Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 18:46

 

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Qu’arrive-t-il donc à une information qui entre dans la machine médiatique?  

 

Voilà qu’on reparle des époux Lavier. Leur nom avait  été cité une première fois lors du procès d’Outreau en 2004. Tous coupables ! Dix-sept personnes étaient traînées devant les tribunaux pour viol sur mineurs. Des monstres comme on disait à l’époque. Un chapiteau de cirque avait même été installé devant le Palais de Justice d’Outreau pour que le public puisse assister à la représentation. Un an plus tard en appel, treize d’entre eux sont acquités à la demande du procureur lui-même. Tous innocents. Et puis là, il y aurait comme une addition mal soldée, les époux Lavier ne seraient pas blanc-bleu.. On se dit que peut-être tous n’étaient pas aussi innocents que ça, qu’on est peut-être allé trop vite dans les deux cas. Il ne s’agit pas ici de refaire le travail de la justice mais de regarder celui de la presse, sa façon de mener le story telling. Scénario N°1 : la machine médiatique lave plus noir que l’encre. Elle surenchérit sur l’affaire Dutroux. Scénario N°2 : la machine lave plus blanc, tout le monde sort immaculé du tambour. Scéario N°3 : tiens, elle découvre qu’il y avait peut-être de la couleur, et des nuances dans tout ça. D’ailleurs il y a bien eu quatre condamnées. 

 

Sur la photo Pierre Perret sort ravi du tribunal. Avec ce sourire qu’on lui a toujours connu. Il vient de faire condamner le Nouvel Observateur pour diffamation par la XVIIè Chambre Correctionnelle de Paris. En cause un article de Sophie Delassein qui l’accuse d’imposture sur ses relations avec Paul Léautaud et d’avoir pillé l’oeuvre de Brassens et Garcia Lorca. “Un réquisitoire d’une singulière  violence “, mais sans fondement stipule le tribunal. Mais voilà tout de même un homme qui vient d’être traité de menteur et de plagiaire pour la première fois de sa carrière en plus de cinquante ans. Scénario journalistique : Pierre Perret est un des artistes les plus populaires, tout le monde l’aime, il est au dessus de tout soupçon. Voyons si on peut le retourner dans son contraire : “c’est un imposteur”. Et la salissure ne s’efface jamais. 

 

Il faut qu’un article ait du caractère, pour que l’encre prenne. il ne peut pas faire dans la nuance, le clair-obscur, l’estompé, le gris clair. Il doit trancher dans le vif, porter le fer même là où il n’y a pas de plaie. Il faut que  ça claque, il faut que ça buzze. Tant pis pour la réalité, elle va prendre quelques coups au passage, mais elle n’avait qu’à pas se trouver sur le chemin. Le journalisme est passé d’une recherche des faits à une recherche d’effet. Une information qu’on ne remarque pas n’existe pas. Alors on défend une thèse, on s’y accroche, on la nourrit, on ne souffre pas la contradiction sinon c’est tout l’édifice qui s’effondre. 

 

Dans la machine médiatique, comme dans un lave linge, toute information qui entre prend la couleur du lige qui déteint le plus. 

 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Le Club des Citoyens
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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 17:37

 

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Depuis des décennies on  enseigne aux communiquants à fonctionner sur le modèle :

Emetteur   Message Récepteur.

On a beau rajouter la boucle de rétro-action, le feed back,  pour tenter de se convaincre que l’interlocuteur est bien là, quelque part, et qu’on règle l'émission en fonction de lui, le compte n’y est pas. Le destinataire ne peut pas être : juste un réglage.

 

Depuis des décennies la publicité s’adresse à son public comme à des cibles qu’il faut bombarder de messages pour obtenir un effet, qu’on mesure. Et plus l’impact est important et plus la communication est réussie. Ainsi la progression de la malbouffe, la gadgétisation du monde, la marchandisation du vivant, le culte de l’éphémère, la course à l’obsolescence peuvent-elles être considérées comme  le résultat  de communications réussies. On ne peut pas se contenter de mesurer les effets d’une communication en fonction des bénéfices qu’en retire l’émetteur. Les dégâts collatéraux sur les personnes et sur l'environnement doivent aussi être pris en compte. Le destinataire ne peut pas être : juste une cible

 

Les réflexions sur les pratiques commerciales ont conduit à poser les principes d’un commerce équitable, à définir des règles d’échanges qui ne soient pas seulement à l’avantage du plus fort, mais qui s’équilibrent entre les deux parties. D’un côté des bénéfices commerciaux, de l’autre la garantie d’une juste rémunération du travail + des marges de manoeuvre permettant au producteur d’assurer son propre développement et les conditions d’une vie décente. 

 

Et pour la communication, rien? Les producteurs de communication vont-ils continuer à régner en maître sur le domaine en ne s’intéressant à leurs interlocuteurs que pour ce qui sert leurs intérêts à court terme? Réduction du citoyen à l’état de consommateur, confisquation des aspirations humaines au profit de la seule pulsion d’achat, modélisation de toutes relations sur le schéma : fournisseur-consommateur. Même dans le monde associatif?  Même dans le monde de l’éducation, dans le monde de la santé? Même dans la politique, qui en meurt ? 

 

Il y a mieux à faire avec la communication.

Les médias sociaux développent déjà de nouvelles pratiques. Sur un mode plus interactif, les rôles y sont interchangeables : producteur, transformateur, distributeur, consommateur, recycleur. Sur un mode plus équilibré, autour d’une nouvelle éthique : personne ne s’impose, on cherche à se faire accepter. Sur un mode plus social au sens de “société  : on pense “communauté”, “réseau”.  

 

Est-il possible de jeter les bases d’une communication équitable? De trouver de nouvelles pratiques en entreprise et en société qui permette à la communication d’être partagée au lieu d’être confisquée? 

 

Les médias non-finis comme l’internet permettent de contourner les systèmes oligarchiques qui ont mis la main sur les médias traditionnels. Ils ouvrent de nouveaux espaces de liberté à défricher, de nouvelles civilisations à construire. Une nouvelle communication à inventer.

 

Une communication basée sur des principes comme :

 

1. Primum non nocere. C’est le premier principe de la médecine : d’abord ne pas nuire. Etre responsable de sa communication, des conséquences qu’elle engendre, s’assurer qu’elle ne porte pas préjudice au destinataire. 

 

2. Principe d’écoute. Il découle du premier. L’intérêt du “client-demandeur” n’est pas la seule variable à prendre en compte même si c’est lui qui paie. L’intérêt du destinataire est aussi important, pas de communication qui ne vise à satisfaire ses  besoins en communication. Ses besoins vrais, ceux qu’il exprime librement. Pas ceux qu’on lui prête. Ecouter celui à qui on veut s’adresser d’abord. 

 

3. Principe de générosité. C’est une règle ancestrale, tout commerce, et donc toute communication, commence par des offrandes. Une grande partie de ce qui se communique doit être mis à disposition gratuitement. Il faut nourrir la machine à communiquer. Le payant finance le gratuit. Le “marchand” n’est qu’une partie de l’ensemble. Il ne cherche pas à tout envahir.

 

4. Principe de co-production. Avec les  médias interactifs, produire la communication d’un seul côté n’a pas de sens, c’est même un abus de pouvoir, une tentative de sujétion, de domination. Les processus coopératifs permettent d’adapter la communication  chemin faisant, en prenant en compte au fur et à mesure le point de vue de l’autre. Grâce à eux, on peut parvenir à une relation de communication équilibrée.

 

5. Principe d’équité. Chacun doit trouver son compte au final. Ce que l’un gagne ne doit pas être perdu par l’autre. Comme dans le commerce équitable, il faut redéfinir les termes de l’échange. En quoi la participation de l’acteur économique contribue-t-elle au développement de tous, et particulièrement de son client? 

 

On ne peut pas se contenter de communiquer selon les principes de Madison Avenue, ni selon ceux des fils de pub des années 80, ni selon ceux du "marketing viral" qui porte trop bien son nom pour qu’on puisse se méprendre sur son compte. Ce sont de nouvelles pratiques, de nouvelles règles négociées avec le public et non plus imposées, une nouvelle éthique qu’il nous faut trouver.

Nous, les professionnels de la communication d’entreprise, de la publicité, de la communication dite “d’influence”, de la communication publique, de la communication politique, du monde des médias et même du journalisme.

 

Pierre Gandonnière

NB Ce texte est une première ébauche. Chacun est invité  à participer à sa construction (corrections, remarques, ajustements, propositions, discussions). 

 

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Les Essentiels - Communauté : Le Club des Citoyens
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Lundi 13 décembre 2010 1 13 /12 /Déc /2010 11:55

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Nouveau look, nouvelle rhétorique, pour la première fois sur France 2 Marine Le Pen enfilait les habits de candidate virtuelle à la présidence de la République,l’occasion de voir ce qu’il en est des talents tribuniciens de celle qui devrait succéder à Jean-Marie Le Pen. Elle s'appuie sur tout une série de “vérités” assénées avec aplomb, mais qui ne résistent pas beaucoup à l’examen.
 
Marine Le Pen s’appuie sur une stratégie d’offensives tous azimuts. Des affirmations péremptoires, des mises en accusation permanentes,des attaques indirectes pleuvent de tous côtés. Ses interlocuteurs sont acculés en défense, sommés de se justifier, de justifier leurs proches, leur parti, leur camp. Ce qui les installe dans une figure de coupable, il est impossible de répondre à tout. Et laisse les mains libres à Marine Le Pen. Trop occupés à se défendre, ses interlocuteurs ne pensent même plus à lui porter la contradiction.

Pourtant la liste de contre-vérités (pour ne pas dire : de mensonges) proférées par la leadeure du FN est impressionnante. En voici quelques unes :
  • Le Royaume Uni aurait été moins touché par la crise que la zone euro
  • Plusieurs pays dont l’Allemagne, le Portugal, l’Italie, envisageraient de sortir de l’euro
  • Le président Nicolas Sarkozy subventionnerait “la totalité des associations communautaristes”
  • Alain Duhamel aurait affirmé que la crise financière s’arrêterait à la Gréce....
Tellement qu’Alain Duhamel finit par exploser (fait unique à la TV) : “Mais vous me prenez pour un imbécile!”

Et pourtant aussi, les rares propositions qu’elle ose ne tiennent pas une minute devant le débat, tant elles sont énoncées sur le mode incantatoire, celui de la pensée magique. Par exemple :
  • Fermeture des frontières. Mais tous les traités européens prévoient la libre circulation des personnes et des marchandises. Des douaniers ne pourraient que laisser passer tout le monde ou asphyxier le pays en l’empêchant de commercer.
  • Réserver les prestations sociales au nationaux. Oui mais les cotisations sont payées par tout le monde. On ne peut pas interdire à quelqu’un de toucher des prestations pour lesquelles il a cotisé. Ou alors il ne cotise pas. Mais alors son salaire revient beaucoup moins cher que celui des “nationaux”.....
  • Revenir au franc pour pouvoir le dévaluer. Mais alors, fait remarquer Duhamel, le prix du pétrole va flamber, celui des entreprises française chuter, avec le risque de rachat par l’étranger, de délocalisations? Non, dit-elle. Car ce sera une dévaluation “compétitive”.
Incantatoire.


Mais de quoi s’habille le nouveau Front National?
Il prétend laisser de côté les oripeaux de Papa et se tailler un costume (ou un tailleur) sur mesure.

Dédiabolisation
Le FN serait  une victime des médias et de “l’établissement” comme dirait le vieux chef. Marine se démarque de son père sur des dérapage comme les chambres à gaz “détail” de l’Histoire. Elle récuse les groupes  extrémistes que Bruno Gollnisch soutient, elle récuse de même l’étiquette de droite “extrême”. Mais le seul reproche qu’elle trouve à leur faire n’est pas justement d’être extrémiste, raciste ou antisémite, mais d’être “ringards” appartenant au passé. Or ses  récentes déclarations assimilant les prières dans la rue à l’occupation allemande renouent avec ce qu’elle prétend dénoncer. Il faut croire qu’on ne cherche pas tant que cela à se débarrasser de la diabolisation, qui doit être un des fondamentaux de l’identité du FN.

Mono-mousquetaire
Seul contre tous. Marine Le Pen présente tous les autres partis comme rêvant d’adapter la France à la mondialisation. Tous : l’UMP, le Modem, Le PS, les “Verts”.. et seul le FN s’y opposerait.Cette affirmation ne résiste pas une seconde à l’examen. Comme si à droite, il n’y avait pas Dupont-Aignan, De Villiers, mondialistes? Et à gauche : Mélenchon, José Bové,Besancenot.....Oui la question de la mondialisation est politiquement clivante, même à l’intérieur des partis, mais il n’y a pas d’un côté le FN et de l’autre le reste du monde. Ou l’Europe, que Marine Le Pen qualifie de “totalitaire”. Cet argument ne tient pas debout. Il  a pour seul intérêt d’installer l’image d’un FN, seule citadelle protectrice contre les invasions étrangères,comme le château-fort au Moyen Age. Ce n’est pas la réprésentation d’une réalité mais d’une image fantasmée. D’où l’intérêt de la diabolisation qui dresse en effet l’ensemble de la classe politique contre le FN

Vive la laïcite !
Ce thème est nouveau dans le discours du FN. Voilà bien une chose d’autant plus étrange que les catholiques intégristes constituent un des piliers du parti. La laïcite est la neutralité de l’espace public par rapport aux religions. Manifestement il ne s’agit pas de cela au FN. Dénonciation des musulmans qui prient en pleine rue? Mais les processions catholiques, les messes en plein air du pape, la participation du président de la République à des cérémonies religieuses ? Aucune objection. Voilà pourquoi certains défenseurs de la laïcité se trouvent noyautés par l’extrême droite. Le FN croit trouver  ici une base légale lui permettant de mener une offensive contre  l’islam et uniquement contre lui.

Contre le communautarisme
Marine Le Pen n’a pas de mots assez durs pour fustiger cette dissolution de l’identité française dans la mondialisation. Et ce n’est pas de la xénophobie affirme-t-elle, puisqu’il y a au FN des gens issus de l’immigration parfaitement assimilés. Mais c’est bien là le problème. Car elle décrit une nation idéale qui serait fermée à l’intérieur de ses frontières, n’acceptant que ses propres règles du jeu, réservant des avantages uniquement à ceux qui en sont membres, n'acceptant de nouveaux venus de l’extérieur qu’à la condition qu’ils s’assimilent totalement, qu’ils fassent disparaître tout ce qui faisait leur identité, leur différence. mais c’est la définition même du communautarisme. Le FN n’est pas anti-communautariste, il est un communautarisme.

Les gestes parlent plus fort que la voix.
Deux attitudes particulièrement marquantes de Marine Le Pen pendant ce débat.
1. “Lie to me”. Marine Le Pen  se referme sur elle-même, baisse légèrement la tête, réunit des mains sur le bureau, les croise ou les tord, ...quand elle profère une énorme “contrevérité”.
2. Pendant qu’elle écoute Rachida Dati lui dire à quel point la mise en accusation des “immigrés” dans leur ensemble peut être blessante, Marine Le Pen secoue la tête, comme devant un enfant qui ne comprend rien, elle qualifiera d’ailleurs ces propos de “logorrhée”. Puis elle se redresse pour répondre, regarde son interlocutrice de haut, hausse le ton et martèle chacun de ses mots en tapant sur la table avec l’index. On n’est pas du tout dans la situation où deux personnes débattent à égalité, mais où l’une des deux cherche à remettre l’autre à sa place. On interprêtera cela comme on voudra.
Pierre Gandonnière
Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Politique - Communauté : Politique française
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Dimanche 28 novembre 2010 7 28 /11 /Nov /2010 15:37

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La presse populaire de masse est née au milieu du XIXè. Elle s’est appuyée sur la révolution industrielle pour s’affranchir du pouvoir politique qui l’avait maintenue sous tutelle pendant des siècles. A l’époque, elle a trouvé son autonomie grâce à un modèle économique  fondé sur les prix bas (rendus possibles par la réduction des coûts de fabrication) et l’ouverture à la publicité. La presse gagne de l’argent. Elle est prospère. Elle participe du libéralisme qui est alors un mouvement d’émancipation général.

Aujourd’hui le pouvoir dominant n’est plus politique mais économique. Les médias se trouvent pris au piège. D’une part, ils dépendent de recettes publicitaires qui se font rares. De l’autre, ils appartiennent à de grands groupes industriels venus d’autres secteurs économiques. En déclin, les entreprises de presse sont maintenues en survie artificielle par des aides de l’Etat et par le renflouement incessant de leurs actionnaires. Les journalistes eux-mêmes vivent dans des situations professionnelles de plus en plus précaires. Pigistes ou correspondants, ils sont payés à la tâche, à la commande, obligés de satisfaire le ‘client’, sous peine de ne pas être reconduits. Même quand ils le souhaitent, ils n’arrivent plus à exercer leur métier normalement, pris par le temps, la course au scoop, au buzz, l’invasiondu people.

 

Il n’y a pas de presse indépendante sans indépendance économique. Les médias les plus prospères, ceux qui ont la plus forte audience, sont aussi ceux dont le contenu est le plus insignifiant. De l’autre côté, les médias à forte valeur ajoutée, restent confidentiels voire élitistes. La presse “populaire” est de plus en plus vide d’information.

 

Le désintérêt de la chose publique qui en résulte menace directement la démocratie. Si le politique n’a pas à dicter au journalisme la manière d’exercer, il doit en revanche créer les conditions pour que cet exercice soit possible. ( A moins qu’il ne croit qu’il suffit de laisser faire le marché).

 

Propositions

Pour éviter les collusions d’intérêt encombrantes entre des entreprises de presse et des médias dont elles seraient actionnaires : créer des fondations de presse pour financer les médias. Les entreprises pourraient y verser des fonds sans devenir directement actionnaires.

 

Parce qu’un média d’information n’est pas une entreprise comme un autre, encourager la création de SCIC (Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif) de presse. Au Conseil d’administration siègent les financeurs, les salariés et les utilisateurs. Statutairement l’indépendance du média est garantie, tant qu’il poursuit un but “d’intérêt collectif”.

 

Pour en finir avec le formatage des journalistes qui sortent des mêmes écoles et des mêmes milieux sociaux, développer des filières d’apprentissage permettant à des jeunes de tous milieux d’accéder aux professions du journalisme et d’y défendre une vision du monde plus diverse. 

 

Pierre Gandonnière

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Le Club des Citoyens
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Dimanche 21 novembre 2010 7 21 /11 /Nov /2010 17:02

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Lyon, place Bellecour 21 octobre 2010. En plein coeur des manifestations contre la réforme des retraites, les forces de l’ordre ferment la plus grande place de la ville prenant au piège 620 personnes manifestants ou simples passants, pendant près de cinq heures, sans aucune justification légale, au mépris des droits les plus élémentaires. Les droits de l’homme par exemple. Empêchés de sortir, d’aller aux toilettes, d’avoir de quoi boire,  d’aller et venir. Et puis : gazés au lacrymo, mitraillés au canon à eau, molestés. Prisonniers de policiers et gendarmes en tenue de combat, de véhicules blindés dont un du GIPN (anti-terroriste), un hélico et des canons à eau. Et pour finir : relâchés un par un, “triés par couleur”, selon des  témoignages concordants, les blancs rentrant chez eux, les rebeux et les blacks montant dans les bus de la police.  Et tout le monde photographié, fiché. La plus grande garde à vue à ciel ouvert jamais organisée dans ce pays. Et rien, ca ne fait pas la une des journaux, pas l’ouverture du 20 heures, aucun ténor politique ne s’empare de l’affaire. Pourquoi?

 

Ca ne se passe pas à Paris. La même chose place de la République ou place de la Nation, c’est hurlements assurés dans toute la médiasphère, et même à l’international. Mais voilà, les médias se centralisent de plus en plus, comme le pouvoir. Ils se concentrent sur eux-mêmes, ils finissent pas se convaincre que seul est intéressant ce qui arrive en bas de chez eux. La politique, la culture, les découvertes  techniques ou scientifiques, la vie moderne, les évolutions de la société, c’est à Paris. L’Histoire s’écrit à Paris. En province : les informations locales. Des échauffourées, des émeutes à la rigueur, mais pas plus. C’est l’application directe de la Loi de proximité bien connue en journalisme. Ce qui arrive près de chez moi  a plus d’importance que ce lui arrive ailleurs.

Y’a plus personne. Les “grands journalistes” sont partis.  Bien sûr les chaînes nationales avaient envoyé des équipes spéciales pour couvrir les évènements de Lyon, la visite du ministre Hortefeux le mercredi. Mais justement les journalistes sont rentrés aussitôt. Il n’ont pas assuré de suivi. Pas cherché à recueillir les témoignages de ceux qui ont été libérés seulement à partir de 18h30 19h00 et qu’on ne pouvait pas retrouver avant le lendemain.  Les dizaines et dizaines de témoignages qui donnent l’ampleur de l’évènement. 

Un clou chasse l’autre. C’est le principe même de l’actu, il faut sans cesse du nouveau, on n’a pas le temps de creuser. Ainsi vendredi 22, il se passe des tas de choses passionnantes. Onze personnes défenestrées dans les Yvelines, qui disent avoir vu le diable. Jeudi Noir expulsé de la place des Vosges. Et une guerre de réquisitions dans la raffinerie de Grandpuits en région parisienne, le préfet réquisitionne, les syndicats font annnuler, le préfet re-réquisitionne. Avec ça, on risque de manquer de pétrole pour le week-end de la Toussaint. Voilà qui est intéressant, il est temps de revenir à la maison. 

 

Mais pour tout dire, l’affaire ne fait pas beaucoup de bruit sur le coup, parce que personne n’y a intérêt. Sûrement pas le préfet du Rhône, depuis la visite du ministre sa stratégie de “maintien de l’ordre” a viré à 180°. Pas non plus le maire de Lyon. Il est bien trop fier de montrer comment il prend la sécurité très au sérieux, à tel point qu’il a donné aux forces de police la possibilité d’exploiter en direct toutes les images de vidéosurveillance, sans que le comité d’éthique chargé de vérifier si les droits des personnes sont respectés, n’ait son mot à dire. Pas non plus l’opposition municipale, de droite, puisqu’elle représente la majorité nationale, de droite. 

 

Sans les  victimes qui ont créé le Collectif du 21 octobre, le Syndicat des Avocats de France et le Syndicat de la Magistrature qui les soutiennent, elles qui ont organisé  ce samedi 20 novembre “La Prise de la Bellecour”, obligeant les médias à revenir sur ces évènements, la page serait définitivement tournée. “Les médias”, non, seulement quelques médias locaux. Car ça ne se passe pas à Paris, ce n’est pas un évènement de portée nationale. Les atteintes aux droits de l’homme suivent la loi de proximité. 

 

Pour qu’un évènement n’ait pas lieu, il faut donc :

 1 Qu’il se passe dans un endroit qui n’est pas labellisé : théâtre d’évènements nationaux.  Bref, en province. 

2 Qu’il n’y ait pas de vrais journalistes pour le couvrir. De ceux qu’on envoie du desk, parce qu’au moins ils sont la crédibilité nécessaire. 

3 Qu’il n’y ait sur place aucune personnalité “nationale”, c’est à dire des clients habituels des médias, pour attirer l’attention dessus. (Sûr que si Mélenchon était venu....)

4 Que les autorités locales, les voix officielles,  n’aient aucun intérêt à faire mousser le bain.

      Une garde à vue illégale de 620 personnes est donc un non-évènement.

 

Pierre Gandonnière

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Lundi 8 novembre 2010 1 08 /11 /Nov /2010 15:32

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C’est reparti, ils ne se passe pas un jour sans que des accusations fusent contre les journalistes. Non pas : ils se sont trompés, ou : ils exagèrent. Mais : ils mentent. Donc ils savent très bien quelle est la vérité mais ils disent le contraire. Il ne s’agit pas de prétendre que la presse n’est pas criticable. Sur ce blog, on passe son temps à le faire. Mais il s’agit pour une fois de critiquer la critique. La presse ment-elle? Pourquoi tant de gens le pensent-ils? 

 

Les militants. Pour ceux de droite, les journalistes sont tous de gauche, c’est comme ça. Pour ceux de gauche, c’est l’inverse, ils sont vendus à la droite. Ils appartiennent à de grands groupes capitalistes et sont incapables de résister à la pression. Ils écrivent donc ce qu’on attend d’eux. Ils sont les valets d’une  presse bourgeoise. L’ennuyeux avec les militants, c’est qu’ils sont tous convaincus qu’ils ont raison et que  les autres  ont tort. Et réciproquement. Le militant est sûr d’une chose : il détient la vérité, elle est dans sa tête. Du coup il n’a pas besoin de la chercher dans  les faits. Tout journaliste qui ne reprend pas le bréviaire militant sans y changer une seule ligne est un traître. Si en plus il se permet une distance critique son compte est bon. 

 

On nous cache tout, on ne nous dit rien. Non seulement les journalistes racontent n’importe quoi, mais ils gardent le silence sur les sujets importants, les vrais sujets, ceux qui intéressent les gens, les sujets qui fâchent, ceux qui dérangent, les seuls vraiment dignes de figurer dans un journal. Ah bon.  Mais c’est quoi alors, ces “vrais sujets”? Pas facile de répondre parce que personne n’est d’accord là-dessus. Il n’y a pas plus de consensus dans l’opinion publique sur cette question qu’il n’y en a dans le monde du journalisme, si l’on en croit les différences de sommaire qu’on peut trouver entre L’Humanité, Le Figaro, ou la Charente libre. On va donc pouvoir continuer de croire que si un sujet n’est pas traité par tel journal, c’est qu’il a été volontairement occulté, parce qu’il déplaisait, et qu’il y a eu des pressions. De même qu’on va se convaincre que, plus on est critiqué, plus on cherche à nous faire taire, plus ça prouve qu’on a raison.  Plus on dit des conneries et plus on a raison, donc. 

 

Les journalistes se construisent des vérités médiatiques et ne veulent plus en démordre. Ce n’est pas faux. Les vérités médiatiques se refilent un peu comme la chtouille, on ne sait jamais qui a commencé, mais une fois que c'est dans le circuit, on n'arrête pas de se la repasser.  Et ça c’est un erreur. On devrait toujours vérifier une info, même quand elle vient d’un confrère. Car une fois que la pomme pourrie est tombée dans le chaudron, difficile de la rattraper. Difficile d’admettre qu’on s’est trompé. Mais ceci étant dit, l’essentiel du travail de journaliste consiste bien, encore et toujours, à publier des informations vérifiées et correspondant aux faits. Beaucoup plus vraies et beaucoup plus vérifiées que les rumeurs, les idées carrées des militants ou les vantardises promotionnelles des héros autoproclamés. 

 

 

Alors bien sûr, la tentation est grande de ruer dans les brancards, d’attaquer la presse dès qu’un article déplaît, de faire comme s’il ne reposait sur rien, comme si le journaliste avait tout pris dans son imagination, comme s’il n’y avait aucun travail de recherche et de validation derrière. Comme si le boulot de la presse, malgré toutes ses imperfections, ne consistaiti pas quand même à rechercher la vérité. Mais le voilà, le problème. La vérité n’intéresse personne. ce que les gens veulent, c’est avoir raison.

Pierre Gandonnière

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Jeudi 14 octobre 2010 4 14 /10 /Oct /2010 18:18
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Lire aussi "Une presse libre est-elle possible? " sur Novo Idéo
Arlette Chabot débarquée par le nouveau président de FranceTélévisions lui-même nommé par le président de la République ? Quoi qui ait motivé la décision de Rémi Pflimlin, elle est douteuse parce que prise par "l’homme du président". Deux amuseurs publics Stéphane Guillon et Didier Porte virés de France Inter par la nouvelle direction nommée par le même président. Quoi qui ait motivé, la décision etc... Selon Dominique Berretta du Point,le président va jusqu’à transmettre le liste noire des animateurs qu’il ne veut plus voir : Laurent Ruquier, Patrick Sébastien, Eric Zemmour,Guilllaume Durand. Et ceux qu’il veut voir : Les frères Bogdanov, Patrick Sabatier, Didier Barbelivien. La situation n’est pas nouvelle. La désignation en 2005 de Patrick de Carolis par le CSA avait déjà fait grincer des dents. N’est-il pas le biographe officiel de Madame Bernadette ? Pas nouvelle mais pire. Selon Nicolas Sarkozy l’indépendance d’avant était une “hypocrisie”. On a remplacé l’hypocrisie par le cynisme.
Aujourd’hui le lien entre les directions des médias publics et le pouvoir est direct. Le CSA ne joue même plus le rôle d’entremetteuse. Il est d’ailleurs devenu une structure obsolète autant qu’aberrante puisqu’il est à la fois l’arbitre des médias, et le responsables d’un camp : celui des TV publiques concurrentes des TV privées.

Or, le pouvoir du président de France Télévisions n’a jamais été aussi fort. La grande réforme lancée par Carolis en juillet 2007 organise la fusion progressive de toutes les chaînes dans une seule entité à l’horizon 2012. Le pdg du groupe sera alors seul maître à bord. Les directions de chaînes seront réduits à l’état de chefs de bureau.

La suppression même partielle de la publicité entraîne une dépendance financière très forte avec le Parlement. Sans une rallonge budgétaire de l’Etat, la télévision publique serait en faillite (458 millions cette année). Or le sous financement de la télévision publique française est patent. Par comparaison le budget de France Télévisions est de 2,7 Mds euros quand celui de la BBC est de 6,2 Mds euros. La redevance française (seule ressource propre garantie) est de 116 euros contre 118 au Royaume Uni. L’avenir de la TV publique s’annonce inquiétant. Les menaces budgétaires, la mainmise du politique, les grandes restructurations en cours avec renégociation des statuts ne peuvent qu’entraîner une forte inquiétude chez les personnels qui ne sont pas en situation de pouvoir défendre leur indépendance. Or le service public de l’information doit être garanti, d’autant plus dans une période où la presse est malade. Outre les questions de ressources, d’organisation interne, de définition des missions, il est urgent de réformer la gouvernance de France Télévisions pour que le groupe devienne enfin maître de son destin et fonctionne comme un service public des médias.
Propositions
1. Doter France Télévision d’un conseil de surveillance composé de 12 membres : 4personnes qualifiées désignées par le politique, l’Assemblée Nationale et le Sénat (dont obligatoirement 2 membres de l’opposition), 4 professionnels désignés par les personnels des chaînes (et qui quittent leur emploi aussitôt), 4 téléspectateurs désignés par tirage au sort. Le conseil de surveillance est doté d’un budget et de moyens humains lui permettant de lancer toute étude ou audit sur le fonctionnement des chaînes.C’est lui qui nommerait le pdg du groupe et les membres du directoire.
2. Doter France Télévision d’un directoire composé du pdg + les dg de chacune des cinq chaînes responsables devant le conseil de surveillance.

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Médias - Communauté : Le Club des Citoyens
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Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 15:18

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L'anti-communication est une science exacte. Elle ne soufffre pas l'à peu près. C'est par un application rigoureuse de ses principes et de ses méthodes qu'on parvient à un résultat satisfaisant. Essayons de les découvrir ensemble.

 

Leçon N°1 : Ne pas écouter

Et pour cela on peut repérer cinq tactiques:


1 Fermer les écoutilles. Dans n'importe quelle formation en communication interpersonnelle, on explique comment laisser une place à la parole de l'autre en utilisant des questions ouvertes plutôt que des questions fermées. Et bien justement, dans l'anti-communication on ferme tout. On pose des questions comme un formulaire de Sécurité Sociale. Il faut entrer dans les petites cases et cocher au bon endroit : oui ou non. Toutes les démarches administratives fonctionnent sur ce modèle, toutes les politiques publiques aussi. Malheur à celui qui n'entre pas dans le moule à gaufre.

 

2 Renverser le jeu. Dans une démarche classique de communication on part de la demande du client (large) qu'on précise peu à peu par des questions pour arriver à ce qu'on peut faire pour lui. Dans l'anti-communication on procède à l'inverse, on part des réponses pour arriver aux questions. Une publicité l'explique parfaitement : « nous avons les réponses, posez-nous les questions ». Le jeu consiste alors à deviner les questions qui correspondent aux réponses que le système garde en stock. D'ailleurs, quand on essaie de poser une vraie question, le système plante (voir plus loin : Jouons avec l'anti-communication). Les standards automatiques, les FAQ, fonctionnent selon ce modèle là. Mais plus grave on oblige des répondants humains à fonctionner aussi de cette manière. (Exemple : les plateformes téléphoniques)

 

3 Refaire le portrait de son interlocuteur, lui montrer clairement ce qu'on attend de lui, comment il doit se comporter pour que tout se passe bien. « Mais c'est normal! ». Pas tant que ça. On pourrait s'attendre à ce que ce soit le fournisseur qui s'adapte au client et pas l'inverse. Dans les publicités, le client est : 1 satisfait (« Heureux? »  « -Très heureux ! »), 2 docile, il accepte toujours ce qu'on lui propose (« vous voulez qu'on prenne un rendez-vous, » « pourquoi pas ») et 3 un peu idiot (« j'ai un cabinet d'assurance avec une vingtaine de collaborateurs, je voudrais en enbaucher un de plus, je ne sais pas sur quelle base le payer... » Tiens, comment a-t-il fait pour les 20 premiers? ). En contemplant le visage du client idéal, qui, lui, est satisfait, le mécontent doit se dire que c'est sûrement de sa faute, le problème doit venir de lui, il n'a pas dû faire ce qu'il fallait. D'ailleurs, c'est à peu près ce qu'on lui répond quand il râle.

 

4 Disqualifier les contradicteurs. Celui qui n'est pas du même avis que vous ne peut pas avoir raison. Soit c'est un râleur professionnel (la « grogne » sociale), soit c'est quelqu'un qui est contre tout (il est pour « l'immobilisme »), soit il n'a rien à proposer, ou rien à dire parce que lui-même ne vaut pas mieux. Ou bien c'est un « provocateur », donc il ne faut surtout pas l'écouter. Des fois qu'il provoquerait une prise de conscience. Dans tous les cas il s'agit de faire diversion et de ne surtout pas répondre que le fond, par de vrais arguments. Ainsi il n'y a pas dé débat possible, seulement des confrontations.

 

 

5 Flinguer toute parole dissonnante. L'Eglise de Scientologie avait pour habitude d'attaquer ses détracteurs en justice dans tous les pays où elle est présente, en même temps. C'est dissuasif. Aucun éditeur n'a les moyens de se payer 40 procès, dans 40 pays avec 40 avocats, même en les gagnant. Aujourd'hui, en plus des classiques pressions sur les rédactions, on n'hésite pas à traîner les journaux devant les tribunaux, mettre les journalistes en garde-à vue, mener des perquisitions dans les médias, même si ça ne donne rien, par pure intimidation. Enfin, dernière étape de la stratégie, on s'en prend directement aux sources. Les petits malheurs de David Sénat, le collaborateur de Michèle Alliot-Marie, servent de leçon aux petits malins qui seraient tentés de faire des confidences à la presse : on n'hésitera pas à lancer les services secrets contre vous. Ainsi; on s'achemine tranquillement vers un droit d'informer unilatéral, entre les seules mains des gouvernants, comme dans une entreprise.

 

 

Jouons avec l'anti-communication

Sur le site de GDF-Suez, on trouve la dernirèe évolution de l'anti-communication : Zoé, un avatar censé répondre à toutes vos questions en langage naturel.

QUESTION (bien sûr, par pure perversité, on ne va poser que des questions ouvertes) :

"Comment connaître sa consommation de gaz?" 

Zoé s'inquiète un peu mais pas trop. Elle répond :

-« Que voulez-vous dire exactement? »

Et propose 5 réponses-types qui vont de « comment transmettre l'index de mon compteur? » à « pourquoi mes consommations sont-elles surévaluées? »

Comme on ne veut pas se laisser enfermer dans les algorithmes on répond :

« Non, comment évaluer ce qu'on consomme? »

Zoé commence à avoir du mou dans le manche. Elle répond par des phrases qui n'ont plus aucun sens comme : -« qu'est-ce que le service ma future consommation? »

Comme on est une teigne on insiste :

« Non. Comment savoir si je vais consommer beaucoup ou pas beaucoup. Et si le prix du gaz augmente, de combien ma facture va augmenter ? »

C'est le coup de grâce. Le moteur fume, Zoé, jette l'éponge :

-« Désolée, mais votre phrase est trop longue »

Et elle se jette sur une boîte de e-prozac.

Par Pierre Gandonnière - Publié dans : Communication - Communauté : Le Club des Citoyens
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Vendredi 1 octobre 2010 5 01 /10 /Oct /2010 20:10

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Trois fois que je me fais censurer un article sur Le Post. Dans la vraie vie (je suis journaliste depuis 2003) cela ne m’est jamais arrivé. Mon profil Facebook vient d’être déconnecté d’autorité, sans que je sache pourquoi et sans que je puisse exercer le moindre recours. Comme des milliers d’autres. L’internet espace de liberté ? Le mouvement en marche va exactement dans la sens inverse, celui de l’instauration progressive, sournoise, rampante, de véritables dictatures qui dépossèdent peu à peu les citoyens de leurs droits fondamentaux, sans qu’ils s’en émeuvent, sans qu’ils réagissent, tout occupés qu’ils sont à s’amuser avec leurs nouveaux jouets.

Qu’est-ce qu’une dictature? C’est le régime des diktat. Des décisions prises arbitrairement, sans que celui à qui elles s’appliquent ne puisse rien y faire, sans qu’il puisse s’y soustraire, sans qu’il puisse se défendre, sans qu’il puisse les faire changer. C’est un pouvoir aveugle.

Sur le web, pour bénéficier d’un service, tu dois accepter les CGU (conditions générales d’utilisations) qui sont imposées par le fournisseur. Elles n’ont fait l’objet d’aucun débat, d’aucune décision démocratique, elles ne sont pas faites dans ton intérêt mais dans celui du fournisseur. Tu ne peux rien négocier. Ni faire changer. Tu cliques.

 

Les systèmes sont gérés par des robots. Ce sont eux qui détectent, à partir de mots-clefs, ou “d’espions” qui surveillent votre activité et la comparent à des profils-types, que vous avez un “comportement déviant” et sanctionnent automatiquement, sans qu’il y ait instruction, accusation, défense, jugement. Sans qu’on sache de quoi on a bien pu se rendre coupable. Les robots vont de plus en plus loin dans le détail de la surveillance. Quand on fait une demande d’amis sur Facebook , on peut déclencher un masque “êtes-vous sûr de connaître cette personne?”. Il n’y a même pas de bouton pour répondre : oui. Le robot te conteste le droit d’entrer en contact avec des gens que tu connais peu ou pas, ce qu’on fait pourtant couramment dans la vraie vie, sans quoi on aurait les mêmes amis depuis l’école maternelle. Il t’empêche d’écrire dans des groupes où tout le monde s’est pourtant inscrit librement. Chaque message en nombre est soupçonné d’être une proposition commerciale. Et ça, ce n’est pas bien. Seul la maison-mère a le droit de faire du business. Et s’il est gratuit, c’est encore plus louche. D’une façon générale, plus tu es actif, plus tu es suspect.

 

Les humains qui gèrent le système sont eux-mêmes robotisés. Les gardiens, les veilleurs qui travaillent sur les sites ou plateformes, sont tellement soumis aux pressions de toutes sortes, qu’ils censurent à tout va plutôt que de risquer un problème juridique. C’est ainsi qu’un attaché de presse d’artiste a réussi à faire retirer un article du Post en menaçant de porter plainte. Celui qu’il avait au bout du fil n’avait jamais entendu parler de la liberté de la presse, de la Loi de 1881, de l’article XI de la déclaration des droits de l’homme ou du 1er amendement de la Constitution américaine. Il est vrai aussi que la menace juridique ne vient que d’un côté. Jamais un internaute n’a attaqué en justice en faisant valoir que la censure était une violation de ses droits. Ici, c’est le droit privé qui s’impose, celui des CGU. Les abus se multiplient. Il suffit que plusieurs personnes te dénoncent comme “abusif” et ton profil saute, automatiquement, sans procès. Il est donc facile à des groupes organisés de faire disparaître les profils ou les posts qui les dérangent. Et ils le font.


L’internet te voit. Et bien sûr, bonne pomme, tu te déshabilles devant sa glace ! Alors on t’invite à bien remplir ta fiche, c’est convivial, c’est sympathique. Naturellement, tu peux protéger ta vie privée en faisant en sorte que ces informations ne soient pas publiques. Peu importe, ce qui compte c’est que le système les ait, et tu viens de les lui donner. Et chaque fois que tul ances une nouvelle action, sur Google, sur Facebook tu déclenches de nouvelles informations sur toi, confidentielles, bien sûr. Il y a là tout ce qu’un fichier Edvige n’aurait jamais osé demander, même dans ses rêves les plus fous. Même tes préférences politiques et même si tu n’as pas répondu à la question, il suffit de regarder ton réseau relationnel pour savoir si tu es socialiste ou gay.


“Ce n’est pas une dictature, la preuve, vous pouvez partir quand vous voulez”. Réponse rencontrée sur des forums. C’est sûr, la porte est ouverte, mais elle donne sur rien, sur le vide. Est-ce qu’on peut quitter Google? Y a-t-il une alternative ? Et quand la bibliothèque mondiale sera en ligne la dépendance aura encore grimpé d’un cran. Et Facebook? A-t-il un équivalent? Je ne parle pas des réseaux pro comme Viadéo ou LikedIn, mais d’un réseau convivial de 500 millions d’habitants où sont tous ses amis? C’est bien justement parce qu’on ne peut pas leur échapper sauf à s’exclure du jeu qu’ils peuvent renforcer leur pouvoir librement et ronger tout doucement la liberté des autres à leur profit. D'ailleurs la question n'est pas de pouvoir partir quand on veut, mais d'être expulsé quand on ne veut pas. Demandez au roms....

Pierre Gandonnière

 

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Vendredi 24 septembre 2010 5 24 /09 /Sep /2010 16:10

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Un marronnier est un arbre à feuilles qui se nourrit d'encre. En journalisme, c'est un sujet qui refleurit régulièrement à la même époque de l'année. Pour autant, il ne produit pas beaucoup de fleurs. Les mouvements sociaux appartiennent-ils à cette catégorie?

Mis à part le fait qu'ils n'apparaissent pas à des moments réguliers du calendrier, ils passent quand même par des figures obligées.

Le comptage

Nombre de cortèges à travers la France, nombre de manifestants. Selon la police, selon les organisateurs. Il existe une sorte de gentleman agrement entre les uns et les autres, entre ceux qui surévaluent les chiffres (d'environ 50%) et ceux qui les sou-évaluent (d'environ 50%). Les journalistes savent qu'en faisant la moyenne des deux, en général ils tombent juste. Pas d'information là dedans, juste de la routine. Mais qui permet tout de même d'être sûr, quand on rencontre des variations qui vont du simple au triple (le 23 septembre : entre 900 000 et 3 millions) que l'un des deux au moins, a honteusement triché.

Les images

Toujours les mêmes, des banderolles, des slogans anti-gouvernementaux, des ritournelles plus ou moins lestes, des manifestants lambdas et des peoples syndicaux ou politiques. On pourrait les ressortir d'une banque d'images, ce sont toujours les mêmes avec les mêmes discours.

Les enjeux

Toujours les mêmes là aussi, il s'agit du retrait de la réforme en cours. On pourrait préparer à l'avance une pancarte « Non à la réforme » et la ressortir plusieurs fois par an pendant des années, elle « ne prendrait pas une ride ».

La mémoire de l'arbre

En perspective de chaque mouvement social il y a les victoires obtenus par la passé, qui galvanisent les troupent (« on va gagner !! »: le retrait du CPE (contrat de première embauche, 2006), le contrat d'insertion profeszsionnelle (SMIB Jeunes, 1994, la réforme Juppé sur les retraites (1995). On peut même dire que chaque génération lycéenne, c'est à dire chaque dix ans, voit un nouveau combat mené dans les rues, avec succès ou échec, comme un rite de passage à l'âge adulte.

 

Les réactions

Entre « on a gagné » et « on n'a pas perdu ». Que ce soit du côté du gouvenement ou des mouvements sociaux, l'action, en général ne débouche sur rien, ou alors pas immédiatement, ou sinon pas sous forme d'une capitaluation, on cherche une pirouette, un moyen de retomber sur ses pieds sans perdre la face (une pirouette, quoi). Les mouvements sociaux sont un moment d'agitation ritualisé, n'ayant, au moment de leur production aucun effet dans le réel, un gigantesque événement qui ne crée à peur près aucune information nouvelle.

 

Donc, c'est ça, c'est un marronnier. Un exercie convenu de journalisme. Pour que ce soit autre chose il manque un élément essentiel. Les marrons, justement. Quand ça castagne dans les manifs (de « castanea » : chataîgne), comme par exemple les manifs paysannes, ou les blocages de chauffeurs routiers, ou des exactiosn de « casseurs » là il se passe quelque chose. Soit une réponse positive des pouvoirs publics, par peur que la violence ne dégénère, soit une forte repressions policière. Quand l'un des deux camps parvient à « tirer les marrons du feu », aussi. Soit le gouvernement prend peur, il recule. La rue a gagné. Soit un affablissement de la mobilisation, le gouvernement sait que la contestation s'essouffle, il ne risque plus rien, il a gagné.

 

Mais là, pas de marrons. Pour l'instant le marronnier n'a rien produit et c'est pour cela qu'il est un marronnier. Son pouvoir d'inforamtion est à peu près nul.

Pierre Gandonnière

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