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L'Ecologie de l'Information

L'Ecologie de l'Information

L'information est ce qui transforme le monde


Du journalisme de magistère au journalisme communautaire

Publié par Pierre Gandonnière sur 28 Mars 2015, 14:54pm

Catégories : #Journalisme

Du journalisme de magistère au journalisme communautaire

“Tous journalistes !” La grande prophétie de la fin des années 2000 ne s’est pas réalisée. Pour autant l’époque du journalisme de magistère, celui où les médias règnaient en maître, où le lecteur lisait, l’auditeur écoutait et le télespectateur s’en tenait à l'injonction de TF1 “Bouge pas !”, cette époque est terminée. Il est temps de jeter ce vieux bébé avec l’eau du bain. Et de passer à autre chose : le journalisme d’aujourd’hui et de demain.

Mais qu’est-ce que le journalisme de magistère ?

C’est celui qui parle du haut de sa chaire, qui se prend pour un quatrième pouvoir, qui prétend dire “tout ce qu’il faut savoir” sur l’actualité du monde, le traité transatlantique et les oscillations bipolaires de l’euro. Il se repose sur trois piliers qui s’effritent :

1. Une forte présence d’éditorialistes qui décapsulent à la demande à propos de n’importe quoi sur n’importe quel média. Bref qui passent leur temps à nous expliquer des choses qu’on peut très bien comprendre sans eux.

2 . Une propensionà vouloir dicter aux gens ce qu’ils doivent faire : il faut voter OUI; ce qu’ils doivent penser : le FN, c’est pas bien; ce qu’ils doivent lire, écouter, aimer, encenser, détester.

3. Une maîtrise de “l’agenda setting”, celle qui fait que le média décide à la place de son client de ce qui doit l’interesser choisit les sujets et l’importance qu’on leur donnera. Ce formidable système qui devrait aboutir à une grande diversité d’approche et qui au contraire tend vers l'uniformisation. Les grands médias braquent les projecteurs tous au même endroit et laissent dans l'ombre tout le reste du monde.

C'est fini, les journaux n’ont plus la maîtrise de l’agenda setting. Ils courent derrière les réseaux sociaux. Il s’effondre, ce journalisme de magistère. C’est lui qui est essentiellement remis en cause par les critiques féroces et souvent injustes dont s’abreuvent les réseaux sociaux. Il ne s’en relèvera pas. Une fois qu’on aura bien pleuré sur le temps qui passe on découvrira peut-être qu’un autre journalisme est né. Et que les règles du jeu ont changé.

  1. Il est descendu de son piédestal. Il accepte de parler avec les gens, de les écouter, de de travailler AVEC eux, de répondre à leurs questions, de prendre en compte leurs besoins d’information.

  2. Il s’explique. On ne fait plus la cuisine dans des arrière-boutiques. Pour gagner et conserver la confiance de l’audience il faut pouvoir montrer comment l’information est construite, ouvrir portes et fenêtres.

  3. Il partager la culture journalistique avec son public, l’aide à distinguer la bonne information de la mauvaise. Fournit des sources (quand elles ne sont pas confidentielles), propose des compléments, des ressources documentaires.

  4. Il a renouvellé ses genres. Il sait passer d’un média à l’autre et construire des scénarisations différentes selon qu’il est sur le web, le print, les tablettes, ou en TV, en radio…

  5. Il est branché….sur le terrain. Il a abandonné l’activité de régurgitation de dépêches aux réseaux sociaux. Il se concentre sur sa mission première : raconter ce qu’il voit et ce qu’il comprend du monde.

Mais alors, pourquoi “communautaire”? Parce que ça introduit l’idée que le journalisme est un des métiers au service de la communauté, il ne vit pas dans un ailleurs, il n’y a pas de “monde des médias”. Il y a le monde. Les mondes.

Ici, un article d’Eric Scherer sur le journalisme augmenté. Le texte date de 2010. Il y aurait beaucoup de chose à changer. Mais quand même, globalement, c’est bien ça.

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Landureau serge 05/04/2015 21:17

Oui sur la première partie (l'écroulement de ce journalisme de tête de gondole et spécifiquement de son avatar télévisuel). Je suis en revanche nettement plus nuancé sur le reste de l'analyse.
D'une part parce que l'immense majorité des journalistes ne mérite ni gloire particulière ni véhémente condamnation. Ils font leur travail de terrain du mieux qu'ils le peuvent, au plus près des gens et comme on le dit encore "au cul des vaches".Je veux parler ici des journalistes de PQR ou de radios locales qui assurent encore le lien entre "la vie" et "les gens"... Force est de constater que ces professionnels là intéressent peu les commentateurs ! Trop normaux ? Trop "au niveau des gens ?"
Alors de quoi parlons nous ? Des quelques journalistes parisiens qui ont le sentiment de faire du grand reportage dès lors qu'ils ont franchi le périphérique ? Alors oui, ceux là n'ont que ce qu'ils méritent et je rêve de voir ces immenses éditorialistes, capables de dire tout, son contraire et l'inverse avec la même assurance, se fracasser bientôt sur le mur d'une opinion publique devenue exigeante et avertie !
Mais j'ai peur que cela tarde un peu à venir...
Au nom de quelle logique, l'horizontalité de l'information serait elle plus respectable que la verticalité d'hier ? Parce qu'elle serait partagée par le plus grand nombre ?
Mais depuis quand "le plus grand nombre" a-t-il nécessairement raison ?
Les infos non vérifiées, balancées sur les réseaux sociaux à tour de bras devraient elles être plus respectables au seul prétexte qu'elles n'émanent pas de professionnels ?
Quand à parler de journalisme de phalanstère, parlons de plus ouvertement de journalisme communautaire. Cela aura au moins le mérite de ne pas brouiller les pistes... Mais va pour le phalanstère ! L'information à laquelle j'accéderai demain, (dans mon phalanstère perso ) sera-t-elle de meilleur qualité ? M'ouvrira-t-elle davantage les yeux ? Sera-t-elle à même de me donner les éléments de compréhension du monde que ne me donneraient plus aujourd'hui les journalistes "officiels" ?
Je me permets d'en douter ! Vivre dans ma communauté, enseigné par ma communauté, informé par ma communauté... ne fera jamais de moi un homme plus libre. Cela fera seulement une communauté plus refermée sur ses certitudes, plus intransigeante, et chaque jour moins curieuse de ce qui n'est pas "elle" !
On a les journalistes qu'on mérite ! Si celui ci ne vous plait pas, si celle là ne raconte que des conneries, si tel média vous insupporte... et bien changez ! Soyez curieux ! Exercez vous-même votre esprit critique !
Quant à moi, j'incline à penser (et j'incline drôlement fort...) que ce débat n'en est pas un. La seule question à mes yeux encore pertinente est bien celle de la responsabilité du journaliste, comme Hugo parlait de la responsabilité du poète. Enfin, tant qu'on n'aura pas couper le cou à cette idée (et cette pratique) qui veut qu'on accouple les "communicants" et les journalistes, on pourra refaire le monde dans tous les sens et autant qu'on le voudra. Rien ne changera. J'ai peur que nous soyons entrés et pour longtemps dans l'ère des communicants..

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