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Communication d'entreprise

Mercredi 21 mars 2012 3 21 /03 /Mars /2012 17:03

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Les deux chiens de faïence de la communication, l'interne et l'externe ne cessent de se faire face et de se snober. L'une, plus noble, l'externe, s'adresse aux vrais médias, s'occupe de vrais enjeux stratégiques, dispose de vrais budgets. L'autre, plus roturière, l'interne, vit de peu de choses, s'occupe d'enjeux secondaires comme : la cohésion interne ou la mobilisation des énergies. Structurellement séparées dans les entreprises, l'une rattachée au marketing, au commercial, l'autre aux RH. Pourtant condamnées à s'entendre. Et n'y arrivant jamais vraiment. Notamment à cause des logiques de territoire, entre les RH et le marketing. Et si on s'y prenait autrement? Tout y incite. 

 

1 Les réseaux sociaux. Ils ont permis de décloisonner, de sortir de sa bulle, de créer des contacts, de naviguer librement d'une île à l'autre et d'y trouver son miel. Les réseaux sociaux sont aussi efficaces en interne qu'en externe. Pourquoi faudrait-il que les uns soient étanches aux autres? Les réseaux, c'est la souplesse qu'il faut pour créer les coopérations nécessaires, pour être réactif, créatif, pro-actif. 

 

2 Les outils interactifs. Avec eux le monde professionnel et le monde personnele se croisent. Et les entreprises prennent peur. S'il y avait du temps perdu? Du temps de travail consommé pour régler des affaire privées? Mais on pourrait tout aussi bien dire : et s'il y avait du temps gagné? Par le fait qu'un salarié devienne  capable de mobiliser non seulement se propres capacités, mais aussi celles de son réseau, pour trouver une idée, une solution, obtenir une information....Bien sûr, on sent bien le danger. De faire sortir des informations qui pourraient être stratégiques. Ou de parvenir à un temps de travail où le privé et le professionnel soient tellement imbriqués qu'on ne puisse plus mesurer la quantité de travail fourni en temps. Mais si on verrouille les réseaux internes, on se coupe d'une richesse d'ensemencement formidable. 

 

3 Les zones intermédiaires. Il faut vraiment se donner du mal pour découper artificiellement l'interne et l'externe. Bien sûr, le personnel salarié, c'est de l'interne, mais ensuite? Les stagiaires, les intérimaires? Les intervenants, les consultants? Les fournisseurs? Le réseau de distribution? Et les clients à fidéliser, c'est de l'interne ou de l'externe? Et la population d'une ville, de l'interne ou de l'externe? Les méthodes qu'on va déployer vis à vis de ces publics sont proches de celles de la communication interne. Mais elles ne s'adressent pas à du personnel, il n'y a pas de lien de subordination, pas de contrat de travail. L'interne et l'externe c'est un continuum de réseaux qui s'entremêlent.

 

 

Et si on reprenait tout du début ?

 

Communication interne ou externe, les techniques sont les mêmes, les outils aussi : web, médias, édition, affichage, évènementiel, RP.... Pourquoi ne pas créer une seule équipe  déployant son activité selons les populations auxquelles elle s'adresse et assurant les relations entre ses différents réseaux? Alors la communication strictement interne ne deviendrait qu'un cas particulier, une partie d'un ensemble. Les projets externes auraient plus de chances d'être portés et renforcés par l'interne. Les projets internes ne perdraient jamais de vue que la finalité de toute activité est extérieure : le client final...

 

Pierre Gandonnière

 

 

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Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 19:32

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C'est bon, les consultants, gourous, prophètes et thuriférères ont fait le boulot, tout le monde a bien compris : il faut surveiller son e-réputation. Sur le web n'importe qui peut écrire n'importe quoi sur vous, et ça reste, il n'y a pas de prescription, tout ce qui est écrit l'est pour toujours. Ici les regrets sont vraiment éternels.

 

Les cabinets conseils ont donc fleuri et ils proposent de toiletter le web, d'éliminer tout ce qui dérange, d'organiser des veilles, des traques, de menacer, de faire arracher toutes les mauvaises herbes. Grâce à eux, plus rien ne dépasse. Donc tout va bien moyennant monnaie ? Et bien non, justement, il se pourrait bien qu'une politique trop active de e-réputation ne finisse par entraîner l'effet inverse.

 

Prenons cette entreprise que nous appellerons X. (Car si on donne son vrai nom, elle pourrait bien réussir à faire extirper cet article du web). Elle travaille dans le conseil aux PME, la réputation est très importante pour elle. Son business repose sur une relation de confiance entre les intervenants et les clients. Elle est très présente sur le web. Elle y tient un site qui vante ses mérites (classique) avec des témoignages soigneusement selectionnés pour être dithyrambiques. Aucun intérêt. Allons voir sur la toile ce qu'on dit d'elle, pour se faire une opinion.

 

1 On trouve beaucoup de sites, forums, blogs, qui parlent de l'entreprise X en des termes manifestement complaisants : descriptifs de l'activité, des résultats obtenus par les clients, d'évènements heureux comme une levée de fonds en Bourse. Autant de sujets qui ne sont que la reprise sans distance d'informations venant de l'entreprise X elle-même. Bref c'est de la com'. Crédibilité ?

 

2 Les forums devraient en dire plus. Qu'écrivent les internautes ?...Et bien pas grand chose. Ou plutot si. On repère immédiatement des messsages bidonnés : à l'évidence il s'agit de membres du staff qui se font passer pour des clients afin de chanter les louanges de l'entreprise. A quoi on le voit ? Par exemple : le pseudo impossible. On ne peut pas s'appeller Francis ou Jean sur le net, il y a trop de monde, le pseudo serait refusé par n'importe quel site d'identification. Sauf s'il est bidon et qu'il ne sert qu'une fois. Egalement : l'absence totale de fautes d'orthographes et de fautes de frappe. A part les professionnels de la com', personne ne fait ça. Et enfin l'insistance lourdingue pour que les internautesaillent visiter le site de l'entreprise. De la grosse ficelle.  Et les commentaires critiques ? Il n'y en a presque pas. Mais en lisant la succession des échanges on s'aperçoit qu'il y en a eu. Ils ont été retirés. Donc on sait que ce forum est sous surveillance et sous influence. Censuré, quoi. 

 

3 Enfin on devrait trouver des mentions dans la presse. Il a bien du se passer des choses dans cette entreprise. Tiens par exemple, il y aurait eu un procès perdu en début d'année, on clique...impossible, le document a disparu, le ménage a été fait. Et un problème avec des partenaires. La dernière version du logiciel qui était largement bugguée... Vrai? Faux? Une fois, deux fois, trois fois on trouve des mentions de documents et chaque fois le lien a été supprimé. On ne saura rien. 

 

Voilà donc une e-réputation parfaitement maîtrisée. Rien ne dépasse. Seuls ont le droit de vivre les contenus favorables à l'entreprise X. C'est le web version chinoise. Ce qui soulève au moins deux problèmes.

 

1 Beaumarchais : « sans la liberté de blâmer il n'est pas d'éloge flatteur ». Aucun contenu positif n'a de crédibilité si aucune critique n'est possible. Donc ici: aucun contenu n'a de crédibilité. 

 

2 L'image qui se dégage de l'entreprise X est : sincérité = 0, prise de risques = 0, capacité de dialogue = 0, capacité à reconnaître ses erreurs = 0. 

 

D'où la question : est-ce bien raisonnable de vouloir tout contrôler ? Est-ce que l'image qui se dégage d'une communication entièrement verrouillée n'est pas pire encore que celle d'une entreprise qui accepte la critique ?

 

Au temps de l'écologie de l'information, verrouiller les échanges, c'est tuer l'écosystème. C'est d'ailleurs l'impression que donne la communicaiton de l'entreprise X, celle d'un système mort. Soviétisé.  

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication d'entreprise - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Vendredi 3 juin 2011 5 03 /06 /Juin /2011 17:54

 

 

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Le problème est vieux comme le monde. Chaque individu devrait être en compétition totale contre chaque autre pour l’accès à la sexualité, aux ressources alimentaires; aux lieux de vie les plus favorables. A terme, cette lutte se révélerait destructrice pour l’ensemble de l’espèce. Au lieu de cela, l’homme est devenu un animal social. Le groupe organisé est plus fort que la somme de ses parties pour se défendre, chasser, se développer, se déplacer. La rivalité entre les individus n’y est pas absente, les pus forts jouent un rôle dominant, mais  elle est régulée, par exemple par le décalogue. Il s’agit de trouve le bon équilibre entre l’émulation qui pousse chacun à se dépasser, et l’équité qui fait que chacun retire suffisamment de sa participation au groupe pour continuer de jouer le jeu.

 

Compétion, coopération, dans le monde de l’entreprise, il n’est pas sûr que cet équilibre soit encore satisfaisant. 

1. La concurrence féroce entre les entreprise conduit à des parties qui se jouent à l’échelle mondiale et qui produisent des dégâts locaux considérables : destruction d’activités, délocalisations, désertifications. A d’autres endroits : consommation effrénée, développement extravagant qui conduit à peser sur les ressources de la planète davantage que ce qu’elle peut fournir.

 

2 . A l’intérieur des entreprises : rivalité entre le capital et le travail au détriment de ce dernier. Mais surtout autonomisation du jeu du capital qui en finit presque par considérer le travail comme un adversaire plombant ses capacités de profit. Le capital se met à jouer alors en solo, la rentabilité financière devient son enjeu et non plus le développement de l’entreprise.

 

3. A l’intérieur des organisations, la compétition règne aussi dans les déroulements de carrière. La structure en pyramide fait que plus les places sont rares, plus il faut se battre pour y accéder, mais surtout : plus il faut éliminer de rivaux. D’où les guerres internes, les logiques de territoires, de renforcement d’influence. Combien d'énergie est ainsi gaspillée qui serait bien mieux utilisée à développer l’entreprise et à l’aider à se battre sur les marchés concurrentiels, bref à jouer collectif. Il suffit de regarder les jeux poiliticiens pour voir comment une organisation peut être absorbée par les jeux de pouvoir au point de perdre de vue sa finalité.  Si un dizième seulement de cette énergie était consacré à ce pour quoi elle sont faites : améliorer la vie des gens?  

 

Comment fonctionnent ces jeux de compétition-coopération? Avant de revenir sur l’entreprise et plus particulièrement sur la communication regardons trois types de jeux.

 

Jeu de non-coopération : le Loto. 

Aucune coopération entre les joueurs, chacun est isolé. Rivalité totale. Presque tous les joueurs seront perdants. S’ils veulent maximaliser leurs gains, les gagnants ont intérêt à être le moins nombreux possible et à ce que les perdants soient le plus nombreux possible pour gonfler la cagnotte. Et c’est un jeu à somme négative. Les gains sont inférieurs à ce qui a été encaissé. Au passage, l’Etat s’est servi  d’environ 30% de la mise, et finalement seuls 50,9 % sont distribués, le reste va à la Française Des Jeux. Le système ne produit pas de richesse, il en absorbe.

 

Jeu de coopération : Fort Boyard

Une équipe de joueurs doit subir des épreuves dans un fort au large de La Rochelle. Pour chacune d’entre elles il choisit son meilleur champion, l’encourage et l’aide. Le score final dépend du succès et de la stratégie du groupe. On gagne ensemble. Plus  ou moins. Il n’y a pas de perdant. C’est un jeu à somme positive. 

 

Jeu de compétition-coopération : le jeu de billes. 

A l'échelle des deux joueurs il y a un gagnant et un perdant mais pas à l’échelle de la cour de récréation. Les joueurs se choisissent, il faut donc qu’ils soient acceptés. Un joueur qui gagne à tous  les coups sera refusé par tous les autres et se retrouvera tout seul. Pour continuer de jouer il faut raisonnablement gagner et perdre. Il y a donc une régulation de l’ensemble une écologie de la cour de récréation qui gère les ressources de manière acceptable pour tous. C’est une jeu dont la somme ne peut pas être négative (quelques billes se perdent bien dans la caniveau mais pas plus).  Elle est nulle, à ressources constantes. Ou positive, si on rajoute de temps en temps des billes dans le système. 

 

 

Les jeux de compétition -coopération en communication. Deux exemples.

 

ONLYLYON, la marque de Lyon

Avant 2006 quand la ville cherchait à se vendre à l’international, elle arrivait toutes bannières dehors. Il y en avait une pour la commune, une pour l’agglo, une pour le département, pour la région, pour le commerce, pour l’artisanat, pour l’Université, etc. Et chacun défendait ses propres couleurs. En communication, un tel système ne peut produire qu’une seule chose : du bruit. En acceptané bien plus qu’une marque : une synergie. Tout d’un coup la communication de Lyon devenait visible (audible). Mais surtout, les acteurs étaient  mobilisés dans la même direction et cent fois plus efficaces. Souvent, ils continuent d’être concurrents dans la vie de tous les jours. Mais sous les couleurs d’ONLYLYON ils jouent collectif et cela change tout. La communication fonctionne parce qu’elle est en prise directe avec le réel. Sinon la bannière toute seule ne servirait à rien.

 

JUMP, l’agence métis

Le second exemple est emprunté à Michel Hébert. Au sein de l’agence de communication Jump il a mis en place une organisation qui se revendique “métis”. Les règle sy sont le décloisonnement et la transversalité. Les différents départements : Relations Presse, Publicité, Design, Communication Institutionnelle, etc, ne sont pas en concurrence les uns avec les autres, la gestion est globalisée, aucun n’a un intérêt à prendre le pas sur l’autre. C’est ensemble que les stratégies sont réfléchies dans l’intérêt de “la marque”. Une volonté : croiser les expertises. D’autres entreprises fonctionnent aussi sur des modèles décloisonnants qui mobilise les énergies sur l’activité utile plutôt que sur les enjeux internes:  Bio-Mérieux, les start- up. Une caractéristique  commune : elles sont plus créatives, plus performantes. 

 

 

Les jeux de compétition-coopération permettait de remobiliser les ressources de l’entreprise au service de son projet plutôt qu’à celui de la compétition.  Ils n’empêchent pas la compétition, ils la régulent, dirigent ses forces vers un but. 

 

Pierre Gandonnière

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication d'entreprise - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Mardi 31 mai 2011 2 31 /05 /Mai /2011 09:28

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Mais alors, si c’est imprévisible, on ne peut pas en faire une stratégie? Si, répond Michel Hébert, ça s’appelle de l’opportunisme. Pour son quatrième ouvrage, il pousse le bouchon un peu loin, Michel. Un constat : le monde bouge de plus en plus vite. Ben si cétait pour dire ça! Oui, mais c’est plus grave qu’on ne pensait. Il n’y a plus de place de leader incontesté, de position dominante. On ne respecte plus rien, les vaches sacrées, on les mange. Des outsiders arrivent de partout armés jusqu’au dents d’idées farfelues qui marchent. Ils viennent tailler des croupières aux statues antiques. Ce n’est pas la guerre économique, c’est la guérilla généralisée, ça canarde dans tous les sens. Et alors ? Le problème, c’est que les outils qu’on connaissait ne fonctionnent plus. Le marketing s’appuie sur des théories “datant des années 50”. On lance des études approfondies et onéreuses, on en déduit des stratégies réfléchies et pertinentes, qu’on décline ensuite en objectifs et plans d’action. Et le temps qu’on ait fini tout cela, le monde a tourné douze fois sur lui-même et changé trois fois d’orbite. C'est déjà trop tard.

 

La communication ne va pas mieux. Elle est restée bloquée sur les années 80 à l’époque où les vaches, à défaut d’être sacrées, étaient quand même grasses. Mais ça ne marche plus non plus, la publicité perd ses plumes. Le public s'est fait défiant, infidèle, avisé. Imprévisible. “Le monde est imprévisible”, professe Michel Hébert, et c’est à cette imprévisibilité qu’il faut s’adapter. Avec un marketing bâti sur des hypothèses plutôt que sur des certitudes. Avec des stratégies opportunistes capables de réagir dans l’instant, de saisir la bonne occasion au moment où elle passe. Construite sur du court terme autant que sur du long terme. Avec une approche complètement dé-standardisée, relocalisée, au plus près du consommateur, seule capable de restaurer une relation de confiance entre lui et la marque.  Une approche beaucoup plus intuitive, plus souple, plus réactive, fondée sur une démarche d’expérimentation, (largement dans l’esprit des stratégies chemin faisant de Marie-José Avenier). On essaie en réel, on corrige au fur et à mesure.

Et pour la communication? Michel Hébert plaide pour une véritable révolution culturelle, à l’instar de celle qu’il a conduite à l’agence Jump, décloisonnement total des métiers, fusion des branches, ouverture et métissage. Michel Hébert liste une série de réussites d’aujourdui : Twitter, Google, H&M...Aucune n’a respecté les modèles canoniques. Toutes sont le fruit de “fous audacieux”. 

   Voir aussi "Critique du Marketing de l'imprévisible "

Pierre Gandonnière

 

Michel Hebert : “Le marketing et la communication face à l’imprévisible -mobilité, réactivité, adaptation”, L’Harmattan, 2011.


Ouvrages précédents du même auteur

 

“Raisonner métis” Editions Maxima, 2008.

Petit manuel de métissage qui plaide pour le mélange des cultures, le décloisonnement dans les entreprises et pour “l’incohérence intelligente”

 

“Les 10 nouveaux défis majeurs pour le marketing et la communication” Editions Maxima, 2004

Bases d’un nouveau marketing plus souple. On y trouve des modèles d’organisation de la transversalité et un schéma structurel d’une démarche de communication en “pyramide inversée”.

Et surtout : "La publicité est-elle toujours l'arme absolue", Ed Liaisons 1994. 

La plupart des livres sur la communcation sont périmés au bout de 5 ans. Quinze ans après sa parution, celui-ci est encore plus actuel. Il explique pourquoi la publicité devient de moins en moins efficace et appelle à remettre à plat la communication d'entreprise

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication d'entreprise - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 08:05

 

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Bien sûr, il ne s’agit pas ici de sciences de la nature, mais d’écologie de l'information. Elle  offre ici des outils pour répondre à ces 3 impératifs soulignés par Michel Hébert : mobilité, réactivité, adaptation. Quand un système ne sait plus s’adapter, il sèche sur place, il devient un monument, une pyramide. Ceux qui s’adaptent sont ceux qui s’ouvrent qui acceptent de se laisser transformer, déformer, réformer, informer. L’information, c’est la nourriture du système, il lui donne sa matière et son énergie. Sa vie. 

 

Mobilité ? Ca manque d’abeilles ! 

Une organisation où tout chose est bien à sa place, où rien ne circule sans autorisation et uniquement sur  les routes autorisées, n’échange guère que des informations mortes. Ou lyophilisées. Aseptisées. Certes, tout y est bien rangé, mais quoi de mieux rangé qu’un cimetière militaire ! Vive les fleurs sauvages, les chemins de traverse, les jardins de curés. Et les abeilles. Qui bourdonnent, passent d’une fleur à l’autre, butinent, sautent les haies. Pas d’abeilles, pas de miel. Il faut faire entrer les ruches dans l’entreprise. Pour accélérer la pollénisation intérieure et extérieure.

 

Réactivité : les réseaux pensants ! 

Ce n’est pas seulement un système technique, un réseau. C’est un ensemble de gens (ordinateurs?) connectés qui partagent de l’intelligence. Il y a toujours quelqu’un qui sait, quelqu’un qui a l’idée. Surtout, quelqu’un qui prend LA décision et qui FAIT. S’il devait suivre à toutes les liges hiérarchiques qu’on impose en entreprise, il se trouverait toujours quelq’un pour dire : ton idée n’est pas bonne. La réactivité, c’est Droppy à la puissance Nike :   “You know what? Just do it”. Le fils d’Adam ont drôlement intérêt à s’y mettre dare dare, à la culture réseau. Les ordinateurs n’attendent pas. En 2020 est prévue le petite singularité, le moment où l’intelligence d’un computeur  dépassera définitivement l’intelligence d’un homme. Juste avant la grande singularité, pour 2040, quand l’intelligence artificielle dépassera l’intelligence de l’humanité (d’après Ray Kurzweil). Que voudra dire alors “ intelligence” ?

 

Adaptation, une affaire d’écosystème

Les organisations sont faites pour tourner en boucle autour de leurs cercles de pouvoir, comités de direction, groupes de pilotages, services, départements, branche, filiales. Difficile de faire entrer du nouveau là-dedans. Surtout du petit nouveau, du “qui vient pas du sérail”. L’entreprise traditionnelle a été bâtie sur un modèle qui date du Second Empire. Elle est un empire. A l’époque, elle ressemblait au monde extérieur. Mais aujourd’hui ? Celles qui réussissent sont les “maisons à énergie positive”. Celles dont l'intérieur ressemble à l'extérieur. Qui ont su trouver le meilleur équilibre des échanges elles et leur environnement. Celles dont les écosystèmes fonctionnent bien.  

 

 

Deux clefs pour surfer sur l’imprévisible :

 

1.Changer “la communication”, contre “l’écologie de  l’information”. 

On ne peut pas changer la communication sans changer le mode de fonctionnement des organisations, à commencer, bien sûr, par les boîtes de communication. Les entreprises de l'intelligence et de l’innovation ne peuvent pas fonctionner sur un modèle “d’Organisation Scientifique du Travail”.  L’écologie fournit les outils pour comprendre et pour agir . Par exemple la notion de guerre ou de guérilla économique peut être dépassée par le principe de compétition-coopération. On ne cherche pas à détruire les autres concurrents un par un jusqu’à rester le seul...empereur du cimetière. On entre dans un jeu fait de rivalité ET de collaboration, où l’intérêt individuel n’efface pas l’interêt collectif mais où ils se renforcent l’un par l’autre. Comprendre et agir dans des domaines comme : la communication relationnelle, le community management, les réseaux sociaux verticaux, les médias interractifs, les nouveaux territoires virtuels, la culture de la diversité. L’écologie de l’information permet d’agir sur les processus plutôt que d’essayer d’imposer un résultat. 

 

2 Entrer dans la complexité.

Ce n’est pas difficile, c’est juste un peu déroutant. On ne peut pas comprendre ce monde complexe avec des modèles simple. Par exemple dans la complexité, on peut être ici ET ailleurs comme avec les smartphones et l’informatique nomade. Il n’y a pas de principe de non-contradiction. Une chose peut être vraie et son contraire aussi. Voilà pourquoi contredire tel ou tel point du livre de Michel Hébert ne veut pas forcément dire être en désaccord avec lui. Cela veut dire faire exister à coté de son idée une contradiction, donc créer une dynamique. Comme à propos du temps. Bien sûr qu’il faut être performant sur le temps court. Mais dans le même temps (justement !), il faut reconstituer le temps long, la durée, le passé et le futur,  la projection dans le temps et donc pourquoi pas : la science-fiction. Ce qu’il ne faut pas c’est choisir entre les deux, le court et le long. Entre ici et ailleurs. Entre le local et le global. Entre l’individuel et le collectif. Sinon, en effet, on n’a plus le choix qu’entre “trop tôt” et “trop tard”. 

 

Pierre Gandonnière

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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 22:08
"La Communication au temps des réseaux " est  téléchargeable ici (Word)
1ère Partie  : les malheurs de la Pub

Y'a-t-il une vie après la publicité? Il faut l'espérer car elle va mourir. Du moins sous sa forme actuelle.  La communication d'entreprise n'aura même pas le temps de la pleurer, elle se sera déjà jetée dans les bras d'un autre, de plusieurs autres, même. Ce n'est pas la première révolution que connaît la communication  commerciale. Dans les années 20, Marcel Bleustein-Blanchet la fait passer de la réclame à la publicité. Il invente la scénarisation, les gimmicks, les ritournelles qui vont avec la radio ludique qu'il est en train de créer, Radio Cité. Il crée la forme qui va avec le nouveau média dominant : la radio. A la fin des trente glorieuses, Séguéla se fait le chantre d'une nouvelle forme de publicité. On est sorti d'un marché d'équipement  pour aller vers un marché de renouvellement. Il ne s'agit plus de dire : je suis un nouveau produit, un Frigidaire,  achetez-moi. Mais : je suis mieux que votre ancien modèle, remplacez-le. On est entré dans l'ère de la séduction publicitaire. Le Rire, le Rêve,le Risque, telle est la sainte trinité vue par le nouveau pape. Il faut faire aimer la pub, la faire accepter après Mai 68 qui a tant décrié la société de consommation. La faire percevoir comme une création à part entière, une activité pseudo artistique, un divertissement comme un autre pour le public. Le Nuit des Publivores réunit d'ailleurs tous ses afficion-ados mal grandis qui continuent de l'aimer candidement. Séguéla, c'est l'ère de la TV dominante. L'arrivée de l'internet est-elle une simple évolution d'adaptation au même titre que les précédentes ? Non. Pour la comprendre, il faut revenir avant le temps de la publicité, avant  la réclame, revenir avant même son ancêtre : l'annonce dans les journaux, avant les journaux.

Jusqu'au XIX ème siècle, on ne parlait pas d'image de marque, mais de réputation. Un producteur, maître artisan, était connu et reconnu pour la qualité de son travail. Il fallait plusieurs années, voire plusieurs générations, pour se constituer une telle réputation, bonne ou mauvaise, ou plutôt : pour que cette réputation se constitue, car on n'en était que l'objet, pas le sujet. La renommée se propageait à travers deux réseaux. Celui des pairs, des professionnels, des corporations (avant la Loi Le Chapelier, mars 1791).  Le Tour de France des Compagnons y jouait un rôle déterminant puisque l'information circulait essentiellement à dos d'homme. Le second réseau était déterminé par la clientèle, il se structurait selon les clivages de la société de l'époque, il en reproduisait les classes sociales. Il valait mieux être fournisseur du roi que du bailli. Elle pouvait s'entendre géographiquement jusqu'aux portes de la ville, dans tout le royaume, ou jusqu'à la cour de Russie.
L'arrivée de  la presse populaire de masse au XIXème siècle, puis des mass médias au XXème, va ruiner ce système des réputations  construites « naturellement ». Désormais, par une simple annonce parue dans un journal, un producteur peut se faire connaître instantanément du public, bien davantage et plus largement qu'un simple artisan qui aurait mis des années à construire sa notoriété. Pire, la notoriété vient supplanter la réputation. Or, elle est vide de sens, sans contenu. Pire encore, dans le système de réputation, ce sont les autres qui disent ce que je suis, qui évoluent mes qualités selon des critères qui sont les leurs. Avec l'annonce, il chante lui-même ses propres mérite. Les artisans de l'époque vivent très mal ce qu'ils prennent pour une véritable mystification. Pour eux, cette forme de communication est une imposture. Elle falsifie la relation entre producteur et consommateur. C'est déjà la porte ouverte à la publicité, y compris dans ses formes les plus pernicieuses et trompeuses.

Les mass médias vont renforcer encore l'impact de la publicité, d'abord avec la radio, qui lui apporte l'impression de proximité que donne la voix humaine, puis la télévision qui dominera le jeu grâce à la force de l'image.  Les 7 forces de la publicité sont en train de devenir ses 7 faiblesses.

Le public est traité comme une cible. La commucation est unidirectionnelle. On adresse un message à des interlocuteurs qui n'ont pour toute réponse que l'acte d'achat ou non. Le terme de cible indique d'ailleurs que les récepteurs ne sont que zones à bombarder de messages, c'est du vocabulaire militaire, celui qu'on utilise pour les frappes « chirurgicales ». Le public est réduit à sa dimension de consommateur, aux seules caractéristiques susceptibles de déclencher un acte d'achat. Tout l'enjeu de la publicité est de produire cet effet. Pour y parvenir, elle fait appel aux besoins primaires et les détourne de leur fonction. Elle cherche à descendre le seuil de conscience de ses cibles le plus près possible du niveau purement instinctif, réflexe.

2
La force de la publicité repose sur la force des médias. Ceux du XXème siècle vont grandement servir servir ses intérêts. Ce sont des médias de diffusion avec une source unique qui arrose une cible de masse avec des messages standardisés. Le dispositif médiatique comme le contenu qu'il véhicule sont destinés à induire et à entretenir cette relation de dépendance passive (voir Le Vertige du Miroir). La consommation de masse va donc aves les médias de masse, la massification des messages et donc leur standardisation, qui correspond à la standardisation des produits industriels. On n'adapte pas les produits aux attentes du public, on adapte les goûts du public à ce que l'industrie est capable de produire en masse. La publicité est chargée de ce travail.

3
Les règles du jeu sont devenues hétéronormées. Dans l'ancien système, le jeu des réputations se construisait sur relation directe entre producteurs et consommateurs : production de qualité → reconnaissance de la qualité de la production. Dans le système communicationnelle, la réputation n'est pas corrélée à la qualité ni à la satisfaction qu'on en retire, mais à la force de la pression médiatique. Le jeu est aux mains de professionnels de l'intermédiaire. Leurs productions médiatiques se sont autonomisées, elles répondent à leurs propres règles et modes de fonctionnement qu'ils imposent aux producteurs économiques, mais aussi politiques et sociaux. Le jeu échappe aux acteurs réels, ceux qui sont concernés directement par la communication, il est aux mains des médias. Les acteurs sont devenus objets de la communication dont ils sont supposés étre les sujets. C'est ce qui explique les distorsions et les conflits entre l'image médiatique construite et la réalité.


4
La communication publicitaire est  soumise à la  domination du marketing. Celi-ci prétend représenter les besoins des clients-consommateurs. Or il n'en connaît au mieux que les mesures qu'il en fait. Et encore ! Faudrait-il en effet que les besoins pré-existent à leur prétendue révélation par le marketing, ce qui n'est vrai, au mieux,  que pour les marchés de renouvellement.  Le marketing ne peut mesurer ce qui est en train d'émerger, ce qui va emerger, ce qui est à inventer, c'est à dire qu'il ne sait rien des marchés à conquérir, il n'aide pas à voir l'avenir, il n'est qu'un rétroviseur. Il gouverne les suiveurs, pas les pionniers. Comme les sondages d'opinion, il mesure beaucoup moins  les attentes du public qu'il ne la fabrique en produisant des modèles et en les rendant publics.  Là où la communication pub est un détournement de la représentation du producteur ou de ses produits, le marketing est un détournement de la représentation du consommateur et de ses besoins.

5
Sous prétexte d'efficacité, la publicité réduit toute communication à une formule abrupte de type : USP (Unique Selling  Proposal) : avantage distinctif qui fait vendre. Il s'agit d'appuyer sur un levier unique qui serait LA motivation d'achat. Un seul. Car proclame-t-on, "aucune annonce n'est assez grande pour contenir deux messages". Et cet avantage doit être distinctif, il doit permettre de se démarquer de la concurrence, de la supplanter, fut-ce en faisant appel à des qualités purement imaginaires. La publicité va jouer un rôle déterminant pour faire apparaître des différences d'image entre des produits standardisés que rien de permettrait de distinguer sinon. La rhétorique professée par Madison Avenue, La Mecque de la pub, repose sur une équation binaire : promesse/support de promesse.  Tel médicament supprime le mal de tête rapidement grâce à l'ibuprofène. A peu près personne ne sait ce qu'est l'ibuprofène et bien peu seraient capables de l'orthographier, mais la formule marche quand même. La logique apparente d l'argumentation n'est donc que pure illusion. Tout fonctionne dans l'imaginaire. En fait, l'argument "ibuprofène" joue le rôle d'une formule magique.


6
D'autorité, la communication a remplacé l'information, décidant que seuls devaient être rendus publics les aspects du message qui servent les intérêts commerciaux de l'annonceur, et encore, sous une forme euphorisante. Elle a décide que le consommateur n'avait pas à être informé sur le produit qu'il achète. Mais qu'en est-il réellement des besoins du client? Cette forme de communication onirique et hyperbolique correspond-elle à ce qu'il souhaite? On ne le saura jamais. Une pub chasse l'autre, il n'a même pas le temps de se poser la question. Toutefois, à y regarder de près, la tendance ne va pas du tout dans le sens de la publicité, du moins du côté consommateur. C'est sous la pression des organisations que les étiquettes s'enrichissent d'année en année, d'informations réclamées par les consommateurs, au grand dam des publicitaires qui trouvent que cela ne fait pas très glamour et  s'intègre difficilement au design de leurs packaging. Toutes les informations qui sont aujourd'hui portées à sa connaissance sur les étiquettes ont été arrachées de haute lutte par la pression des consommateurs. Sous la pression du public encore que les pratiques de la publicité se "moralisent", qu'on revient sur les représentations d'hommes et de femmes idéalisés pour s'appuyer de plus en plus sur des acteurs qui ressemblent à "des vrais gens". Comme si peu à peu le vernis craquait. Et révélait qu'en matière de communication commerciale, les attentes du  public sont fortement en décalage par rapport à l'idée que s'en font les professionnels. 


7
Parvenus au sommet de son art, la publicité est désormais capable de vendre de l'image pure, elle se vend elle-même, elle fait la publicité de la publcité, le produit n'est plus qu'un prétexte, un produit dérivé du spectacle publicitaire. Cette déréalisation, cette fictionnalisation du réel, atteint aujourd'hui ses propres limites. Comme le monde journalistique a réussi à construire une réalité médiatique cohérente, qui fait écran au réel et s'en est largement autonomisé (voir La Construction médiatique de Vaulx-en-Velin), le monde publicitaire a construit une pseudo-réalité cohérente mais virtuelle où les représentations de produits et des entreprises se confrontent dans un ailleurs, un espace-temps médiatique qui obéit à ses propres règles.

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Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /Nov /2009 16:41
"La communication au temps des réseaux" est téléchargeable ici (Word)
2ème Partie : les cigales redeviennent fourmis

Les médias traditionnels ont instauré le pouvoir des médias. Pas le pouvoir qui réside dans le média lui-même mais le pouvoir qui s'exerce à travers le média. A commencer par le premier d'entre eux : le pouvoir de renvoyer au pouvoir, une image de sa toute puissance dans laquelle il aime se mirer. Le média, et principalement la télévision puisqu'ellle met en image le pouvoir, fonctione comme le miroir de la Reine, dans Blanche Neige. Et voici la pomme. L'internet n'est pas seulement un nouveau média qui prend la succession des plus anciens, pas seulement une révolution de palais dans le monde médiatique, un nouveau monarque chassant l'autre, pas seulement un réaménagement du système, c'est un changement du système lui-même. L'internet est le média des médias, le méta-média et même l'Archimédia dont un des principes s'énonce : "tout corps plongé dans l'internet devient de l'internet". Il aspire, engloutit, déconstruit, reconstruit tous les autres médias. Il bouleverse aussi les modes de production et de distribution, les modalités d'échanges. Il change les êtres et les choses, les entités, leurs identités, leurs contours, leurs géographies, leurs territoires. Là où la communication publicitaire s'appuyait sur des modèles à deux dimensions (source/cible), quand ce n'était pas une seule (cause → effet), dans l'internet on en compte 5, ce qui devrait donner en bonne logique 7 points cardinaux, au lieu de 4 sur une Terre plate.

1
On repasse de l'image à la réputation. Dans l'internet, ce que tu es parle plus fort que ce que je dis. Et les réputations se font par les pairs. Je ne peux pas m'autoproclamer héros ou héraut d'une cause si je ne suis pas accepté et reconnu comme tel par la communauté à laquelle je m'adresse. Fini le temps où il suffisait d'investir les médias de pouvoir et d'attendre qu'ils vous imposent. Frédéric Lefebvre en sait quelque chose, son profil twitter vient d'être exécuté proprement  par les internautes pour comportement indésirable. Ce n'est pas un hasard si l'on voit aujourd'hui autant de réactions hostiles  de petits marquis des médias traditionnels, habitués à la déférence qui y règne et  à la non-contradiction. Ils voudraient contrôler l'internet pour retrouver une partie du pouvoir illusoire qu'ils avaient dans les médias traditionnels. Il ne supportent pas l'irrespect  et la liberté qu'ils rencontrent sur le web et préféreraient le voir museler plutôt que de s'efforcer de gagner son respect. Ils ne supportent pas les contrepouvoirs. Il faudra bien qu'ils s'y habituent. Le clivage entre pouvoir et contrepouvoir est déjà dépassé. Et le règne du contrôle se finit. Vat-il mieux tenter de contrôler l'océan par des règles ou apprendre à naviguer dessus ?
La nouvelle communication va se construire par un jeu beaucoup plus équilibré entre image émise et image perçue, un jeu de co-construction où le public joue un rôle au moins à égalité. Le poids du média sera beaucoup moins fort, celui des artefacts publicitaires aussi. On devra rester plus proche de la réalité telle qu'elle fait consensus dans l'auditoire, dégonfler la réalité virtuelle construite par le système médiatico-publicitaire. La gestion de l'e-réputation demande une grande vigilance. Le contrôle n'est plus aux mains d'un seul, mais aux mains d'une communauté.  Il repose davantage sur l'usage,  l'ethique partagée que sur la réglementation. Respect envers soi-même, envers son public, et même envers ses concurrents.

2
Pathé Marconi est mort. Dans ses anciennes publicités, on voyait un chien tendre l'oreille et toute la tête avec, dans le pavillon d'un gramophone. La Voix de son Maître.  Mais la parole n'est plus univoque, ni sans appel. Il n'y a plus de maître. Chaque phrase est redevenue une « proposition » dont l'interlocuteur s'empare pour l'accueillir, la contester, la transformer, la détourner, la partager avec son réseau. Les « vérités » se construisent à plusieurs. Il devient très difficile de mentir, ou de tricher sur internet. Du moins  ne le fait-on pas impunément. Les grosses ficelles de la communication politique ou publicitaire font long feu. La puissance des communicants n'est rien au regard de celles des communautés. Tout acteur qui chercherait à s'imposer par la force engendrerait une poussée verticale inverse de même force, qui tendrait à le rejeter. Encore une application du principe d'Archimédia. Rien n 'est plus dangereux que de vouloir exercer un pouvoir pyramidal de domination. Cela marchait dans le monde d'avant, celui des médias à diffusion, c'est à dire à circulation unilatérale. Dans les médias interactifs, la base de la pyramide peut à tout instant faire sauter le sommet en renvoyant les tirs dans l'autre sens. Le pouvoir d'un seul est plus dangereux pour lui que pour les autres. Dans les réseaux, la communication ne peut être que communautaire.
La nouvelle communication repose sur l'équilibre, qui a quelque chose à voir avec l'harmonie. Avec la polyphonie plutôt que la Voix de Son Maître. Ce qu'on dit de moi compte autant que ce que j'en dis moi-même. Il s'agit de faire en sorte que tout cela résonne, trouve son point d'accord. Il va donc falloir que les entreprises acceptent que chacun puisse venir participer, jouer sa partition, y compris lorsque ce n'est pas agréable à l'oreille, comme les critiques. Plutôt que de chercher à les faire taire, les organisations devraient se rendre compte de toute la richesse qu'elles représentent, de toute la masse d'informations qu'elles recèlent sur les attentes du public. Il ne s'agit donc pas d'éliminer les voix discordantes mais au contraire d'écouter, et d'opérer les réglages nécessaires sur l'instrument pour que la musique trouve son harmonie. C'est évidemment difficile à accepter, il faut renoncer au désir de toute puissance, à la tentation d'imposer une image par la force médiatique, aller au contraire vers une image de compromis, la construction sans cesse remise en cause d'une image "réelle" prise entre une image voulue par l'acteur et une image ressentie par le public.

3
Les médias push sont down. Les médias pull sont up. Mais surtout les médias interactifs sont in, et c'est beaucoup mieux. Le pouvoir de TF1 reposait sur sa capacité à dominer un vaste auditoire et à lui imposer ses messages. Paradoxalement, pour que les messages s'imposent facilement, il faut qu'ils soient quasiment vides de contenu. Il faut simplement occuper le canal qui assure le lien de dépendance, le remplir avec du rien, de la junk food. Il ne faut pas que quelque chose puisse déclencher une quelconque réaction chez le récepteur. Dans un média  de type communautaire, aucun acteur ne s'accapare le rôle de producteur exclusif, aucun n'a le pouvoir de réduire l'autre à un simple rôle passif de récepteur, de lecteur, ou de spectateur. Communiquer suppose de prendre en compte l'écosystème dans lequel on se situe, On Line comme IRL. Chercher à y occuper une place qui soit acceptée. Jouer un rôle dans le système d'échanges qui paraisse équitable à tous les autres acteurs. Prendre en compte leurs attentes, s'y adapter, y répondre. La moindre tentative de prise de contrôle, de manipulation ou de falsification,  s'expose à être immédiatement sanctionnée. Tout est média. On ne communique plus avec des "chargés de com", mais à travers des écosystèmes communicants ou de geekoms. Chaque acteur est tour à tour producteur, consommateur, transformateur, diffuseur, destructeur. L'acteur communicant va devoir se décentrer, s'investir, s'immerger dans les mondes où il veut exister. Il n'y jouera pas seulement le rôle qu'il avait l'intention de jouer mais aussi celui qu'on attend de lui.


4
Le commerce viendra plus tard. Non pas que la raison économique n'ait plus lieu d'être. Au contraire, toute entreprise doit trouver son modèle économique si elle veut survivre. Mais l'intention immédiatement commerciale, la recherche du profit immédiat, l'intéressement trop flagrant sont perçus négativement sur les réseaux. La règle est au contraire : il faut donner pour recevoir. La où la publicité affiche des intentions ouvertement mercantiles, les relations sur internet reposent sur un juste équilibre entre le gratuit et le payant (d'où l'absurdité de la Loi Hadopi). Beaucoup des propositions des acteurs sont désintéressées, elles servent à constuire et à entretenir le réseau dans lequel on se trouve, à le nourrir. Il est donc naturel que chaque acteur consacre gratuitement une partie de son énergie et de son travail à  la communauté, d'autant qu'il bénéficie lui aussi de ce que la communauté met à sa disposition, gratuitement. Dans la nouvelle communication d'entreprise, la communauté est sollicitée, elle a ses propres systèmes d'échanges et de production de contenus, indépendamment des acteurs économiques qui la soutiennent. Il est donc indispensable que les entreprises interviennent pour aider et soutenir ces réseaux, ces communautés qui leur sont liées, gratuitement, sans chercher à se les approprier. La rentabilité de l'opération viendra en son temps, comme conséquence directe de cette implication des acteurs économiques. Elle ne peut pas être un préalable.

5
L'interne et l'externe vont s'interpénétrer. Dans le schéma classique des organisations, les communications interne et externe sont distinctes, elle relèvent de services, et souvent de directions, différents. Et pourtant on leur demande d'être en bonne intelligence. Mais dans les réseaux, intérieur et extérieur se mêlent (voir Systèmes  et Réseaux). Les services de communication vont donc être conduits à se trouver de nouvelles formes d'organisation, peut-être même n'y aura-t-il plus de « services de communication » au sens strict. Mais des écosystèmes jouant un rôle dans la communication, des communautés internes et externes, avec des acteurs internes pouvant intervenir sur des communauté tournées vers l'extérieur et inversement.  Ce ne sera pas sans conséquences sur l'organisation structurelle de l'ensemble de l'entreprise, par exemple l'effacement des frontières hiérarchiques et fonctionnelles. Les modalités de  la communication vont s'en trouver sensiblement bouleversées. L'exigence de transparence venue de l'extérieur va se manifester en interne, les libertés d'expression, les régimes de vérité, les marges d'autonomie des acteurs vont bien devoir s'harmoniser entre interne et externe. La démocratie ne pourra plus s'arrêter aux frontières de l'entreprise, même si les entreprises n'en deviennent pas des démocraties. Autant dire que les méthodes de management des gestionnaires n'ont pas fini de vole en éclat.

6
Nous n'avons pas les mêmes valeurs. Dans le régime des médias traditionnels, le producteur à fort pouvoir communiquant imposait ses propres valeurs à un public, en fonction de ce qu'il cryait en connaître par ses « études de marché ». Dans le monde des réseaux, on n'impose pas, on propose. Nul ne peut communiquer s'il ne prend en compte les communautés. Ce ne sont plus les valeurs du producteur qui sont dominantes. Ce sont celles des communautés qui vont finir par s'imposer. Et on n'a pas fini d'être surpris. Les consommateurs veulent savoir ce qu'on leur vend. Leurs exigences d'information, de transparence et de traçabilité viennnent heurter de plein fouet les belles images idéalisées dont se contentent les publicitaires. La communication d'entreprise va devoir s'orienter davantage vers l'écoute du public et la recherche de réponses adaptées à ses demandes, plutôt que vers la création publicitaire onirique au service d'une entreprise de séduction. Et ce n'est qu'un début. L'échelle des valeurs dans le grand public se transforme profondément sous les coups des crises économiques et écologiques. Le développement durable, le commerce équitable sont deux des valeurs montantes de ce siècle. Elles se traduisent par des exigences de nouvelles façons de produire et de consommer. Il serait bien surprenant qu'elles ne se manifestent pas aussi par le demande d'une nouvelle façon de communiquer. Que serait par exemple une « communication équitable »?

7
Les divas de la pub, c'est fini. Les grands gourous qui modélisaient  leurs clients à leur image, ceux qui dictaient leur loi sur ce qu'il fallait dire, comment le dire et à qui. Les oracles, les haruspices qui ne pouvaient se regarder sans rire. Plus de recettes-miracles pour multiplier les pains ou pour marcher sur l'eau, la communication va redevenir ordinaire, humaine. Cela ne veut pas dire qu'elle n'aura plus besoin de professionnels, mais ils joueront un autre rôle, de médiateur, d'intermédiaire entre le client et le public, au service de l'un et de l'autre. D'écoute. De construction de réseau. De veilleur. De chercheur et d'agrégateur de contenu. De community manager. Un travail sans doute plus modeste, moins éclatant. Plus utile. Au service autant des acteurs économiques que des communautés et des réseaux. Une place qui soit à la fois dedans et dehors, c'est à dire une vraie place de médiateur. Les communicants de demain (c'est à dire d'aujourd'hui) sont appelés à devenir le média. Encore faut-il qu'ils réinventent complètement leurs modes d'intervention et leurs modèles de pensée. Ces méthodologies ne pré-existent pas, elles sont à co-construire chemin faisant avec les publics concernés et avec les communautés professionnelles qui sont à l'oeuvre.Et c'est affaire d'écologie.
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