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Communiquer en écosystème

Les dictatures rampantes du web

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Trois fois que je me fais censurer un article sur Le Post. Dans la vraie vie (je suis journaliste depuis 2003) cela ne m’est jamais arrivé. Mon profil Facebook vient d’être déconnecté d’autorité, sans que je sache pourquoi et sans que je puisse exercer le moindre recours. Comme des milliers d’autres. L’internet espace de liberté ? Le mouvement en marche va exactement dans la sens inverse, celui de l’instauration progressive, sournoise, rampante, de véritables dictatures qui dépossèdent peu à peu les citoyens de leurs droits fondamentaux, sans qu’ils s’en émeuvent, sans qu’ils réagissent, tout occupés qu’ils sont à s’amuser avec leurs nouveaux jouets.

Qu’est-ce qu’une dictature? C’est le régime des diktat. Des décisions prises arbitrairement, sans que celui à qui elles s’appliquent ne puisse rien y faire, sans qu’il puisse s’y soustraire, sans qu’il puisse se défendre, sans qu’il puisse les faire changer. C’est un pouvoir aveugle.

Sur le web, pour bénéficier d’un service, tu dois accepter les CGU (conditions générales d’utilisations) qui sont imposées par le fournisseur. Elles n’ont fait l’objet d’aucun débat, d’aucune décision démocratique, elles ne sont pas faites dans ton intérêt mais dans celui du fournisseur. Tu ne peux rien négocier. Ni faire changer. Tu cliques.

 

Les systèmes sont gérés par des robots. Ce sont eux qui détectent, à partir de mots-clefs, ou “d’espions” qui surveillent votre activité et la comparent à des profils-types, que vous avez un “comportement déviant” et sanctionnent automatiquement, sans qu’il y ait instruction, accusation, défense, jugement. Sans qu’on sache de quoi on a bien pu se rendre coupable. Les robots vont de plus en plus loin dans le détail de la surveillance. Quand on fait une demande d’amis sur Facebook , on peut déclencher un masque “êtes-vous sûr de connaître cette personne?”. Il n’y a même pas de bouton pour répondre : oui. Le robot te conteste le droit d’entrer en contact avec des gens que tu connais peu ou pas, ce qu’on fait pourtant couramment dans la vraie vie, sans quoi on aurait les mêmes amis depuis l’école maternelle. Il t’empêche d’écrire dans des groupes où tout le monde s’est pourtant inscrit librement. Chaque message en nombre est soupçonné d’être une proposition commerciale. Et ça, ce n’est pas bien. Seul la maison-mère a le droit de faire du business. Et s’il est gratuit, c’est encore plus louche. D’une façon générale, plus tu es actif, plus tu es suspect.

 

Les humains qui gèrent le système sont eux-mêmes robotisés. Les gardiens, les veilleurs qui travaillent sur les sites ou plateformes, sont tellement soumis aux pressions de toutes sortes, qu’ils censurent à tout va plutôt que de risquer un problème juridique. C’est ainsi qu’un attaché de presse d’artiste a réussi à faire retirer un article du Post en menaçant de porter plainte. Celui qu’il avait au bout du fil n’avait jamais entendu parler de la liberté de la presse, de la Loi de 1881, de l’article XI de la déclaration des droits de l’homme ou du 1er amendement de la Constitution américaine. Il est vrai aussi que la menace juridique ne vient que d’un côté. Jamais un internaute n’a attaqué en justice en faisant valoir que la censure était une violation de ses droits. Ici, c’est le droit privé qui s’impose, celui des CGU. Les abus se multiplient. Il suffit que plusieurs personnes te dénoncent comme “abusif” et ton profil saute, automatiquement, sans procès. Il est donc facile à des groupes organisés de faire disparaître les profils ou les posts qui les dérangent. Et ils le font.


L’internet te voit. Et bien sûr, bonne pomme, tu te déshabilles devant sa glace ! Alors on t’invite à bien remplir ta fiche, c’est convivial, c’est sympathique. Naturellement, tu peux protéger ta vie privée en faisant en sorte que ces informations ne soient pas publiques. Peu importe, ce qui compte c’est que le système les ait, et tu viens de les lui donner. Et chaque fois que tul ances une nouvelle action, sur Google, sur Facebook tu déclenches de nouvelles informations sur toi, confidentielles, bien sûr. Il y a là tout ce qu’un fichier Edvige n’aurait jamais osé demander, même dans ses rêves les plus fous. Même tes préférences politiques et même si tu n’as pas répondu à la question, il suffit de regarder ton réseau relationnel pour savoir si tu es socialiste ou gay.


“Ce n’est pas une dictature, la preuve, vous pouvez partir quand vous voulez”. Réponse rencontrée sur des forums. C’est sûr, la porte est ouverte, mais elle donne sur rien, sur le vide. Est-ce qu’on peut quitter Google? Y a-t-il une alternative ? Et quand la bibliothèque mondiale sera en ligne la dépendance aura encore grimpé d’un cran. Et Facebook? A-t-il un équivalent? Je ne parle pas des réseaux pro comme Viadéo ou LikedIn, mais d’un réseau convivial de 500 millions d’habitants où sont tous ses amis? C’est bien justement parce qu’on ne peut pas leur échapper sauf à s’exclure du jeu qu’ils peuvent renforcer leur pouvoir librement et ronger tout doucement la liberté des autres à leur profit. D'ailleurs la question n'est pas de pouvoir partir quand on veut, mais d'être expulsé quand on ne veut pas. Demandez au roms....

Pierre Gandonnière

 

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