aucun effet dans le réel, un gigantesque événement qui ne crée à peur près aucune information nouvelle.

 

Donc, c'est ça, c'est un marronnier. Un exercie convenu de journalisme. Pour que ce soit autre chose il manque un élément essentiel. Les marrons, justement. Quand ça castagne dans les manifs (de « castanea » : chataîgne), comme par exemple les manifs paysannes, ou les blocages de chauffeurs routiers, ou des exactiosn de « casseurs » là il se passe quelque chose. Soit une réponse positive des pouvoirs publics, par peur que la violence ne dégénère, soit une forte repressions policière. Quand l'un des deux camps parvient à « tirer les marrons du feu », aussi. Soit le gouvernement prend peur, il recule. La rue a gagné. Soit un affablissement de la mobilisation, le gouvernement sait que la contestation s'essouffle, il ne risque plus rien, il a gagné.

 

Mais là, pas de marrons. Pour l'instant le marronnier n'a rien produit et c'est pour cela qu'il est un marronnier. Son pouvoir d'inforamtion est à peu près nul.

Pierre Gandonnière

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Vendredi 3 septembre 2010 5 03 /09 /Sep /2010 16:53
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Photographie de l’opinion publique à un moment donné”, voilà comment on nous vend ces nouveaux tarots de Marseille  que sont les sondages. “Mais-non mais-non, ils n’ont pas de valeur prédictive !” protestent  les magiciens du chiffre. On croyait pourtant bien les entendre dire à longueur de journée : “si l’élection avait lieu aujourd’hui....” Alors  que sont et ne sont pas les sondages? Ils ne sont pas des instantanés de quoi que ce soit, et sûrement pas  d’une élection. Parce qu’une élection, c’est une décision, pas une vague préférence ou une déclaration d’intention. Désirer acheter une Rolls, avoir l’intention de le faire, ou l’acheter vraiment, ce n’est pas pareil. Ce qui se passe dans l’isoloir n’a rien à voir avec ce qui se passe quand on répond au téléphone à un enquêteur. La sondage ne reflète pas l’opinion publique, il la fabrique. En trois temps.

 
1 Le sondage fait exister une question qui n’existait pas. « Préférez-vous le camembert ou la crème au chocolat? » (Il n’y a que ça?) « Si le second tout opposait DSK et Marine Le Pen? » (Ah bon, il pourrait y avoir un second tour avec DSK contre Marine Le Pen? ) Ce sont des questions qui n’existent que parce qu’on les pose. Le sondage impose aussi la formulation. Demander : “Pensez-vous qu’il faut la prison à vie pour les violeurs d’enfant? “ Là, le lecteur se dit : "si je réponds non, c’est comme si je demandais l'indulgence pour les violeurs d’enfants.”  Il répondra oui. Mais si on lui avait demandé : "pensez-vous qu’il faut la prison à vie pour les violeurs d’enfants -ou qu’il vaut mieux les soigner? “ ...Tout est dans la question.


2 Ce qui fait l’opinion ce n’est pas le sondage, mais sa publication. Un sondage qui reste secret est comme un arbre qui tombe dans une forêt où il n’y a personne : il  ne fait aucun bruit. Il ne concerne que les moins-de-mille personnes qui ont été interrogées et qui ne connaissent même pas les résultats. Il ne prend la valeur d’opinion publique que lorsque les médias s’en emparent pour clamer : voici ce que pensent les français (qui ne le savaient même pas). Ce qui fait opinion publique c’est l’extrapolation de l’échantillon à la population. Mais ce n’est qu’une extrapolation, un tour de passe-passe, pas une mesure de l’opinion publique. On postule que, parce que l’échantillon a répondu X, cela veut dire que la population pense X. A propos d'une question  qu'elle ne s'est même pas posée. 


3 Miracle, au troisième temps de la valse, il y a réellement fabrication d’opinion publique ! Parce que le français lambda (un joli nom de mouton) en lisant les résultats du sondage, ne peut s’empêcher de se demander : “et où je me situe, moi, les oui, les non ?” Et il se range  tout seul dans une petite case.

Il n’y a  pas “d’opinion publique”, une instance mystérieuse qu’on sonderait pour savoir ce qu’elle pense. Elle n’existe pas et elle ne pense rien. Mais il y a fabrication d’opinions publiques, c’est à dire d’énoncés isolés les uns des autres, par l’administration de sondages et surtout par la réaction de la population à leur publication.

Pierre Gandonnière

 

 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Le Club des Citoyens
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Mercredi 9 juin 2010 3 09 /06 /Juin /2010 19:54

ipad.jpeg Manifestement les grands industriels du journalisme attendent de lui un miracle. Comme il n'a pas réussi à leur ouvrir les yeux ni les oreilles, il ne lui reste plus qu'à marcher sur l'eau. Une nouvelle façon de surfer. Tout d'un coup grâce à l'iPad, les lecteurs vont accepter de payer leur journal en ligne, alors qu'ils n'allaient plus au kiosque. Tout d'un coup ils vont se refidéliser alors qu'ils avaient pris plaisir à passer d'un titre à l'autre sur le web, puisque c'était gratuit. Tout d'un coup, ils vont apprécier de lire des journaux à nouveau structurés comme du papier. Rien n'est moins sûr.

1 Et tout sera redevenu comme avant? Comme avant la révolution du web. Comme du temps béni de la presse populaire de masse. Ben non, sûrement pas. Les usages ont profondément changé. On surfe sur l'information, on passe d'un média à l'autre, on constitue son propre menu à partir de ses flux RSS, on part à la découverte. On surfe et on plonge aussi. On sait choisir les médias grâce auxquels on va approfondir une info. Il est hors de question de revenir à une source unique, "son" journal. 

2 Le gratuit n'est pas mort. Tout n'est pas monnayable. Le net a déjà fait le tri entre l'info sans valeur marchande, le tout venant, le canon à dépêches. Et l'info pour laquelle on est prêt à payer. Mon grand-père achetait Le Progrès tous les jours et le lisait de la première à la dernière page. Ni mon grand-père ni ce Progrès là ne reviendront. Tout ce qui a été gratuit ne redeviendra pas payant. De grosses désillusions attendent ceux qui croient le contraire.

3 L'économie de la presse en ligne n'est toujours pas trouvée. La vente à l'article ou au numéro, l'abonnement au titre sont des réponses inadaptées. Il faudrait aller vers un abonnement multicarte, une sorte de pass, de forfait permettant de circuler à peu près librement à travers les titres payants que l'utilisateur aura choisis. La clientèle captive, c'est fini. Et puis il reste la question du prix. Pas du coût, du prix.  Les livres numériques sont vendus 15 à 20% moins cher que les livres papier. C'est un véritable racket. On est en train de nous faire le même coup qu'avec la musique en téléchargement. Un livre, et c'est la même chose pour un journal, qui n'a pas besoin d'être imprimé sur du papier, pas besoin d'être distribué, pas besoin de point de vente, qui n'a aucun taux de bouillon (invendus), doit être vendu non pas 15%,  mais 3 ou 4 fois  moins cher. Au minimum. 


Ou bien cette révolution de l'I-Pad n'aura pas lieu, ou bien elle produira probablement les désastres suivants :

1 Finir de tuer le papier. Ce ne sont pas tant les internautes qui vont se précipiter vers la paytn pour retrouver su simili papier, que des lecteurs de papier qui vont se convertir au numérique. Combien? Peu importe. Ce sera toujours autant de moins dans les kiosques, encore une baisse de tirage à prévoir pour l'ensemble des titres, un effondrement supplémentaire de la publicité qui va avec. Encore des fermetures de kiosques qui ne rouvriront jamais.

2 Broyer l'écrit. Le genre : écrit. Alors que justement de belles aventures se lancent en presse, autour de XXI par exemple, mais aussi des livres de journalistes qui démontrent qu'on a besoin de temps et d'espace de rédaction pour travailler en profondeur des informations, faire du journalisme d'enquête, alors que l'écrit se cherche une nouvelle complémentarité par rapport aux médias trop rapides comme le web, tout miser sur l'internet et l'instantané serait une erreur profonde. 

  3 Se lier les pieds après s'être lié les mains. Le journalisme est déjà bien trop dépendant des pouvoirs économiques, et par effet tuyau de poêle, des pouvoirs politiques réduits à l'impuissance par l'économique. Là se rajouterait une dépendance technologique à un produit Apple, mais surtout à un univers de distribution de contenus sans lequel le journalisme ne pourrait plus survivre. C'est comme être distribué par Carrefour. Si la Centrale vous lâche, vous êtes mort.


Plutôt que de s'imaginer l'IPad comme un outil miraculeux, peut-être serait-il plu sage de le voir pour ce qu'il est : une nouvelle fenêtre ouverte sur le web qui va permettre de nouvelles évolutions des pratiques de production, de transmission et de consommation de contenus. Qu'il sera un accélérateur des changements en cours vers d'autres formes d'interactivité et de convivialité. Et qu'il faut donc en profiter pour transformer profondément les pratiques du journalisme, comme certains précurseurs réussissent à le faire. Plutôt que des les enfermer dans le formol et de mettre le bocal en ligne.

Pierre Gandonnière
 

 

 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Journalistes et clubs presse
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