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L'Ecologie de l'Information

L'Ecologie de l'Information

L'information est ce qui transforme le monde


Pour ou Contre le journalisme participatif? Le CONTRE

Publié par Pierre Gandonnière sur 2 Janvier 2010, 11:57am

Catégories : #Médias


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La "boîte à meuh" de l'information
Donné il y a peu comme une révolution dans le monde de l'information, le journalisme citoyen accouche d'une souris. Et elle est grise. Peu de sites ont vraiment fait leurs preuves et le journalisme traditionnel, qui s'est cru un temps menacé, s'est aussitôt refermé comme une huître.
On allait voir ce qu'on allait voir. Armé de son smartphone, tout citoyen irait capturer des traces indicielles du réel, une vidéo, une image, un témoignage, et les mettrait en ligne sur Youtube ou Dailymotion. Aucun coin du monde ne serait désormais à l'abri du regard de l'information. Plus rien ne resterait dans l'ombre. Les angles morts étaient morts.
Il suffisait de suivre le mode d'emploi. Oh My News, Agoravox proposaient un kit mains libres de journalisme citoyen. Bondy Blog organisait des séminaires de formation à L'Ecole du Blog. Le journalisme n'avait qu'à bien se tenir...aux branches, pendant qu'on secouait l'arbre.
Qu'est-il devenu, ce nouveau journalisme quelques années plus tard? Pas grand chose. Il connaît le même destin que les radios "libres" dans les années 80. Elles devaient révolutionner les ondes, ouvrir des espaces nouveaux d'expression, faire entendre de nouvelles voix, donner enfin la parole à ceux que les médias traditonnels ignoraient...et quoi? Aujourd'hui d'un côté des réseaux purement commerciaux, de l'autre des radios associatives confidentielles et précaires. Tout ça pour ça! Est-ce le destin qui attend le journalisme "citoyen?"

Le webjournal du "Voleur"
Simple chambre d'écho, les journaux participatifs se contentent le plus souvent de ressasser à l'infini ce qui existe déjà sur la toile. Pendant ce temps là, le webjournalisme se déchire entre le canon à dépêches" et la recherche d'informations scoopantes, seules capables de faire vivre un support. Le journalisme participatif, lui, se moque de l'un comme de l'autre. Il se contente la plupart du temps de repiquer des infos sur des médias d'information, web, TV, print, radio. Il réinvente le Voleur, premier journal d'Emile de Girardin (1828). Le Post assume même complètement ce rôle. Il va jusqu'à conseiller ses posteurs pour éviter le "copié-collé" répréhensible par la Loi. Mais l'essentiel de la production du journalisme participatif consiste en commentaires d'actualité où l'opinion de l'auteur barbouille allègrement l'information d'origine. Comme une "boîte à meuh" il multiplie les échos de posts qui racontent à peu près tous la même chose sur les sujets qui buzzent. Bien malin qui peut retrouver au milieu de tout cela quoi que ce soit qui ressemble à une information fiable et vérifiée.

Ils n'ont rien appris
Il faut dire qu'on ne leur a rien enseigné. Il n'y a pas eu de transfert de savoir-faire du journalisme professionnel vers le journalisme amateur. Cela n'intéressait pas les professionnels encartés, ils y voyaient une concurrence dangereuse. Cela n'intéressait pas tellement les citoyens non plus, d'apprendre. Parce que c'est difficile et exigeant. Tout le contraire de ce qu'on cherche sur le net. On préfère cultiver ses propres croyances, ses propres fantasmes, ses propres représentations du monde, on préfère chercher uniquement des confirmations qu'on a bien raison de penser ce qu'on pense, plutôt que de se confronter au réel qui pourrait avoir la mauvaise idée de démentir. Soyons juste, le journaliste est soumis à la même tentation. Mais, normalement, il s'efforce de s'en détacher. Cela s'apprend.


Vive  la grande  déchetterie !
L'utopie du journalisme participatif a fortement dévalorisé l'activité de journalisme. Il a fait croire que n'importe qui pouvait le faire, qu'il n'y avait pas de règles, pas de méthode, pas d'éthique. Que l'opinion et les faits, c'était pareil, qu'un témoignage avait toujours valeur de vérité. Que toutes les traces indicielles du réel se valaient, même le mensonge, la falsification, la tricherie et l'erreur. Le net se présente comme un grande dépotoir où chacun publie n'importe quoi à égalité de légitimité. Le vrai et le faux se mêlent. Le sûr et le peut-être. Le fanstasme court toujours plus vite que la vérité. A ce jeu là l'information vérifiéee, qui est une tortue, ne gagne jamais la course. Le journalisme n'avait pas besoin de ça. Il est déjà déprécié par la précarité, par la remise en cause systématique de sa légitimité par les pouvoirs, par ses propres pratiques plus que jamais discutables. Journalisme vendu, journalisme vengeur, journalisme incompétent, menteur, tricheur, sensationnaliste, démagogique. Un métier tombé tellement bas qu'il ne restait plus qu'à rajouter la touche finale : le premier imbécile venu peut en faire autant. Tout juste bon à jeter aux équevilles.

Il n'y a pas eu de production nouvelle
C'est tout de même là-dessus qu'on attendait le journalisme participatif. On allait enfin avoir accès à des informations, des thématiques, des regards sur le monde que les médias traditionnels ne relaient pas, prisonniers de leurs formatages. La bonne vieille utopie : on nous cache tout, on nous dit rien, la vérité est ailleurs. Mais la réalité est impitoyable : il n'y a pas beaucoup d'ailleurs. Pas beaucoup d'informations nouvelles qui passeraient par le journalisme participatif alors qu'elles resteraient bloquées par le journalisme traditionnel. Un peu, mais pas beaucoup. Pour la plupart, les informations mises en ligne existaient déjà, militantes ou marginales, sur d'autres supports comme le papier, où elles ne trouvaient pas leur public non plus. Or sans audience, une information n'est rien, elle n'informe pas. Il n'existe pas, ou presque, de mine d'informations encore inexplorées qui n'attendrait que le piolet d'un prospecteur audacieux.

Le participatif ne marche pas
Encore une grossière illusion. Ce n'est pas parce qu'il existe des sites d'expression libre, des blogs, des forums, des commentaires ouverts, des réseaux sociaux, et des médias "citoyens", que l'on est entré dans l'interactif. Le participatif inventé par l'internet, le wiki, fonctionne pour des encyclopédies, de la gestion de bases de connaissances, des ouvrages complexes à vibrations basses. Pas pour l'information. Il est encore plus lourd et plus lent à mettre en oeuvre que les méthodes journalistiques. Sur Agoravox, la procédure de validation met tant de temps qu'elle donne son Imprimatur une fois que l'information n'intéresse plus personne, parce qu'elle est déjà sortie de l'actualité. Il n'y a dons pas réellement de co-production. Mais d'un côté des producteurs fous qui mettent en ligne sous le seul régime de leurs impulsions et de l'autre des consommateurs boulimiques qui se servent de leur souris comme d'une cuilllère à potage. Les uns courent après les autres, et plus ils courent vite, et plus ce après quoi ils courent n'est pas du journalisme (C'est fait exprès, cette dernière phrase est là pour obliger à ralentir)

Pas de ligne éditoriale à l'horizon
Chacun peut apporter son manger, c'est un pique-nique géant. Mais comme il n'y a pas d'organisateur, tout le monde arrive avec des entrées, ou bien tout le monde arrive avec des desserts. Il y aura 200 tartes aux pommes au menu. Ce qui fonde l'ossature d'un journal, c'est sa formule éditoriale, son projet qui définit quel champ de l'actualité il va couvrir et comment. C'est sa ligne directrice, on ne part pas dans tous les sens. Au contraire, le journalisme participatif est un vaste bric à brac. Il ne sait pas ce qu'il fait et il ne sait pas où il va. Aucun de ces journaux n'a réellement de formule identifiable pro-active et opposable. Or, sur le net, l'identité conditionne la survie.

Les négriers du bénévolat sont dans le colimateur
Pendant combien de temps les internautes vont-ils accepter de fournir gratuitement des contenus à des éditeurs qui font du business avec ? Soit on est dans le copyright, et les droits d'exploitation doivent être rémunérés. Soit on est dans le copyleft, on diffuse librement ce qu'on veut, mais sans exploitation commerciale. Vivre du travail gratuit des autres est une forme moderne d'esclavage, même s'il est consenti. Partout les contributeurs gratuits se découragent, sauf les indécourageables, ceux qui seraient devenus de toute manière militants....ou journalistes. On n'a donc rien gagné. Si le journalisme participatif ne trouve pas rapidement le moyen d'intéresser et de fidéliser des contributeurs réellement nouveaux, il est condamné à revenir toît ou tard à la case départ : celle d'un journalisme professionnel fait par des professionnels.


Pierre Gandonnière








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Cyrille 04/01/2010 14:04


(alors, me revoilà !)
Nous sommes d’accord sur le fond. Ce sont en effet, « les réalités économico-politiques » qui empêchent certains journalistes de bosser normalement. Néanmoins, ces « réalités » s’expriment aussi
parfois (mais pas que) par des pressions directes (il faut bien que ces pressions remontent d’une façon ou d’une autre).
Où je ne suis pas d’accord avec toi c’est sur le type d’information. Des journaux libres et indépendants sont plus que nécessaires aujourd’hui.
Qu’appelles-tu des « journaux populaires libres » ?
De mon point de vu, un journal libre et populaire est un journal qui, en grande parti, est financé par les lecteurs et ne dépend en aucun cas des annonceurs (économiquement). Malheureusement, la
logique libérale dans laquelle nous baignons rend très difficile la survie de ce type de presse.
Enfin, je ne pense pas que le Canard ou le Monde diplomatique soient des journaux marginaux. Pour le coup, je dirais plutôt populaire. Si être marginal est avoir une opinion libre de tout «
formatage » et de tout conditionnement alors, soyons tous marginaux !


08/01/2010 14:49


"Elitiste" serait plus exact que "marginaux". C'est du peuple dont il s'agit. L'élite se fout complètement  que l'information que l'information donnée au pueple soit de basse qualité, tant
qu'elle peut contineur d'avoir ses journaux. Toutes les dictatues, notamment en Afrique, tolèrent de sjournaus de type Canard Enchaine, tres libres,n mais qui ne tirent qu'à 500 exemplaires.


genevieve 04/01/2010 11:19


bien vu, Pierre. ces deux articles "pour" ou "contre" mettent en lumière la complexité du combat stérile entre les "experts-pro" et "l'individu lambda". Au delà de la sphère de l'information, tu
poses de façon plus vaste la question de la démocratie participative. ça s'applique aussi bien dans l'entreprise (est-ce que les salariés ont un mot à dire en matière de management), qu'au niveau
politique bien sûr. Et les réponses ne sont pas aussi binaires qu'on pourrait le penser. donc merci à toi!


Coton-Bonacchi 03/01/2010 14:55


Bonjour Pierre

Je trouve ton article très intéressant (Pour ou contre le journalisme participatif- Le CONTRE). Malheureusement c'est une suite inévitable à la logique de la course à l'audimat (aux résultats). Il
y a du boulot pour (re)-donner confiance à la population au journalisme et aux journalistes.
La déontologie de ce métier n'existe plus. 90% des journalistes sont à la merci de Lobis et multinationales. Comment veux-tu qu'un journaliste puisse travailler en toute liberté ? Tout simplement :
impossible !
Alors, ils courbent la tête et plient le genou. On ne lâche pas un job comme ça aujourd’hui. Eh oui, on en est tous là ! Le courage, toujours le courage…
Sinon, il faut travailler pour des presses libres et indépendantes pour espérer être un authentique journaliste (Canard Enchaîné, Le Post, La Décroissance, Le Monde Diplomatique, Oh My News…) libre
de toute pression quelle qu’elle soit. Mais il n’empêche que la vérification d’informations, de sources, etc. est du fait du sérieux du dit journaliste.
Alors, qu’il y ait des personnes qui se prennent pour des journalistes sur le Net, moi, ça me fait marrer !
D’abord, parce que les médias dits « dominants » ne maîtrise pas le phénomène et qu’ils se mettent à paniquer. Bien, qu’aujourd’hui, ils réfléchissent déjà comment récupérer le phénomène si ce
n’est déjà fait ! Puis, dans ce cafouillage d’information, ça implique au citoyen de faire croiser les informations, de chercher, de se renseigner, de développer sa curiosité enfin, en un mot : de
s’intéresser.
Bien évidement, il y a une telle quantité de déchets qu’il faut y faire du tri mais je reste convaincu que cette fenêtre du/sur le monde est nécessaire et utile. Utile pour que les Goliath de
l’information ce rendent compte que ce ne sont pas eux qui font le monde mais bien les gens qui y vivent dans ce monde en rien représentatif du leur. Ce que je trouve intéressant dans ce phénomène
du « journalisme participatif » » et Internet c’est que chaque citoyen peut librement (à peu près) faire passer une info ou un scoop (vrai ou faux là n’est pas la question) en étant quasiment sûr
que ce sera publié et vu par une quantité de personne importante (surtout si ça fait un Buzz). Cela renvoi chaque citoyen à sa propre responsabilité, ce concept me plaît. Assumer ses
responsabilités ; voilà qui est important aujourd’hui. Ce déresponsabiliser est devenu tellement monnaie courante que là au moins, si c’est assumé, le citoyen à le sentiment de faire parti d’un
système dont il est véritablement impliqué. Dont il est acteur et spectateur.
On retrouve les mêmes travers et les mêmes erreurs dans les deux cas de journalisme :
Manque d’approfondissement, sources inexistantes et/ou douteuses, vérifications bâclées ou inexistantes, etc. Sauf que les motivations sont différentes. Pour le journalisme dominant c’est dans un
intérêt purement économique donc, intéressé. Dans le journalisme participatif, c’est libre et sans intérêt (la plupart du temps), ce qui change toutes les données. Nous avons affaire à une
surenchère intéressante qui engage un combat entre liberté et asservissement. Ca me plaît.
Je comprends qu’un journaliste intègre puisse être inquiet du phénomène. Néanmoins, il s’agit là d’un passage inéluctable et nécesaire pour un outil peu et mal maîtrisé qu’est Internet. Pendant des
années on nous a balancé des informations de toutes sortes (qui parfois se contredisent) que nous devions quasiment prendre comme paroles d’évangile. Aujourd’hui, (re)-revoilà enfin un « contre
pouvoir » journalistique et ça fait du bien ! Tout n’est pas bon, mais ça c’est comme le cochon ! Tout est nécessaire pour qu’une authentique démocratie existe.
Cyrille


PG 04/01/2010 10:26


Tu soulèves une question essentielle, celle du contre-pouvor. Oui la presse est, ou : devriti êre un contrepouvoir. Or elle se prend de plus en plus pour un pouvoir, le 4è, grave erreur. Un
contrepouvoir n'est pas un pouvoir ni un pouvoir-contre. C'est un point d'appui, à l'extérieur du pouvoir qui peut être tantot pour, tanot contre, mais éclaire, dérange, soutient ou attaque, mais
librement. Ce n'est pas lui qui fait les rois. (Exemple : c'est quand même bien la presse qui a fait Ségolène Royal...)
Sinon, il y a quand meme plein de journalistes qui essaient de faire leur boulot, ce ne sont pas les pressions directs qui les en empêchent, ce sont les réalités économico-politiques. Avois des
journaux libre, indépendants, mais marginaux, ne suffit pas. Il faut retrouver des journaux populaires libres.
(Conent d cet échaneg Cyrille, reviens quand tu veux....)


Delavergne 03/01/2010 14:01


A 200% d'accord avec le dernier paragraphe.


PG 03/01/2010 14:32


Je pense d'ailleurs que ce système n'en n'a plus pour longtemps...


Redrum 31/12/2009 16:12


Chouette article qui résume bien la situation... maintenant reste à savoir ce que va contenir la partie pour ;-)

Porte-toi bien & à bientôt

Mickael


PG 01/01/2010 17:34


Merci, Mickael. Ben, pour répondre à ta question, la partie 2 va s'efforcer de dire à peu près le contraie de la partie 1.

A bientôt


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