Vendredi 17 septembre 2010 5 17 /09 /Sep /2010 17:53

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Bien peu probable que le président Sarkozy parvienne à reprendre le contrôle de sa communication, tant les choses sont allées trop loin. Elles lui échappent. Non pas par manque de contrôle, mais par excès. Petit exercice d’écologie de l’infformation. On assiste ici à une bataille entre une conception dépassée de la communication politique, celle de l’Elysée, et une construction nouvelle du monde médiatique, bâtie sur le modèle de l’écologie. Cette bataille, l’Elysée est en train de la perdre.

 

La communication élyséennne repose sur des certitudes issues du XXème siècle et sur un modèle fonctionnel : une source arrose une cible. Thierry Saussez, le directeur du Service d’Information Gouvernemental et ex-gourou de la communication politique, ne s’en cache pas, pour lui “l’information, c’est la communication unilétérale”. Celle dans laquelle le récepteur ne peut pas répondre. Comme dans la publicité. Cela donne la stratégie de “une carte postale par jour” : saturer les médias avec de l’information/image sous contrôle, puisqu’elle vient toujours de l’Elysée (principe de la surjection). Cette stratégie s’accompagne de deux corollaires. 1. Sidérer la cible, pour l’empêcher de réagir. Les médias sont tellement menés un train d’enfer, tellement vite on passe d’un sujet à l’autre, qu’ils n’ont aucun espace pour reprendre la main. 2.Dissuader d’autres sources de “communiquer” ou d’informer, par l’intimidation (attaques contre des médias ou des journalistes) ou par le discrédit (les accuser de malhonnêteté, ou d’intentions scabreuses : “trotskystes!”)

 

Le monde médiatique fonctionne comme un réseau d’écosystèmes. Les circulations n’y sont pas linéaires, comme le croit l’Elysée, et comme le modéliste la théorie des fonctions (injection, bijection,surjection), mais suivent plus généralement des boucles, comme les rétroactions. Tout ce qu’on injecte dans le système finit donc par vous revenir dans la figure un jour ou l’autre, en bien ou en mal. Il n’y a pas de “cible passive”. Une information n’est pas une boîte de conserve fermée qui voyage intacte jusqu’à destination. Toute information sera reprise, digérée, transformée, enrichie, déformée, falsifiée, transmise, renvoyée. Personne ne peut prétendre contrôler un tel système multiacteurs. Les délires de toute puissance se cassent les dents dessus. L’environnement , le contexte, jouent aussi un rôle déterminant, ils informent autant que l’information elle-même. Par exemple, la fameuse phrase “maintenant, en France, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit”, n’a fait rire personne au moment où elle a été émise. Le Parlement était en train de voter la loi dire “sur le service minimum”. Mais ressortie à chaque mouvement de grève paralysant, elle n’en finit pas de tourner en ridicule son auteur. 

 

Deux illustrations 

 

Woerth-Bettencourt :on ne parle pas pendant un  enterrement ! woerth_sarkozy.jpeg

Modèle de communication défensive de lElysée. Toute la stratégie vise à étouffer le bruit médiatique de l’histoire. 1 Asphyxier la source, c’est à dire la justice. Le procureur Courroye fait traîner les enquêtes préliminaires. On tente de museler l’enquête conduite par la juge Isabelle Prevost-Deprez. 2 Discréditer les sources dissidentes : la comptable, le majordome, la fille, puis les médias. 3 Distiller par l’intermédiaire du Figaro, les informations correspondant au plan de communication élyséen (surjection). Bien sûr, ça ne marche pas. Comme la source naturelle, la justice, est empêchée, un autre système va prendre le relais pour sortir les informations : la presse. On a voulu fermer l’écosystème judiciaire. On n’a fait qu’ouvrir davantage l’écosystème médiatique. Et la situation échappe totalement à l’Elysée. Désormais, toute information qui sort paraît arrachée à une volonté de dissimulation présidentielle. Il n’y a plus d’informtion officielle crédible. Pendant qu’on enterrait l’affaire, la presse était pourtant priée de se taire.

 

 

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Le triple clash de Bruxelles

Paris dément mener une politique discriminatoire à l’égard des roms. Mais la circulaire de Michel Bart le 5 Août 2010 dément les dénégations du gouvernement. Lequel se voit obligé de démentir en être à l’origine. De démenti en démenti, on essayera donc de savoir que le 16 septembre, un déjeuner à Bruxelles a -n’a pas- été violent entre Manuel Baroso et Nicolas Sarkozy, puis qu’Angela Merkel a -n’a pas- soutenu le président français en confit avec la Commission et même qu’elle lui a -n’a pas- confié qu’elle aussi s’apprêtait à démanteler des camps de roms. Que démontre cette histoire ? Encore une fois que la stratégie élyséenne ne fonctionne pas et ne peut pas fonctionner. Elle tente bien d’influencer la production d’images-informations selon le principe de la surjection, mais ça ne prend pas. Les informations se produisent, s’échangent, se transmettent librement dans les écosystèmes. Les écosystèmes en jeu sont : les institutions européennes, elles répondent à leur propre logique, l’Elysée ne peut pas en prendre le contrôle; les chefs d’Etat européens, ils ont leur manière de régler les relations et la communication entre eux, dans la culture de la diplomatie, aucun ne peut s’imposer aux autres; la presse internationale en poste à Bruxelles ou à Paris, les intimidations ou tentatives d’influence du président français ne lui font ni chaud ni froid; les systèmes médiatiques et informationnels de chaque état-membre chez lui, qui répondent à leur propre logique, se nourrissent de leur propre culture, avec leurs présupposés, leurs représentations de l’Europe, de la France et du président français. Sur tout cela Nicolas Sarkozy n’a pas la main. Non seulement il ne parvient pas à imposer son point de vue au mépris de la réalité, mais le choc en retour est terrible, si l’on en croit la presse internationale, pas seulement pour lui, pour son image, mais pour ceux qu’il représente, pour la France, pour les français. A la fin cette pauvre Méduse finit toujours par échouer, sur un banc de sable, comme la frégate du tableau en 1816

 

 

Le président français fonctionne selon une homothétie ratée. Le modèle pyramidal qui sert de référence, où tout est contrôlé à partir du sommet, c’est le RPR, exporté ensuite avec plus ou moins de succès à l’UMP. Etendre ce modèle à d’autre figures, comme la France, ou le monde médiatique, sans tenir compte de la réalité de ce qu’ils sont, c’est déjà prendre le risque de naufrager sa communication. Mais sur la scène européenne, sur la scène mondiale, où la complexité est encore plus grande, les vieilles recettes de Grand-Mère Saussez ne fonctionnent plus. Le président français semble dépenser une énergie considérable à essayer de réduire le monde à l’idée qu’il s’en fait. Mais le réel résiste, c’est même à ça qu’on le reconnaît.

Pierre Gandonnière

Par Pierre Gandonnière
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Dimanche 12 septembre 2010 7 12 /09 /Sep /2010 17:40
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La fin du XXème siècle a célébré la religion de la communication : Communiquez! Ou mourrez sans pardon. Il s’est terminé par l’explosion des NTIC, la révolution annoncée de la communication généralisée, grâce à la technique. Or, c’est exactement l’inverse qui semble se produire. Là où les thuriféraires nous promettaient de pouvoir relier n’importe quel homme à l’importe quel autre, et de faire de chaque individu une paramécie baignant dans un bouillon de culture informationnelle, on voit au contraire se développer de véritables stratégies d’empêchement de la communication, des mécanismes de défense, de protection contre l’envahissement de cette communication généralisée. En voici 7


1 Rien n’existe hors de l’internet


Nombre de sites ne proposent à la rubrique “contact” qu’un masque permettant de laisser un message, en espérant qu’un webmaster daignera le traiter. Pas de numéro de téléphone, pas d’adresse postale, comme s’il n’y avait aucune existence réelle, pas d’IRL. Ils se sont mis physiquement à l’abri, ils sont “intouchables”.


2 Usez les bancs de la FAQ


Vous avez une question à poser? Voyez plutôt la rubrique FAQ (Frequently Asked Questions), toutes les réponses aux questions que les autres ont posées et auxquelles nous avons bien voulu répondre. L’utilisateur est seul face à lui-même en train d’essayer de faire correspondre son problème avec les solutions qu’on lui propose. Il n’y a personne en face.


3 "Tapez : 1"


Les nouveaux standards téléphoniques trient les appels selon des algorithmes auxquels il est impossible d’échapper. Il devient impossible de poser sa question. Il faut décider si on veut avoir affaire à un technicien, un commercial, si le problème vient de la ligne ou de la plateforme, alors qu’on n’en sait rien. La communication, humaine ne peut pas  se digitaliser. Cela obligerait le client à devenir lui-même un algorithme. Les nouveaux standards téléphoniques ne sont pas faits pour répondre aux clients mais pour éviter d’avoir à répondre.


4 "Laissez un message sur ma boîte vocale"


Dans les premiers temps des téléphones mobiles, les utilisateurs se félicitaient de pourvoir être joints n’importe où n’importe quand. Mais cette situation est devenue rapidement insupportable, notamment devant la mutiplication des abus. Aujourd’hui, ce qui devait n’être qu’un répondeur prenant le message en cas d’absence est devenu un véritable filtre. On n’arrive plus à joindre personne  en direct. Il faut en général plusieurs essais et plusieurs messages.


5 Les masques


Il semble qu’il ne soit plus possible de communiquer sous son vrai nom. Partout, on demande d’entrer un Login, un pseudo, un mot de passe secret, comme si la communication était devenue un jeu clandestin et que maintenant, c’était ça la norme. Mais les masques permettent tous les abus que les visages découverts n’autoriseraient pas.  On a institionnalisé une communication ou ce n’est jamais le vrai moi qui parle au vrai toi.


6 La mort de la politesse


Ce pourrait être une veille manie de grand-mère, mais c’est beaucoup plus grave. Nous communiquons court et direct. Les formules, les rituels et même le vocabulaire de politesse ont presque totalement disparu de nos échanges. Or ils ne jouaient pas qu’un rôle d’agrément. Ils servaient à désamorcer la violence entre les rapports humains, à la codifier. Sa disparition va de pair avec une montée de l’agressivité verbale et physique, la généralisation d’argots de plus en plus crus, de mots et de tournures de plus en plus blessants, glissant facilement vers des affrontements de personnes. Nous avons perdu les régulateurs comportementaux.


7 Les robots censeurs


Voilà maintenant que pour réguler les échanges humains, sur des plateformes comme Face Book, nous nous en remettons à des machines, à des algorithmes qui décident de supprimer un profil parce qu’un calcul aura détecté des activités qu’il juge anormales, ou des phrases parce des expressions auront été détectées comme portant des marqueurs interdits. Par exemple, un article contre le racisme se verra interdit parce qu’il dénonce des propos racistes. Sans que l'auteur puisse réagir. Sans qu’il puisse se défendre. Puisque ce sont des machines qui prennent la décision. Aucune instance humains, en démocratie, ne serait autorisée à ce type de censure.

Conclusion?
Si un tel monde emergeait, le monde de l’anti-communication, on pourrait attendre de lui qu’il produise au moins les deux effets suivants.


1 De la schizophrénie technologique. Des individus qui à force d’être en relation avec des machines qui les obligents à entrer dans leur propre mode de fonctionnement, se trouvent coupés, du monde réel, déshumanisés, des nerds, des no-life.


2 Une montée sourde mais inexorable de la violence sociale, de la part de tous ceux qui n’arrivent plus à se faire entendre. Des agressions physiques de plus en plus fréquentes, par exemple dans les services publics.


Or, il semble que ce soit précisément ce à quoi on assiste aujourd’hui.

 

Pierre Gandonnière

 


Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication - Communauté : Le Club des Citoyens
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Vendredi 3 septembre 2010 5 03 /09 /Sep /2010 16:53
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Photographie de l’opinion publique à un moment donné”, voilà comment on nous vend ces nouveaux tarots de Marseille  que sont les sondages. “Mais-non mais-non, ils n’ont pas de valeur prédictive !” protestent  les magiciens du chiffre. On croyait pourtant bien les entendre dire à longueur de journée : “si l’élection avait lieu aujourd’hui....” Alors  que sont et ne sont pas les sondages? Ils ne sont pas des instantanés de quoi que ce soit, et sûrement pas  d’une élection. Parce qu’une élection, c’est une décision, pas une vague préférence ou une déclaration d’intention. Désirer acheter une Rolls, avoir l’intention de le faire, ou l’acheter vraiment, ce n’est pas pareil. Ce qui se passe dans l’isoloir n’a rien à voir avec ce qui se passe quand on répond au téléphone à un enquêteur. La sondage ne reflète pas l’opinion publique, il la fabrique. En trois temps.

 
1 Le sondage fait exister une question qui n’existait pas. « Préférez-vous le camembert ou la crème au chocolat? » (Il n’y a que ça?) « Si le second tout opposait DSK et Marine Le Pen? » (Ah bon, il pourrait y avoir un second tour avec DSK contre Marine Le Pen? ) Ce sont des questions qui n’existent que parce qu’on les pose. Le sondage impose aussi la formulation. Demander : “Pensez-vous qu’il faut la prison à vie pour les violeurs d’enfant? “ Là, le lecteur se dit : "si je réponds non, c’est comme si je demandais l'indulgence pour les violeurs d’enfants.”  Il répondra oui. Mais si on lui avait demandé : "pensez-vous qu’il faut la prison à vie pour les violeurs d’enfants -ou qu’il vaut mieux les soigner? “ ...Tout est dans la question.


2 Ce qui fait l’opinion ce n’est pas le sondage, mais sa publication. Un sondage qui reste secret est comme un arbre qui tombe dans une forêt où il n’y a personne : il  ne fait aucun bruit. Il ne concerne que les moins-de-mille personnes qui ont été interrogées et qui ne connaissent même pas les résultats. Il ne prend la valeur d’opinion publique que lorsque les médias s’en emparent pour clamer : voici ce que pensent les français (qui ne le savaient même pas). Ce qui fait opinion publique c’est l’extrapolation de l’échantillon à la population. Mais ce n’est qu’une extrapolation, un tour de passe-passe, pas une mesure de l’opinion publique. On postule que, parce que l’échantillon a répondu X, cela veut dire que la population pense X. A propos d'une question  qu'elle ne s'est même pas posée. 


3 Miracle, au troisième temps de la valse, il y a réellement fabrication d’opinion publique ! Parce que le français lambda (un joli nom de mouton) en lisant les résultats du sondage, ne peut s’empêcher de se demander : “et où je me situe, moi, les oui, les non ?” Et il se range  tout seul dans une petite case.

Il n’y a  pas “d’opinion publique”, une instance mystérieuse qu’on sonderait pour savoir ce qu’elle pense. Elle n’existe pas et elle ne pense rien. Mais il y a fabrication d’opinions publiques, c’est à dire d’énoncés isolés les uns des autres, par l’administration de sondages et surtout par la réaction de la population à leur publication.

Pierre Gandonnière

 

 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Le Club des Citoyens
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Mercredi 9 juin 2010 3 09 /06 /Juin /2010 19:54

ipad.jpeg Manifestement les grands industriels du journalisme attendent de lui un miracle. Comme il n'a pas réussi à leur ouvrir les yeux ni les oreilles, il ne lui reste plus qu'à marcher sur l'eau. Une nouvelle façon de surfer. Tout d'un coup grâce à l'iPad, les lecteurs vont accepter de payer leur journal en ligne, alors qu'ils n'allaient plus au kiosque. Tout d'un coup ils vont se refidéliser alors qu'ils avaient pris plaisir à passer d'un titre à l'autre sur le web, puisque c'était gratuit. Tout d'un coup, ils vont apprécier de lire des journaux à nouveau structurés comme du papier. Rien n'est moins sûr.

1 Et tout sera redevenu comme avant? Comme avant la révolution du web. Comme du temps béni de la presse populaire de masse. Ben non, sûrement pas. Les usages ont profondément changé. On surfe sur l'information, on passe d'un média à l'autre, on constitue son propre menu à partir de ses flux RSS, on part à la découverte. On surfe et on plonge aussi. On sait choisir les médias grâce auxquels on va approfondir une info. Il est hors de question de revenir à une source unique, "son" journal. 

2 Le gratuit n'est pas mort. Tout n'est pas monnayable. Le net a déjà fait le tri entre l'info sans valeur marchande, le tout venant, le canon à dépêches. Et l'info pour laquelle on est prêt à payer. Mon grand-père achetait Le Progrès tous les jours et le lisait de la première à la dernière page. Ni mon grand-père ni ce Progrès là ne reviendront. Tout ce qui a été gratuit ne redeviendra pas payant. De grosses désillusions attendent ceux qui croient le contraire.

3 L'économie de la presse en ligne n'est toujours pas trouvée. La vente à l'article ou au numéro, l'abonnement au titre sont des réponses inadaptées. Il faudrait aller vers un abonnement multicarte, une sorte de pass, de forfait permettant de circuler à peu près librement à travers les titres payants que l'utilisateur aura choisis. La clientèle captive, c'est fini. Et puis il reste la question du prix. Pas du coût, du prix.  Les livres numériques sont vendus 15 à 20% moins cher que les livres papier. C'est un véritable racket. On est en train de nous faire le même coup qu'avec la musique en téléchargement. Un livre, et c'est la même chose pour un journal, qui n'a pas besoin d'être imprimé sur du papier, pas besoin d'être distribué, pas besoin de point de vente, qui n'a aucun taux de bouillon (invendus), doit être vendu non pas 15%,  mais 3 ou 4 fois  moins cher. Au minimum. 


Ou bien cette révolution de l'I-Pad n'aura pas lieu, ou bien elle produira probablement les désastres suivants :

1 Finir de tuer le papier. Ce ne sont pas tant les internautes qui vont se précipiter vers la paytn pour retrouver su simili papier, que des lecteurs de papier qui vont se convertir au numérique. Combien? Peu importe. Ce sera toujours autant de moins dans les kiosques, encore une baisse de tirage à prévoir pour l'ensemble des titres, un effondrement supplémentaire de la publicité qui va avec. Encore des fermetures de kiosques qui ne rouvriront jamais.

2 Broyer l'écrit. Le genre : écrit. Alors que justement de belles aventures se lancent en presse, autour de XXI par exemple, mais aussi des livres de journalistes qui démontrent qu'on a besoin de temps et d'espace de rédaction pour travailler en profondeur des informations, faire du journalisme d'enquête, alors que l'écrit se cherche une nouvelle complémentarité par rapport aux médias trop rapides comme le web, tout miser sur l'internet et l'instantané serait une erreur profonde. 

  3 Se lier les pieds après s'être lié les mains. Le journalisme est déjà bien trop dépendant des pouvoirs économiques, et par effet tuyau de poêle, des pouvoirs politiques réduits à l'impuissance par l'économique. Là se rajouterait une dépendance technologique à un produit Apple, mais surtout à un univers de distribution de contenus sans lequel le journalisme ne pourrait plus survivre. C'est comme être distribué par Carrefour. Si la Centrale vous lâche, vous êtes mort.


Plutôt que de s'imaginer l'IPad comme un outil miraculeux, peut-être serait-il plu sage de le voir pour ce qu'il est : une nouvelle fenêtre ouverte sur le web qui va permettre de nouvelles évolutions des pratiques de production, de transmission et de consommation de contenus. Qu'il sera un accélérateur des changements en cours vers d'autres formes d'interactivité et de convivialité. Et qu'il faut donc en profiter pour transformer profondément les pratiques du journalisme, comme certains précurseurs réussissent à le faire. Plutôt que des les enfermer dans le formol et de mettre le bocal en ligne.

Pierre Gandonnière
 

 

 

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Mardi 25 mai 2010 2 25 /05 /Mai /2010 17:33
TEhr.jpg"Questions pas assez incisives", "format trop long", "manque de rythme", la profession se pose volontiers en donneuse de leçon à propos de cette émission que j'anime sur Lyon TV depuis trois ans. Comme s'il n'y avait pas d'autre approche possible que les standards du métier. Et sans même chercher à comprendre ce que nous essayons de faire. C'est à dire, justement, de l'anti-journalisme. On ne peut pas à la fois entendre les critiques contre les pratiques journalistiques et ne rien changer. Voici les plus fréquentes, à propos de l'interview.
  • Les journalistes n'écoutent pas. Ils ont leur idée. Ils cherchent à faire dire quelque chose à leur interlocuteur, comme s'ils savaient mieux que lui ce qu'il doit penser.
  • Dans une interview, il semble que la question soit plus importante que la réponse. Des questions incisives, déstabilisantes, voilà le jeu. Montrer qu'on connaît bien son sujet, qu'on sait de quoi on parle, qu'on tient la route, qu'on est un vrai professionnel. Le véritable public auquel on s'adresse, c'est "la profession". L'invité n'est qu'un trophée de plus sur son tableau de chasse (J'ai "fait" Untel)
  • Une interview est construite comme un piège savamment ficelé. Il faut arriver à faire entrer l'invité dedans, l'y maintenir, l'empêcher d'en sortir. Quoi qu'il réponde à la question N°1, on lui posera la question N° 2 comme s'il ne s'était rien passé, puis la N°3, etc. Parfois la conclusion est déjà écrite avant le début de l'interview (à la TV).
  • D'ailleurs, il n'y a pas vraiment de questions. On préfère souvent construire les interviews à partir d'une suite d'affirmations péremptoires. A l'invité de se débrouiller pour infirmer ou confirmer.
  • Il faut toujours garder le contrôle de la situation. Ne jamais laisser l'invité reprendre pied, lui imposer un rythme rapide, où il n'a pas le temps de réfléchir, où il ne peut en aucun cas "faire un tunnel", c'est à dire développer une idée. On lui coupera  la parole en permanence, de préférence avant qu'il ait eu le temps de dire quelque chose d'intéressant.

L'interview traditionnel repose sur deux préssuposés :
1. Je
(moi, le journaliste) sait et c'est moi qui ait raison.
2. L'autre
(l'invité) cherche toujours à se défiler et ne dit jamais la vérité spontanément, il faut l'y contraindre.

Il serait illusoire de s'imaginer que le public ne voit pas ces grosses ficelles. C'est au contraire ce qui l'agace le plus dans la journalisme.


Avec l'émission En Off
, nous tentons une expérience d'anti-journalisme. Pas une attaque contre le journalisme, pas une critique supplémentaire qui s'ajouterait aux autres sans plus de succès. Mais une autre manière de faire, pour voir. Un contrepied.

En Off repose sur deux postulats :
1. L'important, c'est l'invité, ce qu'il a à dire. Le journaliste part à sa découverte.
2. Le destinataire de l'émission, c'est le public, pas "la profession".



Voici les principes sur lesquels se construit En Off :
  • Tout repose sur l'écoute. Si on ne s'intéresse pas à ce que dit l'invité, ça ne peut pas marcher. L'émission ne peut pas être ficelée d'avance. En fonction des réponses, il va falloir s'adapter, improviser, tout en construisant un itinéraire chemin faisant.
  • Ce n'est pas une interview. On ne joue pas au ping pong avec l'invité, on ne lui renvoie pas la balle, on ne cherche pas à le piéger ni à marquer des points. On accompagne sa parole tout en l'aidant à trouver sa route.
  • Le plus important, c'est la réponse, pas la question. Que le journaliste apparaisse comme brillant ou non n'a aucune importance. Quelqu'un qui écoute, cela ne se voit pas, mais cela se sent.
  • On cherche la profondeur, pas la surface. On ne parle pas de l'actualité immédiate, personne n'a rien à vendre, l'émission doit pouvoir être vue aujourd'hui comme dans six mois ou un an. On se libère donc des petites phrases, des réactions à chaud et des effets faciles.
  • On prend le temps, on ne coupe pas la parole, on laisse parler, on laisse se développer le propos.
  • On co-construit. Il y a une trame, bien sûr. Plus l'émission est préparée, plus elle peut être intéressante. A condition qu'elle soit capable de se déconstruire et de se reconstruire en fonction de ce que l'autre dit, qu'elle reste ouverte en permanence, à l'écoute. L'idéal, c'est 100% préparé + 100% improvisé.
  • On ne coupe pas. Sauf incident technique à récupérer. On garde intact le fil de la conversation. Il n'y a pas de re-montage en régie qui transforme le produit et le scénarise. Respect de la parole de l'autre. On tourne une heure pour une heure de rendu.

Bien sûr ce jeu de co-construction est plus aléatoire qu'une émission pilotée au prompteur (encore que...). Certains invités se livrent plus facilement que d'autres. Certains sont parfois décontenancés qu'on ne leur renvoie pas la balle, qu'on ne leur oppose pas d'obstacle.Bien sûr, le journaliste doit s'adapter sans cesse, improviser, tricoter  son sujet en temps réel, et surtout : écouter. Il prend des risques. Il s'en sort plus ou moins bien, il n'est pas dans une position de meneur de jeu, il n'a jamais le premier rôle.
Mais à chaque entretien, on prend le temps d'une rencontre. Elle est ce qu'elle est. On laisse la place à l'inattendu, à l'imprévu. Même ceux qui ont déjà répondu à des dizaines d'interviews, des dizaines de fois les mêmes réponses aux mêmes questions, trouvent ici un espace où ils peuvent justement exprimer quelque chose qu'on ne leur a jamais donné l'occasion de dire. Sans qu'on ait besoin de les accoucher au forceps. En accompagnant leur parole, simplement.


C'est comme le vélo, on croit que tout cela tient en équilibre tout seul. Mais il faut reposer le tout  sur une mécanique à peu près huilée et mobiliser quelques savoir-faire.
  • Tout d'abord des techniques de communication interpersonnelle : l'écoute active, la reformulation, toute la gamme des questionnements.
  • Un cadre général qui est celui de l'entretien d'accompagnement adapté à la situation de l'émission. (On est très loin du cadre de l'interview.)
  • Une démarche qui s'appuie sur des techniques de synchronisation-guidage, là encore adaptées à l'intention de l'émission qui est de co-construire et non pas de diriger. Elle servent donc à trouver le point d'équilibre entre le deux interlocuteurs pour mener la machine à deux.


Informer, expliquer, comprendre. Nous sommes bien toujours dans le champ du journalisme. Avec une approche en contrepied.C'est en cela qu'on peut parler d'anti-journalisme

Pierre Gandonnière



N.B.
Toutes les émissions ne sont pas disponibles sur internet. Parmi les invités reçus : Roselyne Bachelot, François Chérèque, Danielle Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement, Nora Berra, Azouz Bégag, Jean-Jack Queyranne....La diffusion se fait en général en deux épisodes de 30 mn.

Lyon TV

Jean-Jack Queyranne

Thierry Ehrmann (La Demeure du Cahos)


Azouz Begag

Philippe Meirieu



 
Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Jeudi 29 avril 2010 4 29 /04 /Avr /2010 12:00

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La révolution internet est passée sur les élections régionales, il est temps d'en mesurer les effets : rien. Ou presque. Ou plutôt si, tout de même, une abstention de 53%. Les médias sociaux ont-ils remobilisé l'électorat? Non. Et pourtant elle tourne la websphère !Cette fois-ci, tout le monde s'y est mis. UMP : les Créateurs de Possibles. Socialistes : la Coopol. Modem : les Démocrates. Ecologistes.....tiens, c'est vrai, comment s'appelle le réseau social des écolos? 

L'UMP, disons-le tout net (ou : tout web), ça n'avait aucune chance de marcher. Le réseau ne peut pas être seulement calqué sur le mode de fonctionnement du parti. Sinon il fonctionne comme une pompe aspirante et refoulante, chargé de faire circuler vers le bas la bonne parole et de faire remonter vers le haut les soutiens enthousiastes. Uns structure pyramidale est parfaitement inadaptée au mode de fonctionnement de l'internet, on le sait. La plateforme UMP aurait coûté dans les 500 000 euros, pour pas grand chose, pour être un relais politique, ou pour afficher une "modernité" qui en fait n'existe pas. Il y a pourtant des vrais internautes à l'UMP, des gens qui savent comment ça marche, des hackers, des geeks, des bidouilleurs. Mais pas touche à la pyramide ! 

Au Modem, l'idée frisait le gag. Un réseau social pose deux questions impossibles à régler. D'abord celle du contenu : quel est le projet politique spécifiquement "centriste" sur lequel nous devons travailler ? Et ensuite celui de la structure. Pour qu'un réseau fonctionne il faut qu'on puisse y circuler, que les voies soient libres et qu'elles conduisent quelque part. Or le Modem est en pleine phase centrifuge, les uns s'éloignant des autres de plus en plus au point de se retrouver dehors. Quant à ceux qui restent, ils se partagent entre ceux qui sont indépendants, mais à droite, alliés à l'UMP, ceux qui sont indépendants, mais à gauche, alliés au PS, et ceux qui sont indépendants, mais nulle part, puisque les électeurs n'en ont pas voulu. 


Chez les socialistes, l'ambition était forte. En +, Benoît Thieulin  avait déjà une expérience de réseau social politique puisqu'il avait aidé les Verts à monter la première version du leur. Il pouvait s'appuyer aussi sur l'expérience brouillonne mais riche de la Ségosphère en 2007. La Coopol devait à la fois permettre  d'élaborer des idées nouvelles selon un processus nouveau, de lancer une dynamique de campagne partant de la base, à la manière d'Obama. Et surtout de décloisonner, d'ouvrir la maison, de courtcircuiter, déborder, dépasser les vieilles structures sclérosantes du parti de Guy Mollet, faites de baronnies, de rivalités rancies, de courants vitrifiés, d'ambitions galopantes. On ne peut pas dire qu'il ne s'est rien passé. D'ailleurs les élections régionales ont été gagnées. Mais manifestement la campagne ne s'est pas jouée là, dans la Coopol. Elle est passée par les modes traditionnels, les marchés, les meetings, en rajoutant une pincée de blog ici et un zeste de webTV là. Les nouveaux médias ont-ils mobilisé l'électorat jeune, les digital natives? On ne dirait pas. Le jeu des courants est toujours là. Les petits meurtres entre amis sont toujours à la mode. Le pouvoir central de la rue de Solférino veut toujours imposer sa loi. Le projet socialiste qui vient de sortir est tout sauf une production du réseau social. La Coopol n'est qu'une fleur de plus à la boutonnière. Du moins pour l'instant.


Et le réseau social des écolos? Il faudrait déjà savoir de quels écolos on parle : les Verts ou Europe Ecologie. Les Verts sont structurés par leur histoire, héritiers des associations de défense de la nature qui ont fusionné pour les créer en 1984. Elles se méfiaient tellement du "pouvoir" qu'elles se sont débrouillées pour qu'il soit impossible de le prendre ni de l'exercer à l'intérieur de la structure. C'est réussi. Europe Ecologie est une mouvance ouverte, faite pour que l'ensembles des organisations qui s'intéressent à l'écologie puissent y trouver leur place, qu'elles soient politiques ou non. Et le réseau social? Et bien c'est la même chose. Il est la mise en réseau de l'ensemble, avec une tradition typiquement écolo du : chacun fait un peu ce qu'il veut dans son coin, on monte des groupes, des projets, on s'autogère avec les ecologeeks. Culturellement, les écolos sont les plus web-compatibles. Europe Ecologie EST un réseau social. L'interpénétration entre sa version On-line et sa version IRL en est la preuve. La richesse de la production du réseau web aussi, même si son impact est encore faible. Reste qu'aujourdhui le réseau social veut prendre le pouvoir, ou plutôt le communautariser. Transformer l'ensemble de la mouvance à deux têtes (Verts-EE) en un seul réseau écolo qui fonctionne réellement comme un réseau et dans lequel les Verts seraient inclus.  Bien sûr Les Verts résistent, ils sont déjà un lieu de pouvoir et n'entendent pas le céder. Le réseau va-t-il gagner? Si c'est le cas, on assistera pour la première fois à la mutation d'un parti politique vers autre chose qu'une structure n'embrigadement. Bataille intéressante à suivre.

Donc la révolution n'a pas eu lieu. Tous les partis se sont réclamés de la campagne d'Obama, mais aucune des campagnes qu'ils ont menées n'y est comparable. Les maniaco-prophètes  en sont une fois de  plus pour leurs frais, pas de miracle du web, Jésus n'a pas marché sur l'eau, les sourds et les aveugles vont pouvoir le rester. Pour l'ensemble des partis politiques, le web reste un outil de plus dans une campagne qui fonctionnne à l'ancienne. On communique peut-être à 360°, mais on se contente de communiquer. Du haut vers le bas. Voilà pourquoi le bas blesse (l'abstention).

C'est que la plupart des réseaux ont été montés en kit par hélitreuillage, c'est à dire téléguidés d'en haut, des hautes sphères, en fonction de ce qui les arrangeait et surtout de ce qui ne les dérangeait pas. Le jeu politique invite à la paranoïa et personne ne résiste à cette invitation. On veut d'abord se protéger, de ses adversaires, de ses amis, empêcher les débordements, les instrumentalisations, les déstabilisations. Bref on veut surtout qu'il ne se passe rien, dans ces réseaux sociaux. Le cahier des charges est fait davantage pour verrouiller que pour ouvrir.

Mais surtout, dans la lutte entre le pouvoir des réseaux et les réseaux de pouvoir, c'est encore une fois les seconds qui gagnent. Le pouvoir réel est toujours là, celui de décider à la place des autres. Que ce soit dans les instances internes des partis ou dans les assemblées délibératives, dans les exécutifs nationaux ou locaux de la République. Les organigrammes, les hérarchies, les réseaux d'élus, les clientèlismes ont toujours droit de vie ou de mort sur les carrières et sur les idées. Les réseaux de pouvoir n'ont aucune intention de laisser le pouvoir des réseaux leur disputer leur place. Mais le pouvoir ne se demande pas, il se prend. Le faible impact des réseaux sociaux politiques ne leur permet pas aujourd'hui de bouleverser le jeu politique. Car la bataille se mène en même temps dans le réel, contres les autocrates, contres les centralisateurs, contre les technostructures, contre les "pyramides", contre les idées momifiées. La mutation est en marche pourtant, même s'il est impossible de savoir où elle mènera. Et comme d'habitude, les politiques sont à la traîne parce que le pouvoir politique est par essence: conservateur.


voir aussi : Royal, Sarkozy, Obama, 3 échecs de la communication politique 

Pierre Gandonnière

 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Politique - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /Jan /2010 16:26
(Non il n'y a pas d'erreur dans le titre, "débilité" veut dire : extrême faiblesse)
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L'étude de crédibilité des médias vient de tomber. Un travail piloté chaque année par La Croix-TNS Sofrès. Les tendances lourdes s'accentuent, la TV s'enfonce, la radio se maintient, la presse meurt lentement mais en bonne santé, l'internet progresse. Mais avant d'examiner les résultats, quatre remarques préalables
1. On se demande bien comment les enquêtés font pour répondre à la question "les choses se sont passées vraiment ou à peu près comme les journaux/ la TV/ la radio/ l'internet le raconte". Ils étaient sur place? Ils peuvent témoigner? Non. Ils se contentent d'un ressenti. Une impression. C'est une simple mesure de confiance. 
2. La question sur l'internet ne veut pas dire grand chose. C'est quoi, l'internet? On y consomme des journaux en ligne, mais aussi des blogs, de témoignages directs, des forums, des plateformes vidéo, des sites institutionnels, des encyclopédies en ligne...etc. Comment mettre tout cela sur le même plan? On ne peut pas établir de comparaison directe avec les autres médias. 
3.  C'est quoi "les journaux"? On pose la question comme si on était avant l'internet. Aujourd'hui tous les "journaux" qui existent en format print ont leur "avatar", leur version web, sous la même marque. Dès lors quand on pose la rubrique "journaux" dans un sondage, est-on sûr que les gens pensent "journaux papiers" et qu'ils distinguent rigoureusement "Libération Quotidien papier" et "www.liberation.fr" ? Et si ce n'est pas le cas, comparer les résultats de 2010 à ceux de 1987 (début du baromètre) est largement abusif. 
4. Un des paradoxes de ce baromêtre est qu'on demande à des sondés de s'exprimer sur des médias dont ils ne sont pas consommateurs. Si 80% de l'échantillon se déclare client de la télévision pour ce qui est de l'information nationale et internationale, ils ne sont que 37% à consommer du journal papier, cela n'empêche pas 100%de l'échantillon de se prononcer sur son degré de confiance dans la presse print.
Il est temps maintenant de se pencher sur l'enquête de janvier 2010. Voici quelques observations plutôt déroutantes.
Derrière les grandes déclarations de satisfecit, en fait les résultats de confiance sont mauvais et inquiétants. Dans chaque média on se trouve des raisons de se réconforter pour ne pas voir cette évidence. On se dit qu'on ne s'en tire pas si mal. Et puis on s'est tellement habitué à la catastrophe qu'on ne la voit plus.Mais enfin, la quasi totalité des médias sont généralement et durablement en dessous de la moyenne. Seule la radio passe régulièrement la barre des 50% et s'y maintient d'année en année (60% en 2010). La presse écrite (N°2), culmine à 55 en 2010 mais ses scores sont en dessous de 50 dans les deux tiers des cas  depuis 1987. La TV (N°3° n'est pas repassée dans le bleu depuis 2001 et son déclin se poursuit depuis 15 ans. Le public se montre désabusé. Et critique.
Les médias interactifs s'en tirent mieux que les autres. La radio parce que son indice de confiance est majoritaire, l'internet parce que, bien qu'encore minoritaire, il continue de grimper fortement 23% en 2003, 35 en 2010, malgré la remarque N°2 plus  haut. Dans les deux médias, les journalistes s'expriment sous le regard de leur public. La moindre erreur, inexactitude, approximation, explication tendancieuse, est immédiatement sanctionnée. A l'inverse, les médias les plus en difficulté sont aussi les plus didactiques, les plus sûr d'eux. Ils fonctionnent en mode push, en communication unilatérale, sans contestations possible. On assiste d'ailleurs à une culture divergente à l'intérieur des journaux entre les rédactions web, qui apprennent à travailler en interaction avec leur public, et les rédactions print, qui ont bien du mal à sortir de leur position d'autorité, ex cathedra, celle-là même qui est contestée.
La TV plombe les scores. Malgré sa chute de crédibilité la télévision reste la source d'information N°1 de la majorité des sondés (57%, 2,5 Fois plus que le N°2 la radio). On peut donc en déduire qu'elle est la principale responsable de la dégradation de l'image du journalisme, parce qu'elle en est la partie la plus visible. Et comme, dans le monde médiatique issu du XXème siècle, elle est le média qui mène la danse, c'est elle qui impose l'agenda setting, les thèmes, les images qui vont caractériser les évènements, les autres médias ont tendance à se caler sur elle, à se déformer en fonction d'elle. Elle déforme l'ensemble du champ journalistique.
Le politique est ressenti comme le principal ennemi de l'indépendance des journalistes, 66% des sondés estiment que les journalistes ne sont pas indépendants des pouvoir politiques. Là encore, l'effet télévision doit être déterminant. C'est à la télévision que se sacralisent les interviews de 3 minutes, où il ne peut pas y avoir aucune véritable prise en main de l'invité. La TV est le média de représentation où l'on vient se montrer et passer ses propres messages, mais pas un lieu d'information contradictoire à propos du politique. Tout ce qui apparaît comme une mise une scène du politique dans le média renforce donc ce ressenti d'une collusion être les deux mondes, d'une complaisance.
C'est la crédibilité de l'internaute qui monte. De 2005 à 200 la confiance dans l'internet a grimpé de 23 à 35%. Presque doublé. Aucun autre média ne fait ça. Soyons clair : est-ce parce que pendant cette période période, la fiabilité de l'information s'est améliorée. Je n'en crois rien. Il m'a semble au contraire que l'invasion de rumeurs, bad buz, ragots incontrôlés, pures falsifications et approximations douteuses a continué tambour battant. En 2005 l'internet la foirefouille de l'information. Aujourd'hui, c'est pire. Ce qui a changé c'est la compétence des internautes qui sont de plus en plus nombreux et s'approprient ce média. Ce sont eux qui savent de mieux en mieux trouver l'information fiable dont ils ont besoin.
Trois Conclusions provisoires
1. Le baromètre est bon pour le recyclage. On comprend bien que le sondeur le conserve à l'identique, s'il en changeait quelque chose, on ne pourrait plus comparer les résultats d'une année sur l'autre. Mais Il ne correspond plus à la réalité du monde médiatique. De la même manière que les mesure d'audience par médiamétrie ne veulent plus rien dire à l'heure où l'on peut regarder la TV en différé, en VOD, en podcasting, en streaming sur on e-phone, sur internet....
2. Nous sortons de l'ère des médias pour aller vers l'ère des producteurs d'info. Ca n'a plus d'importance que les contenus soient diffusés sur papier bientôt sur i-Pad?) ou sur internet, ni même par texte, vidéos, son, TV, radio, écrit. la crédibilité des médias va de plus dépendre de la marque du producteur et non pas du mode de diffusion. Il faut travailler aujourd'hui sur la crédibilité de la marque : Libération, Le Monde, Bakchich, Rue89, Fance Télévision.....TF1? Les marque devront être capables de produire en plurimédia sans pour autant posséder leur canal.
3. Vive l'hyperjournalisme ! Dès qu'elle aura compris qu'il se passe quelque chose à la fois inquiétant et passionnant, la profession commencera à se réinventer vers une pratique de l'hyperjournalisme, travaillant avec son public autant que pour lui, dans des espaces, des canaux de diffusion et de temporalités différentes. Ce jour-là, elle regagnera des points de crédibilité auprès de ce public-participant. 


Pierre Gandonnière
Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias
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Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /Jan /2010 11:57

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La "boîte à meuh" de l'information
Donné il y a peu comme une révolution dans le monde de l'information, le journalisme citoyen accouche d'une souris. Et elle est grise. Peu de sites ont vraiment fait leurs preuves et le journalisme traditionnel, qui s'est cru un temps menacé, s'est aussitôt refermé comme une huître.
On allait voir ce qu'on allait voir. Armé de son smartphone, tout citoyen irait capturer des traces indicielles du réel, une vidéo, une image, un témoignage, et les mettrait en ligne sur Youtube ou Dailymotion. Aucun coin du monde ne serait désormais à l'abri du regard de l'information. Plus rien ne resterait dans l'ombre. Les angles morts étaient morts.
Il suffisait de suivre le mode d'emploi. Oh My News, Agoravox proposaient un kit mains libres de journalisme citoyen. Bondy Blog organisait des séminaires de formation à L'Ecole du Blog. Le journalisme n'avait qu'à bien se tenir...aux branches, pendant qu'on secouait l'arbre.
Qu'est-il devenu, ce nouveau journalisme quelques années plus tard? Pas grand chose. Il connaît le même destin que les radios "libres" dans les années 80. Elles devaient révolutionner les ondes, ouvrir des espaces nouveaux d'expression, faire entendre de nouvelles voix, donner enfin la parole à ceux que les médias traditonnels ignoraient...et quoi? Aujourd'hui d'un côté des réseaux purement commerciaux, de l'autre des radios associatives confidentielles et précaires. Tout ça pour ça! Est-ce le destin qui attend le journalisme "citoyen?"

Le webjournal du "Voleur"
Simple chambre d'écho, les journaux participatifs se contentent le plus souvent de ressasser à l'infini ce qui existe déjà sur la toile. Pendant ce temps là, le webjournalisme se déchire entre le canon à dépêches" et la recherche d'informations scoopantes, seules capables de faire vivre un support. Le journalisme participatif, lui, se moque de l'un comme de l'autre. Il se contente la plupart du temps de repiquer des infos sur des médias d'information, web, TV, print, radio. Il réinvente le Voleur, premier journal d'Emile de Girardin (1828). Le Post assume même complètement ce rôle. Il va jusqu'à conseiller ses posteurs pour éviter le "copié-collé" répréhensible par la Loi. Mais l'essentiel de la production du journalisme participatif consiste en commentaires d'actualité où l'opinion de l'auteur barbouille allègrement l'information d'origine. Comme une "boîte à meuh" il multiplie les échos de posts qui racontent à peu près tous la même chose sur les sujets qui buzzent. Bien malin qui peut retrouver au milieu de tout cela quoi que ce soit qui ressemble à une information fiable et vérifiée.

Ils n'ont rien appris
Il faut dire qu'on ne leur a rien enseigné. Il n'y a pas eu de transfert de savoir-faire du journalisme professionnel vers le journalisme amateur. Cela n'intéressait pas les professionnels encartés, ils y voyaient une concurrence dangereuse. Cela n'intéressait pas tellement les citoyens non plus, d'apprendre. Parce que c'est difficile et exigeant. Tout le contraire de ce qu'on cherche sur le net. On préfère cultiver ses propres croyances, ses propres fantasmes, ses propres représentations du monde, on préfère chercher uniquement des confirmations qu'on a bien raison de penser ce qu'on pense, plutôt que de se confronter au réel qui pourrait avoir la mauvaise idée de démentir. Soyons juste, le journaliste est soumis à la même tentation. Mais, normalement, il s'efforce de s'en détacher. Cela s'apprend.


Vive  la grande  déchetterie !
L'utopie du journalisme participatif a fortement dévalorisé l'activité de journalisme. Il a fait croire que n'importe qui pouvait le faire, qu'il n'y avait pas de règles, pas de méthode, pas d'éthique. Que l'opinion et les faits, c'était pareil, qu'un témoignage avait toujours valeur de vérité. Que toutes les traces indicielles du réel se valaient, même le mensonge, la falsification, la tricherie et l'erreur. Le net se présente comme un grande dépotoir où chacun publie n'importe quoi à égalité de légitimité. Le vrai et le faux se mêlent. Le sûr et le peut-être. Le fanstasme court toujours plus vite que la vérité. A ce jeu là l'information vérifiéee, qui est une tortue, ne gagne jamais la course. Le journalisme n'avait pas besoin de ça. Il est déjà déprécié par la précarité, par la remise en cause systématique de sa légitimité par les pouvoirs, par ses propres pratiques plus que jamais discutables. Journalisme vendu, journalisme vengeur, journalisme incompétent, menteur, tricheur, sensationnaliste, démagogique. Un métier tombé tellement bas qu'il ne restait plus qu'à rajouter la touche finale : le premier imbécile venu peut en faire autant. Tout juste bon à jeter aux équevilles.

Il n'y a pas eu de production nouvelle
C'est tout de même là-dessus qu'on attendait le journalisme participatif. On allait enfin avoir accès à des informations, des thématiques, des regards sur le monde que les médias traditionnels ne relaient pas, prisonniers de leurs formatages. La bonne vieille utopie : on nous cache tout, on nous dit rien, la vérité est ailleurs. Mais la réalité est impitoyable : il n'y a pas beaucoup d'ailleurs. Pas beaucoup d'informations nouvelles qui passeraient par le journalisme participatif alors qu'elles resteraient bloquées par le journalisme traditionnel. Un peu, mais pas beaucoup. Pour la plupart, les informations mises en ligne existaient déjà, militantes ou marginales, sur d'autres supports comme le papier, où elles ne trouvaient pas leur public non plus. Or sans audience, une information n'est rien, elle n'informe pas. Il n'existe pas, ou presque, de mine d'informations encore inexplorées qui n'attendrait que le piolet d'un prospecteur audacieux.

Le participatif ne marche pas
Encore une grossière illusion. Ce n'est pas parce qu'il existe des sites d'expression libre, des blogs, des forums, des commentaires ouverts, des réseaux sociaux, et des médias "citoyens", que l'on est entré dans l'interactif. Le participatif inventé par l'internet, le wiki, fonctionne pour des encyclopédies, de la gestion de bases de connaissances, des ouvrages complexes à vibrations basses. Pas pour l'information. Il est encore plus lourd et plus lent à mettre en oeuvre que les méthodes journalistiques. Sur Agoravox, la procédure de validation met tant de temps qu'elle donne son Imprimatur une fois que l'information n'intéresse plus personne, parce qu'elle est déjà sortie de l'actualité. Il n'y a dons pas réellement de co-production. Mais d'un côté des producteurs fous qui mettent en ligne sous le seul régime de leurs impulsions et de l'autre des consommateurs boulimiques qui se servent de leur souris comme d'une cuilllère à potage. Les uns courent après les autres, et plus ils courent vite, et plus ce après quoi ils courent n'est pas du journalisme (C'est fait exprès, cette dernière phrase est là pour obliger à ralentir)

Pas de ligne éditoriale à l'horizon
Chacun peut apporter son manger, c'est un pique-nique géant. Mais comme il n'y a pas d'organisateur, tout le monde arrive avec des entrées, ou bien tout le monde arrive avec des desserts. Il y aura 200 tartes aux pommes au menu. Ce qui fonde l'ossature d'un journal, c'est sa formule éditoriale, son projet qui définit quel champ de l'actualité il va couvrir et comment. C'est sa ligne directrice, on ne part pas dans tous les sens. Au contraire, le journalisme participatif est un vaste bric à brac. Il ne sait pas ce qu'il fait et il ne sait pas où il va. Aucun de ces journaux n'a réellement de formule identifiable pro-active et opposable. Or, sur le net, l'identité conditionne la survie.

Les négriers du bénévolat sont dans le colimateur
Pendant combien de temps les internautes vont-ils accepter de fournir gratuitement des contenus à des éditeurs qui font du business avec ? Soit on est dans le copyright, et les droits d'exploitation doivent être rémunérés. Soit on est dans le copyleft, on diffuse librement ce qu'on veut, mais sans exploitation commerciale. Vivre du travail gratuit des autres est une forme moderne d'esclavage, même s'il est consenti. Partout les contributeurs gratuits se découragent, sauf les indécourageables, ceux qui seraient devenus de toute manière militants....ou journalistes. On n'a donc rien gagné. Si le journalisme participatif ne trouve pas rapidement le moyen d'intéresser et de fidéliser des contributeurs réellement nouveaux, il est condamné à revenir toît ou tard à la case départ : celle d'un journalisme professionnel fait par des professionnels.


Pierre Gandonnière








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Vendredi 1 janvier 2010 5 01 /01 /Jan /2010 19:09

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La presse citoyenne va-t-elle sauver le journalisme ?
(Lire aussi Le CONTRE)
Dans le grand bazar du web naissent peu à peu de nouvelles formes de presse, le journalisme participatif en est une. On peut choisir de regarder ce qui ne va pas. Ou décider de se centrer sur ce qui est intéressant. Le journalisme participatif est en marche on ne sait pas jusqu'où, mais la route qu'il a tracée ne s'effacera pas. Oh My News est un vrai succès, c'est même un modèle, malheureusement pas exportable. Agoravox s'améliore. Il commence à comprendre la nécessite d'une formule. Le Post se cherche encore. Il a réussi quelques scoops. Il rencontre un vrai succès auprès du public. Bondy Blog continue de progresser de manière étonnante, plus professionnel, plus journalisitique chaque semaine, sans rien perdre de son originalité. L'information à 3 voix de Rue 89 est un leurre, mais sait-on jamais....

Il emerge, qu'on le veuille ou non. Au milieu du grand capharnaüm du web. Mal, peu et en vrac, mais il émerge quand même. Bien sûr, si l'on en coryait les prophéties des derviches tourneurs des NTIC cela aurait dû être une révolution qui marche toute seule. Encore une.Mais il n'y a pas eu de génération spontanée. Quelle surprise ! Déjà le 7 avril 1864 dans une conférence célèbre donnée à la Sorbonne, Pasteur démontrait que les souris ne naissent pas spontanément d'un tas de chiffons moisis, pas plus que les micro-organismes ne surgissent spontanément d'une hypothétique "poussière fertile" ou gelée féconde". Il leur faut des germes, un bouillon de culture, des conditions viables, et un peu de soins. Il n'y a pas de génération spontanée dans le journalisme non plus. Le participatif surgit là où on se donne la peine de le cultiver. Et les mieux placés pour le faire restent les journalistes. Encore faut-il qu'ils y trouvent un intérêt. Voire plusieurs :

Redonner de la crédibilité au journalisme
Partager les savoir-faire journalistiques, c'est permettre au public de mieux comprendre comment  l'information se construit, quelles sont ses forces, ses limites. C'est éviter bien des malentendus entre producteurs et consommateurs d'information, bien des querelles inutiles. Adopter un langage et une culture communes. Permettre au public de construire des critiques argumentées et non pas basées sur des j'aime - j'aime pas. C'est l'aider à distinguer ce qui est information et ce qui ne l'est pas. Paradoxalement cela renforce la position des journalistes davantage que ça ne l'affaiblit. C'est accepter de travailler sous le regard critique de l'autre et non plus dans la tour d'ivoire du journaliste-qui-sait. C'est restaurer la confiance.

Sortir du "canon à dépêches"
De plus en plus souvent le métier de journaliste consiste à reprendre (en les enrichissant?) des dépeches d'agence. On n'a plus le temps ni le moyens d'aller sérieusement sur le terrain. Les sources d'information sont donc les mêmes pour tout le monde, le mode de traitement aussi. A quoi sert-il alors d'avoir plusieurs médias? Pourquoi les "lecteurs" accepteraient-ils de payer pour une information qu'ils trouvent partout gratuitement ? Avant la création de la première agence d'information en 1835 (Havas, devenue AFP), un journal puisait sa force dans son réseau d'informateurs. Le journalisme participatif lui permet de retrouver ce pouvoir. Par la même occasion, on en profitera pour échapper à l'agenda setting, ce calendrier des évènements "incontournables" imposés de l'extérieur et dans lesquels on trouve tant de manifestations purement médiatiques, d'anniversaires et de commémorations  totalement artificielles et autopromotionnelles.

Se détacher des attachés de presse
Coincé au desk, entre les dépêches d'agence et les communiqués des services de relations presse, le journaliste a de plus en plus de mal à conserver ses marges de manoeuvre, à décider lui-même ce qui est intéressant à traiter. Se démultiplier à travers les citoyens-journalistes lui permettrait d'échapper à cette emprise. Quitte à relater un évènement en passant par un intermédiaire, le témoignage d'un internaute vaudra toujours mieux que le dossier de presse d'un professionnel de la communication.

Se construire une communauté

A l'ère du web, pas de réseau social sans média, pas de média sans réseau social. Le internautes ne sont pas seulement des consommateurs. Avec une vraie implication pour produire, compléter, critiquer, commenter l'information, ils participent complètement à la construction du contenu. Ils permettent aussi une sorte de marketing éditorial permanent pourvu qu'on veuille bien les écouter et les entendre. La communauté n'est pas la clientèle du "journal", elle EST le journal. A l'heure où les internautes sont volatiles et les lecteurs-téléspectateurs encore bien plus, construire et cultiver une communauté de lecteurs-participants est un enjeu stratégique majeur. Pourvu qu'on ne considère pas les consommateurs-lecteurs comme des fatsfoodeurs à gaver. Et des producteurs gratuits de contenus comme des esclaves dans un champ de coton.

Déformater les pratiques du journalisme
Toutes les critiques portées au journalisme ne sont pas dénuées d'intérêt. Et pourtant, même si la profession fait semblant de les accueillir, le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'en fait pas grand chose. Ses pratiques ne changent pas. Comme toute forteresse assiégée, elle se défend en préservant ses acquis. Le formatage dans les école de journalisme continue. On fait de moins en moins confiance à l'exorecrutement. Les mêmes milieux professionnels passant par les mêmes écoles produisent les mêmes journalistes. Enfin du nouveau ? Peut-être serait-il temps de faire entrer le loup dans la bergerie...sinon c'est l'esprit moutonnier qui triomphera.

Regagner son indépendance
Voilà bien l'enjeu principal auquel le journalisme participatif peut concourir. Soumis aux pressions des pouvoirs en place, le journalisme n'a plus, comme au XXème siècle, le monde économique sur lequel s'appuyer. L'économique est un pouvoir, est LE pouvoir. S'il ne veut pas être asservi, passer sous les fourches caudines du politique et de l'économique, être à la remorque de leurs stratégies de communication médiatique, le journalisme ne peut s'appuyer que sur le public. C'est auprès de lui seulement qu'il peut trouver assez de force pour résister aux critiques et aux tentatives de déstabilisation. Assez de marges de manoeuvre pour décider de ce qui mérite d'être traité et comment. Pour imposer son propre agenda setting. C'est aussi auprès du public qu'il trouvera le nouveau modèle économique sans lequel il ne saurait survivre.

Pierre Gandonnière




Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 22:08
"La Communication au temps des réseaux " est  téléchargeable ici (Word)
1ère Partie  : les malheurs de la Pub

Y'a-t-il une vie après la publicité? Il faut l'espérer car elle va mourir. Du moins sous sa forme actuelle.  La communication d'entreprise n'aura même pas le temps de la pleurer, elle se sera déjà jetée dans les bras d'un autre, de plusieurs autres, même. Ce n'est pas la première révolution que connaît la communication  commerciale. Dans les années 20, Marcel Bleustein-Blanchet la fait passer de la réclame à la publicité. Il invente la scénarisation, les gimmicks, les ritournelles qui vont avec la radio ludique qu'il est en train de créer, Radio Cité. Il crée la forme qui va avec le nouveau média dominant : la radio. A la fin des trente glorieuses, Séguéla se fait le chantre d'une nouvelle forme de publicité. On est sorti d'un marché d'équipement  pour aller vers un marché de renouvellement. Il ne s'agit plus de dire : je suis un nouveau produit, un Frigidaire,  achetez-moi. Mais : je suis mieux que votre ancien modèle, remplacez-le. On est entré dans l'ère de la séduction publicitaire. Le Rire, le Rêve,le Risque, telle est la sainte trinité vue par le nouveau pape. Il faut faire aimer la pub, la faire accepter après Mai 68 qui a tant décrié la société de consommation. La faire percevoir comme une création à part entière, une activité pseudo artistique, un divertissement comme un autre pour le public. Le Nuit des Publivores réunit d'ailleurs tous ses afficion-ados mal grandis qui continuent de l'aimer candidement. Séguéla, c'est l'ère de la TV dominante. L'arrivée de l'internet est-elle une simple évolution d'adaptation au même titre que les précédentes ? Non. Pour la comprendre, il faut revenir avant le temps de la publicité, avant  la réclame, revenir avant même son ancêtre : l'annonce dans les journaux, avant les journaux.

Jusqu'au XIX ème siècle, on ne parlait pas d'image de marque, mais de réputation. Un producteur, maître artisan, était connu et reconnu pour la qualité de son travail. Il fallait plusieurs années, voire plusieurs générations, pour se constituer une telle réputation, bonne ou mauvaise, ou plutôt : pour que cette réputation se constitue, car on n'en était que l'objet, pas le sujet. La renommée se propageait à travers deux réseaux. Celui des pairs, des professionnels, des corporations (avant la Loi Le Chapelier, mars 1791).  Le Tour de France des Compagnons y jouait un rôle déterminant puisque l'information circulait essentiellement à dos d'homme. Le second réseau était déterminé par la clientèle, il se structurait selon les clivages de la société de l'époque, il en reproduisait les classes sociales. Il valait mieux être fournisseur du roi que du bailli. Elle pouvait s'entendre géographiquement jusqu'aux portes de la ville, dans tout le royaume, ou jusqu'à la cour de Russie.
L'arrivée de  la presse populaire de masse au XIXème siècle, puis des mass médias au XXème, va ruiner ce système des réputations  construites « naturellement ». Désormais, par une simple annonce parue dans un journal, un producteur peut se faire connaître instantanément du public, bien davantage et plus largement qu'un simple artisan qui aurait mis des années à construire sa notoriété. Pire, la notoriété vient supplanter la réputation. Or, elle est vide de sens, sans contenu. Pire encore, dans le système de réputation, ce sont les autres qui disent ce que je suis, qui évoluent mes qualités selon des critères qui sont les leurs. Avec l'annonce, il chante lui-même ses propres mérite. Les artisans de l'époque vivent très mal ce qu'ils prennent pour une véritable mystification. Pour eux, cette forme de communication est une imposture. Elle falsifie la relation entre producteur et consommateur. C'est déjà la porte ouverte à la publicité, y compris dans ses formes les plus pernicieuses et trompeuses.

Les mass médias vont renforcer encore l'impact de la publicité, d'abord avec la radio, qui lui apporte l'impression de proximité que donne la voix humaine, puis la télévision qui dominera le jeu grâce à la force de l'image.  Les 7 forces de la publicité sont en train de devenir ses 7 faiblesses.

Le public est traité comme une cible. La commucation est unidirectionnelle. On adresse un message à des interlocuteurs qui n'ont pour toute réponse que l'acte d'achat ou non. Le terme de cible indique d'ailleurs que les récepteurs ne sont que zones à bombarder de messages, c'est du vocabulaire militaire, celui qu'on utilise pour les frappes « chirurgicales ». Le public est réduit à sa dimension de consommateur, aux seules caractéristiques susceptibles de déclencher un acte d'achat. Tout l'enjeu de la publicité est de produire cet effet. Pour y parvenir, elle fait appel aux besoins primaires et les détourne de leur fonction. Elle cherche à descendre le seuil de conscience de ses cibles le plus près possible du niveau purement instinctif, réflexe.

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La force de la publicité repose sur la force des médias. Ceux du XXème siècle vont grandement servir servir ses intérêts. Ce sont des médias de diffusion avec une source unique qui arrose une cible de masse avec des messages standardisés. Le dispositif médiatique comme le contenu qu'il véhicule sont destinés à induire et à entretenir cette relation de dépendance passive (voir Le Vertige du Miroir). La consommation de masse va donc aves les médias de masse, la massification des messages et donc leur standardisation, qui correspond à la standardisation des produits industriels. On n'adapte pas les produits aux attentes du public, on adapte les goûts du public à ce que l'industrie est capable de produire en masse. La publicité est chargée de ce travail.

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Les règles du jeu sont devenues hétéronormées. Dans l'ancien système, le jeu des réputations se construisait sur relation directe entre producteurs et consommateurs : production de qualité → reconnaissance de la qualité de la production. Dans le système communicationnelle, la réputation n'est pas corrélée à la qualité ni à la satisfaction qu'on en retire, mais à la force de la pression médiatique. Le jeu est aux mains de professionnels de l'intermédiaire. Leurs productions médiatiques se sont autonomisées, elles répondent à leurs propres règles et modes de fonctionnement qu'ils imposent aux producteurs économiques, mais aussi politiques et sociaux. Le jeu échappe aux acteurs réels, ceux qui sont concernés directement par la communication, il est aux mains des médias. Les acteurs sont devenus objets de la communication dont ils sont supposés étre les sujets. C'est ce qui explique les distorsions et les conflits entre l'image médiatique construite et la réalité.


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La communication publicitaire est  soumise à la  domination du marketing. Celi-ci prétend représenter les besoins des clients-consommateurs. Or il n'en connaît au mieux que les mesures qu'il en fait. Et encore ! Faudrait-il en effet que les besoins pré-existent à leur prétendue révélation par le marketing, ce qui n'est vrai, au mieux,  que pour les marchés de renouvellement.  Le marketing ne peut mesurer ce qui est en train d'émerger, ce qui va emerger, ce qui est à inventer, c'est à dire qu'il ne sait rien des marchés à conquérir, il n'aide pas à voir l'avenir, il n'est qu'un rétroviseur. Il gouverne les suiveurs, pas les pionniers. Comme les sondages d'opinion, il mesure beaucoup moins  les attentes du public qu'il ne la fabrique en produisant des modèles et en les rendant publics.  Là où la communication pub est un détournement de la représentation du producteur ou de ses produits, le marketing est un détournement de la représentation du consommateur et de ses besoins.

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Sous prétexte d'efficacité, la publicité réduit toute communication à une formule abrupte de type : USP (Unique Selling  Proposal) : avantage distinctif qui fait vendre. Il s'agit d'appuyer sur un levier unique qui serait LA motivation d'achat. Un seul. Car proclame-t-on, "aucune annonce n'est assez grande pour contenir deux messages". Et cet avantage doit être distinctif, il doit permettre de se démarquer de la concurrence, de la supplanter, fut-ce en faisant appel à des qualités purement imaginaires. La publicité va jouer un rôle déterminant pour faire apparaître des différences d'image entre des produits standardisés que rien de permettrait de distinguer sinon. La rhétorique professée par Madison Avenue, La Mecque de la pub, repose sur une équation binaire : promesse/support de promesse.  Tel médicament supprime le mal de tête rapidement grâce à l'ibuprofène. A peu près personne ne sait ce qu'est l'ibuprofène et bien peu seraient capables de l'orthographier, mais la formule marche quand même. La logique apparente d l'argumentation n'est donc que pure illusion. Tout fonctionne dans l'imaginaire. En fait, l'argument "ibuprofène" joue le rôle d'une formule magique.


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D'autorité, la communication a remplacé l'information, décidant que seuls devaient être rendus publics les aspects du message qui servent les intérêts commerciaux de l'annonceur, et encore, sous une forme euphorisante. Elle a décide que le consommateur n'avait pas à être informé sur le produit qu'il achète. Mais qu'en est-il réellement des besoins du client? Cette forme de communication onirique et hyperbolique correspond-elle à ce qu'il souhaite? On ne le saura jamais. Une pub chasse l'autre, il n'a même pas le temps de se poser la question. Toutefois, à y regarder de près, la tendance ne va pas du tout dans le sens de la publicité, du moins du côté consommateur. C'est sous la pression des organisations que les étiquettes s'enrichissent d'année en année, d'informations réclamées par les consommateurs, au grand dam des publicitaires qui trouvent que cela ne fait pas très glamour et  s'intègre difficilement au design de leurs packaging. Toutes les informations qui sont aujourd'hui portées à sa connaissance sur les étiquettes ont été arrachées de haute lutte par la pression des consommateurs. Sous la pression du public encore que les pratiques de la publicité se "moralisent", qu'on revient sur les représentations d'hommes et de femmes idéalisés pour s'appuyer de plus en plus sur des acteurs qui ressemblent à "des vrais gens". Comme si peu à peu le vernis craquait. Et révélait qu'en matière de communication commerciale, les attentes du  public sont fortement en décalage par rapport à l'idée que s'en font les professionnels. 


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Parvenus au sommet de son art, la publicité est désormais capable de vendre de l'image pure, elle se vend elle-même, elle fait la publicité de la publcité, le produit n'est plus qu'un prétexte, un produit dérivé du spectacle publicitaire. Cette déréalisation, cette fictionnalisation du réel, atteint aujourd'hui ses propres limites. Comme le monde journalistique a réussi à construire une réalité médiatique cohérente, qui fait écran au réel et s'en est largement autonomisé (voir La Construction médiatique de Vaulx-en-Velin), le monde publicitaire a construit une pseudo-réalité cohérente mais virtuelle où les représentations de produits et des entreprises se confrontent dans un ailleurs, un espace-temps médiatique qui obéit à ses propres règles.

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